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« Emporté par la foule… »

18sept

laurent mauvignierIl semble bien que les éditeurs de chez Minuit aiment se faire désirer des lecteurs du poche. Double, leur collection de poche, est alimentée avec beaucoup de parcimonie, presque au compte-goûte, et chaque sortie de livre n’en devient que plus attendue.

Alors non, ce n’est pas encore cette année que les lecteurs du poche  pourront lire Ravel, petit bijou signé Jean Echenoz, en Double. En revanche, en septembre, ils auront le privilège de suivre la sortie simultanée de 3 chefs-d’oeuvre du catalogue Minuit: Rosie Carpe, de Marie NDiaye, Faire l’amour, de Jean-Philippe Toussaint, et enfin Dans la Foule de Laurent Mauvignier.

Avec Dans la Foule, Mauvignier choisit de reprendre un fait divers pour le moins tragique, celui de la finale de la Coupe d’Europe des Champions qui a eu lieu au stade Heysel en 1985:  l’effondrement d’une partie des tribunes suite à l’affrontement de supporters. Un bilan lourd, puisqu’on a recensé une quarantaine de morts.

Les personnages se nomment Jeff, Tonino, Tana, Fransesco, Geoff. Ils viennent de Belgique, de Grande Bretagne, d’Italie. Ils sont jeunes, presque des gamins, et ils ont évidemment la vie devant eux lorsqu’ils s’apprêtent à se rendre au stade. Tour à tour, ils nous font entendre leur voix, de la description de leur quotidien au drame terrible.

On retrouve encore une fois, et avec un plaisir non dissimulé, l’écriture si particulière de l’auteur, qui mêle dans un souffle monologue intérieur, paroles et pensées des personnages. La polyphonie devient tantôt chant funèbre, tantôt épopée où les personnages, témoins de l’Histoire, nous livrent leur profond désarroi mais nous transmettent aussi leur grande rage de vivre, malgré tout.

Mauvignier parvient à sonder l’intimité de chacun avec un immense talent. Il signe ici un texte particulièrement poignant, déchirant, mais emprunt aussi d’une grande humanité.

Au regard de ses romans antérieurs, Dans la Foule s’inscrit comme un roman différent, plus long, plus aux prises avec l’Histoire aussi. Ce texte semble marquer un tournant dans son oeuvre et l’on ne saurait que trop l’encourager à poursuivre dans cette voie. La preuve avec Des Hommes, son roman suivant, un très grand texte dont le sujet est la guerre d’Algérie et ses traumatismes.

Mauvignier, un auteur à ne jamais cesser de suivre donc…

Aujourd’hui c’est la Toussaint !

17sept

La vérité sur MarieSi si, je vous assure, aujourd’hui, c’est la Toussaint ! Bon, allez, on ne vous la fait pas… Il n’en demeure pas moins que le jour tant attendu de la parution du dernier Jean-Philippe Toussaint est arrivé. Troisième volet racontant la suite de l’histoire passionnelle vécue par cette fameuse Marie et le narrateur de Faire l’amour et Fuir, La vérité sur Marie  est désormais disponible. Bien que nous adorions nous répéter, vous pourrez retrouver tous nos commentaires (est-il besoin de préciser qu’ils sont plus que favorables ?…) en lisant le blog du 21 août dernier. Si vous ne deviez en retenir que deux choses, ça serait le fait que d’une part, ce livre est tout simplement magnifique, et que de l’autre, vous aurez tout le loisir de venir écouter son auteur à la librairie le 9 octobre à partir de 18h. Détail non négligeable, on aura tout de même appris entretemps que ce superbe roman est en lice pour le Prix Goncourt

Et pour les curieux, voici un extrait du documentaire réalisé par Pascal Auger intitulé La cuisine de Jean-Philippe Toussaint, au cours duquel l’auteur revient notamment sur l’écriture de La salle de bain, son premier roman, qui reste aussi l’un de ses plus grands succès de librairie et l’un de ses romans les plus lus à l’étranger.

 

Des combats et des hommes

26août

Laurent MauvignierA en juger par la présence du dernier roman de Laurent Mauvignier (1) dans la quasi totalité des sélections effectuées par la presse en cette rentrée 2009, il ferait partie des livres à ne pas manquer. Bien que les libraires aiment bien avoir leur propres opinions sur la pléthore des livres qui sortent chaque automne (on en annoncerait 650 pour cette année) et dénicher eux-mêmes des auteurs pleins de talent à côté desquels tout le monde est passé, force nous est de reconnaître que l’engouement dont fait l’objet Des hommes est loin d’être exagéré ou immérité.

Des hommes s’ouvre sur une fête de village. A priori, rien de bien original. D’ailleurs, nul besoin d’aller fureter dans le catalogue d’un autre éditeur que Minuit pour constater que ce motif a été utilisé par exemple par Tanguy Viel, pour la scène inaugurale de son superbe roman intitulé Insoupçonnable (1). Solange fête son soixantième anniversaire ainsi que son départ à la retraite. C’est pour elle l’occasion de réunir famille et amis, notamment son frère Bernard, que tout le monde a pris l’habitude de surnommer Feu-de-Bois à cause de l’odeur qu’il exhale, et Rabut, son cousin et narrateur du roman. Si Feu-de-bois perturbe bel et bien la fête, ce que son entourage avait prédit, ce n’est pas tant par son apparence – fait extraordinaire, il s’est douché et apprêté pour l’occasion – que par le cadeau qu’il a offert à sa soeur, à savoir une magnifique broche en or dans un écrin bleu. Comment est-ce possible et est-ce seulement admissible de la part d’un individu qui vit aux crochets des uns et des autres depuis tellement d’années et passe, comme dirait ce cher Vian, le plus clair de son temps à l’obscurcir dans le bar que tient Patou ?! Face à l’indignation générale suscitée par son geste, poussé dans ses derniers retranchements, enragé et ivre, le pauvre homme se rend tout droit au domicile de Chefraoui, l’Arabe du village, qui est venu à la fête sans sa femme et ses enfants. Comme on peut s’en douter, cela tourne au drame. En tant que membre du Conseil municipal, Rabut est sollicité par les gendarmes, qui veulent à tout prix faire porter plainte à un Chefraoui des plus réticents. Le dilemme face auquel se trouve le narrateur donne alors lieu à un voyage dans le passé, entraînant le lecteur en plein coeur du conflit algérien. On imagine les deux cousins ainsi que leur ami Février, tout juste âgés de vingt ans, essayer de maintenir l’ordre, lutter contre les fellagas avec le concours des harkis, sous l’oeil inquiet des Français installés sur le territoire (2). On comprend alors que si Bernard en est arrivé là, c’est à cause du traumatisme que lui a causé la guerre d’Algérie, ce à quoi s’ajoutent des histoires de famille peu glorieuses.

On est en droit de se demander d’une part si on va avoir droit à chaque rentrée à un roman sur fond de guerre d’Algérie – mais cela, seul l’avenir nous le dira – et de l’autre ce qui diffère du roman de Yasmina Khadra sorti l’année dernière à la même époque et intitulé Ce que le jour doit à la nuit. Pour faire simple, les deux approches sont complètement différentes. D’un côté, le dernier de Khadra consiste en une saga dont l’action se déroule uniquement en Algérie, sur une période allant des années 1930 à nos jours. La colonisation française puis la guerre d’Indépendance sont appréhendées en premier lieu du point de vue des Algériens. Si Laurent Mauvignier se concentre au contraire sur les séquelles psychologiques laissées par la guerre d’Algérie chez les Français qui y ont participé, Des hommes est avant tout un livre sur la mémoire, le temps, les tabous, la violence et finalement la nature humaine. Avec son écriture sans fioriture qui colle pour ainsi dire au réel et poursuit son lecteur longtemps après, l’auteur du très remarqué Dans la foule (3) signe ici un roman puissant qui peut effectivement s’imposer avec la plus grande légitimité comme l’un des incontournables de la rentrée.

 

Voici un extrait de la première partie :

Elle te plaît alors. Est-ce qu’elle te plaît ? Oui, bien sûr qu’elle me plaît. Solange a répondu d’une voix hâchée, son débit de plus en plus faux, sans conviction, comme si pour elle le souci était d’abord d’en finir au plus vite, que chacun reparte, que Feu-de-Bois s’en aille, qu’il ne soit jamais venu, qu’elle n’ait plus à vivre ce moment-là ni le mensonge de ce bien sûr auquel elle ne croyait pas, elle, pas plus que les autres, nous tous autour d’elle comme on aurait pu se réunir autour d’un feu, non pour trouver la chaleur et la lumière mais seulement attirés par le crépitement d’un petit drame, une histoire à raconter, l’anecdote du type fauché qui offre à sa soeur, au vu de tous ceux qui lui auront fait l’aumône une fois, une broche qu’aucun d’eux n’aura jamais les moyens d’offrir à personne.


(1) Dans le cas de l’incipit de Insoupçonnable, il s’agit d’une cérémonie de mariage qui vient juste de s’achever.
(2) Petit rappel à usage des cancres : du côté des Algériens, on distingue les fellagas (partisans de l’Indépendance)  et les harkis (favorables au pouvoir français).
(3) Dans la foule paraît simultanément dans la collection Double des éditions de Minuit, à savoir le 3 septembre.
F.A.

La passion de Marie

21août

Jean-Philippe Toussaint (photo Foley/Opale)Même si la popularité de ce prénom est en baisse ces dernières années, des Marie, on en compte tous quelques unes dans son entourage… Si elles ont déjà inspiré nombre d’écrivains, cinéastes, chanteurs et autres artistes, celle dont nous allons parler aujourd’hui a de quoi se présenter sous les traits d’une amie de longue date et ce, que l’on découvre son existence seulement aujourd’hui ou que l’on ait eu la chance de faire sa connaissance par le passé. Car cette quintessence de femme née sous la plume incomparable de Jean-Philippe Toussaint revient cette année dans La vérité sur Marie (éd. Minuit), roman qui constitue bel et bien le troisième volet d’un cycle initié avec Faire l’amour et Fuir (qui sortent simultanément dans la collection Double), tranchant avec ce que l’on pourrait appeler la première période de l’auteur, caractérisée par des livres dans lesquels triomphait un humour ravageur.

Dans ce tout dernier livre, le lecteur retrouve le narrateur et sa fameuse Marie, cette femme qualifiée ici d’« imprévisible et fantasque, tuante, incomparable » (Faire l’amour), ou là d’« impossible, unique, irrésistible » (Fuir), pour un nouvel épisode extrêmement réussi de leur histoire passionnelle.

En plein milieu d’une nuit parisienne à la fois caniculaire et orageuse, le narrateur reçoit un appel au secours de Marie. Celle-ci étant dans tous ses états, elle raccroche avant de lui donner la moindre explication, l’ayant simplement imploré de la rejoindre dans l’appartement qu’ils partageaient jadis, mais qu’elle habite seule à présent. A la vue des ambulances devant l’immeuble rue de La Vrillière, il imagine le pire. Heureusement, ce n’est pas à Marie qu’il est arrivé quelque chose, mais à celui qui, selon toute vraisemblance, devait être son amant, un certain Jean-Christophe de G. – ou du moins tel est le nom par lequel notre homme choisit nonchalamment de le désigner quand il s’appelle en fait Jean-Baptiste de Ganay. Reprenant le fil de l’histoire là où il avait été laissé au Japon, le narrateur revient sur ce qui s’est passé dans la vie de Marie après leur séparation. Il nous fait ainsi nous envoler de Paris à l’ïle d’Elbe en passant par Tokyo, où l’on retrouve notamment Marie, armée de ses quelques vingt-trois pièces de bagages disparates, sur le point de rentrer en avion avec son élégant compagnon et surtout Zahir, le cheval de courses que ce dernier doit ramener en France. Notons au passage la superbe scène d’anthologie autour de la fuite éperdue du cheval paniqué sur le tarmac de l’aéroport.

Adoptant une construction proche de celle de Fuir, dans laquelle les personnages se retrouvent soudain au calme sur l’île d’Elbe après une période d’agitation intense en Asie, Jean-Philippe Toussaint signe une fois de plus un livre très rythmé, où les passages d’intense tension narrative succèdent aux descriptions plus paisibles. Son secret ? Un cocktail idéal de finesse, de tendresse, de complicité, d’humour subtil, le tout écrit dans une langue très personnelle. Paradoxalement assez simple, l’écriture de Toussaint n’en est pas moins élégante et raffinée. Sa fluidité a d’ailleurs de quoi faire des envieux, quant à son art de la description, il peut aller jusqu’à donner l’impression au lecteur qu’il s’est mué en spectateur.

Sachant cela, comment ne pas vous recommander chaudement non seulement de lire ce nouveau chef d’oeuvre de sensualité quand on sait qu’il pourrait bien vous procurer un pur moment de bonheur, mais également de venir écouter l’écrivain en personne, qui sera dans les salons de la libraire le 9 octobre prochain ?… En revanche, comme il vous faudra patienter jusqu’au 17 septembre pour lire son livre, en voici les quelques premières lignes :

« Plus tard, en repensant aux heures sombres de cette nuit caniculaire, je me suis rendu compte que nous avions fait l’amour au même moment, Marie et moi, mais pas ensemble. A une certaine heure de cette nuit – c’était les premières chaleurs de l’année, elles étaient survenues brutalement, trois jours de suite à 38°C dans la région parisienne, et la température ne descendant jamais sous les 30°C -, Marie et moi faisions l’amour à Paris dans des appartements distants à vol d’oiseau d’à peine un kilomètre. Nous ne pouvions évidemment pas imaginer en début de soirée, ni plus tard, ni à aucun moment, c’était tout simplement inimaginable, que nous nous verrions cette nuit-là, qu’avant le lever du jour nous serions ensemble, et même que nous nous étreindrions brièvement dans le couloir sombre et bouleversé de notre appartement. »

F.A.

Retour vers le futur

20fév

plagiat.jpg Nous nous souvenons de la parution remarquable de son désormais culte Comment parler des livres que l’on n’a pas lus,  qui a(urait) pu nous décomplexer du vice aussi répandu qu’obscurément tabou : grâce à lui, la non-lecture devint moteur de la création littéraire ! Deux ans après ce coup d’éclat ironique (pied-de-nez provocateur à ceux qui prendraient l’intitulé au pied de la lettre – rappelons que cet universitaire est psychanalyste! – pour un énième « manuel de littérature pour les nuls » sous l’estampille Minuit…) et un an après le discret mais tout aussi efficace L’affaire du chien des Baskerville, Pierre Bayard crée de nouveau l’évènement avec un titre aussi sobre qu’incisif : Le plagiat par anticipation.

Décidément, la collection « Paradoxes » chez Minuit lui sied à merveille : même brio de la démonstration aussi impossible qu’irréfutable, P. Bayard aime les théories-limites, s’attaquant ici à une contradiction créée par l’OuLiPo mais à laquelle il décide de donner son entière (voire irrecevable) légitimité. Il s’agit de montrer que l’inspiration d’artistes (écrivains, mais aussi psychanalystes, peintres) ne provient pas tant de leurs prédecesseurs mais… de ceux qui leur succèderont. Invraisemblable ou carrément (im)pertinent ? Car l’auteur n’est pas avare d’humour et piège plus d’une fois son lecteur, en trompant même le plus aguerri (voir chapitre 3 de la première partie, pages 38-50). Car cet essai se place à l’intérieur de ce qu’il nomme lui-même la « critique anachronique », un des quatre chantiers auquel il décida de s’atteler en initiant sa réflexion avec Demain est écrit (2005, Minuit). Là encore, après la critique policière dans laquelle il fait montre d’un talent de post-enquêteur hors-pair (cf. Enquêtes sur Hamlet ; Qui a tué Roger Ackroyd ? ; et le précédent L’Affaire du chien des Baskerville, 2008), la « critique d’amélioration » (dans Comment améliorer les oeuvres ratées ? ), et l’invention d’une méthode qu’il disait lui-même impossible (Peut-on appliquer la psychanalyse à la littérature ?), P. Bayard prolonge sa méthode à rebours de la doxa critique et, provocation supplémentaire, « fait mouche ». Tout en adoptant la rigueur quasi clinique de la critique universitaire (tous ses essais sont remarquablement maîtrisés, diaboliquement construits) , Pierre Bayard s’attaque à un dogme établi donc supposé indiscutable pour en démonter toute la mécanique : ici, comme dans Comment améliorer les oeuvres ratées ? (Minuit, 2000) qui s’en prenait aux échecs des chefs d’oeuvre littéraires, ou dès Le hors-sujet (1996) qui ne proposait pas moins que… de supprimer les digressions chez Proust, les apparences sont trompeuses : car derrière le choix de sujets plus ou moins variés, se dessine depuis une quinzaine d’années une approche inédite qui se propose de renouveler en profondeur le champ de la critique souvent enfermée dans le carcan de méthodes devenues obsolètes.

Ainsi, au-delà de la notion de « plagiat par anticipation » illustrée par Maupassant s’inspirant de Proust, Sophocle de Conan Doyle, l’auteur de Tristan et Yseult du mouvement romantique, ou encore Fra Angelico (peintre de la Renaissance)  plagiaire de l’artiste du XXe s. Jackson Pollock, Pierre Bayard mène un combat pour une littérature décloisonnée (la circulation entre les disciplines), autonome, mobile (comme les idées et savoirs qui la traversent), en un mot : créative. Comme son précurseur Barthes (qui l’aurait donc plagié !), P. Bayard suggère une semblable inversion de la filiation : ils opèrent un déplacement de l’intérêt de l’Auteur (le père du Texte) et de la chronologie historique vers le Lecteur, sujet qui peut réécrire à sa guise l’histoire littéraire. Par exemple, il s’agit de proposer une nouvelle biographie de Lawrence Sterne, plus proche de sa réalité subjective, soit en le considérant comme un auteur du XXe siècle, son écriture étant plus proche du Nouveau Roman que du XVIIIe s. (sa véritable époque). Cette ouverture en faveur non du passé mais pleinement tournée vers les riches potentialités que constitue une lecture prospective met en jeu une véritable (utopique ?) déconstruction de l’interprétation littéraire prenant en compte l’inconscient de chaque créateur (auteurs et lecteurs). Ici, le plagiat par anticipation permet une relecture inédite du texte-source et l’enrichit par une illusion rétrospective. L’ensemble des essais de Pierre Bayard, quel que soit le sujet traité, enrichit donc une théorie de la réception car tous plaident en faveur de cette première fiction créée par la littérature, à savoir le lecteur, tel qu’ il l’a confessé :

« Si je devais donner un centre, un point commun à tout ce que j’écris depuis le début, dans ces dix ouvrages, c’est en effet la question de la lecture et de l’interprétation » (entretien sur le site vox poetica avec P.B)bayard.jpg

Pour lire le dossier autour de P. Bayard, cliquer ici !

Un dessert plutôt salé !

03jan

Tanguy VielQu’est-ce qu’un Paris-Brest, en dehors d’une pâtisserie à la crème ? Eh bien à compter du 8 janvier prochain, ce sera aussi un livre, mais attention, pas un livre de cuisine, mais bien plutôt un roman décapant édité chez Minuit, celui que nous livre un Tanguy Viel très en forme. Alors de quoi s’agit-il ? D’un récit raconté à la première personne, dans lequel sont dévoilés à la fois des histoires et des secrets de famille, concernant essentiellement des affaires d’argent. Bon, me direz-vous, après Le black note (1998), L’absolue perfection du crime (2001) et Insoupçonnable (publié en 2006, ce roman sort d’ailleurs simultanément en poche), on ne s’attendait pas à moins ! Mais encore… D’une mise en abyme de la position de l’écrivain, puisque le narrateur évoque à de nombreuses reprises le roman dont l’écriture a occupé les trois années qui viennent de s’écouler. Ceci aussi, est un peu familier. On se souvient en effet de Cinéma, qui était paru en 1999.

D’accord, mais sommes-nous vraiment plus avancés ? Alors Paris-Brest, c’est le voyage en train qu’effectue le narrateur à l’occasion des fêtes de fin d’année. Sa valise n’est lourde d’aucun cadeau, pourtant elle pèse son poids. Sans doute la présence de ce fameux manuscrit de cent soixante-quinze pages qu’il aime à appeler son « roman familial » y est-elle pour quelque chose… En effet, il y livre les secrets de toute sa famille, sans oublier bien sûr ce qu’il tait lui-même depuis des années. Et ça promet. Personne n’est épargné. Ni la grand-mère qui est par miracle devenue la légataire universelle d’un vieux monsieur richissime, ni le père, dont les exactions ont forcé une partie de la famille à quitter Brest pour s’exiler dans le Sud, ni la mère et ses tentatives plus ou moins fructueuses pour ne jamais perdre la face, ni le lourd secret du frère cadet, sans oublier bien sûr ce personnage clé qu’est ce mystérieux « fils Kermeur », un « ami » pour le moins spécial. Voilà le portrait d’une famille qui a décidément plus d’une raison de vouloir se faire oublier…

Le style est frais, léger, mais non dénué d’une certaine cruauté. Voilà donc un roman dont les pages se tournent toutes seules, le lecteur se voyant insidieusement contaminé par cette curiosité que l’on qualifierait sans aucun doute de malsaine s’il ne s’agissait pas avant tout d’une fiction…

                                           Paris-Brest         Paris-Brest                               Paris-Brest

Prix Zatopek de Littérature

09oct

news001122zatopek1.jpgCe qui ne vous empêche pas de tenter un petit sprint vers votre librairie pour découvrir enfin cette splendide biographie du grand Zatopek réinventée par Jean Echenoz, l’anti-biopic par excellence puisque ce mot très à la mode commence à fleurir pour définir aussi cette entreprise littéraire comme s’il fallait la confondre avec les films sur Coluche ou Mesrine qui vont barbouiller nos écrans de cinéma prochainement. Non, Courir est une œuvre littéraire forte et originale, un portrait de l’artiste malgré lui, une fiction nourrie de réalité et de cette irréalité qui semble nimber les héros de notre panthéon, fussent-ils sportifs. Lancez-vous à la poursuite de cette ombre intouchable qu’était Zatopek, dans le sillage de l’écriture hypnotique de Jean Echenoz, le lecteur en sort toujours vainqueur.

 

petit PS : on profitera de l’occasion pour se souvenir d’un autre livre-culte de la littérature marathonienne, Courir, mourir de Marco Lodoli, insolent et poétique, où nous est racontée l’étrange course à pied unissant dans une foulée conjointe, pour le meilleur mais surtout le pire, un homme à une chèvre, eh oui…

La vie des blogs

14avr

474.jpgAu sommaire du Magazine littéraire d’avril, on trouvera une très intéressante enquête sur un sujet qui nous concerne désormais tous beaucoup en littérature : les blogs littéraires… »Que valent les blogs littéraires? » se demande Alexis Brocas qui a manifestement sillonné la toile en tous sens pour essayer de délimiter des lignes de force dans cette masse énorme de mots. Il souligne avec quelques anecdotes intéressantes plusieurs axes dans le développement de ce nouveau type de critique pas encore institutionnalisée : le récit de l’envers du décor par des gens du milieu qui « balancent » ou lâchent des indiscrétions, qu’ils soient journalistes, écrivains voire éditeurs ; les amateurs de débat « un exercice en voie de disparition », qui peuvent s’enflammer pour un sujet ou un auteur parfois manqué par les médias traditionnels ; les subjectifs qui égrainent sans complexe leurs lectures sans a priori ni influences et donc peu suspects (pour l’heure) d’accointance avec ce fameux milieu ; les créatifs enfin qui explorent ce champ inconnu en espérant y découvrir des voies nouvelles .

Face à des censeurs qui invitent à « interdire les blogs », on découvre un Raphaël Sorin, éditeur de longue haleine, récemment converti à l’internet et qui draine désormais des milliers de lecteurs de ses billets d’humeur quotidiens parfois au vitriol, on mesure l’influence de Pierre Assouline qui depuis trois ans vire en tête de tous les classements de blog littéraire avec sa République des livres où les commentaires abondent, on apprend qu’une certaine Clarabel, jeune maman dévoreuse de livres, est devenue un personnage incontournable de la toile qui garde ses centaines de notes de lectures. Autre aspect peu connu, le développement des interviews vidéo qui permettent à des écrivains de s’exprimer sans la pression expéditive des plateaux télé : l’auteur Thomas Clément commence à imposer sa Tomcast qui fera sans doute beaucoup d’émules. Dernier point enfin de cet article très fouillé, la piste des créateurs, expérimentateurs, auteurs tout simplement qui ont mis la main sur un outil porteur d’avenir (qu’on songe à Mark Danielewski et sa Maison des feuilles, best-seller sur papier après avoir été une oeuvre culte du web) : à côté de Ron l’infirmier passé lui aussi au papier, on se souvient d’un précurseur comme François Bon et son tiers livre, on apprend (nous l’ignorions) que Bertrand Guillot que nous sélectionnions l’an dernier dans nos livres de rentrée avec son Hors Jeu a commencé lui aussi à « mettre sur le métier » son ouvrage avant de chercher un éditeur (Le Dilettante). On aura enfin une pensée pour un auteur particulièrement aimé ici et régulièrement chroniqué par nos soins qui mène une aventure singulière avec son autofictif dont nous aurons l’occasion de reparler un jour prochain, petite merveille quotidienne de drôlerie, d’invention et de littérature tout simplement, Eric Chevillard, pilier des Editions de Minuit qui répond à quelques questions du journaliste du Magazine littéraire.

Bref, précipitez-vous sur cette enquête si, comme nous, ce territoire nouveau vous paraît riche de promesse.

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