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Je vole

20juil

oiseau en volDeuxième titre de Mathieu Belezi à paraître dans la très belle collection Motifs, Je vole pourrait être considéré comme le  triste reflet d’une société impitoyable. Il serait pourtant dommage de ne voir dans ce splendide roman qu’une thématique dépressive.

Disons-le tout net, l’écriture de  Mathieu Belezi  sublime son sujet. Le sens du détail, de l’image poétique, la force de suggestion émerveille le lecteur qui ne peut dès lors que verser dans l’empathie la plus vive pour ce personnage exclu malgré lui de la société des hommes. A 40 ans, chômeur en fin de droits , dépressif, divorcé, il a pour seule lumière dans son existence  la présence solaire de sa petite fille avec laquelle il déploie ses ailes le dimanche… Jouant à l’oiseau tous les deux, écartant les bras, dévalant les dunes de ce bord de Méditerranée où le soleil semble toujours ne briller que pour les autres, le père et sa fille échappent pour quelques heures à cette société qui contraint, étouffe, lamine, humilie et vole aux hommes ce qu’ils ont de meilleur en eux, leur dignité, leur liberté.

Plus noir qu’Une sorte de dieu qui laissait à son personnage principal une porte de sortie vers une certaine lumière, Je vole est le roman de la chute, celle d’un homme poussé de force vers un choix terrible, celui d’abandonner la partie de ce jeu de dupes qui est devenu pour lui un miroir sans tain. Dérive d’un homme poussé par ses pairs vers un monde dénué de sens et d’intérêt, Je vole est un roman pourtant placé sous le signe su soleil, celui de la Méditerranée. Le soleil ne brillerait-il pas pour tous de la même façon ?

Victimes autant que coupables pourrait-on dire des personnages de Belezi : comme dans Une sorte de dieu, le sentiment d’être une victime consentante et d’être responsable de ce dont on souffre affleure bien souvent. Leur éducation les a domestiqués au point que le sentiment de révolte leur est presque étranger , la désobéissance impossible.

Alors, voler pour « fuir l’ici bas », glisser dans le sillage de sa fillette avec sa robe « en queue d’hirondelle » du haut des dunes, battre des bras pour croire un instant à l’existence de la liberté…et s’envoler pour clore son destin.

Ma mère ce héros

14mai

belezi.jpgDeux poches signés Mathieu Bélézi sont parus tout récemment dans la collection Motifs – collection remarquée pour la qualité graphique de ses couvertures – : Je Vole et Une Sorte de Dieu.

Une sorte de Dieu nous a frappé par la qualité de son écriture et la force des personnages campés.

La quatrième de couverture annonce la couleur du roman : « Je ne devrais pas l’être, et pourtant je suis un assassin » nous confie le narrateur. La description de la petite ville de campagne en plein été par laquelle s’ouvre le récit rend compte d’une atmosphère funeste qui ne présage rien de bon:  face à la chaleur accablante, « lourde, au goût amer de métal »,  « l’horizon est en sang », et « les maisons (sont) tapies les unes contre les autres ».

On s’attend alors à tout moment à ce que surgissent quelques événements tragiques… et pourtant il n’en est rien (pour l’instant).

On va suivre Romain, un instituteur  sans histoire – selon ses dires -, qui rentre pour les vacances scolaires dans la maison où il a grandi et où sa mère est morte il y a peu. Au fil des pages,  ressurgissent quelques bribes de souvenirs, marqués par une femme à la présence et à l’aura exceptionnels, Hélène, sa mère.

A ce récit introspectif se croise celui de la mère, qui nous confie alors les conditions de la venue au monde de Romain et ses débuts au village.

Vous l’aurez remarqué, il n’est pas question du père ici. Une Sorte de Dieu nous offre une illustration terrible de ce que peuvent être les rapports mère-fils, entre passion et amour exclusif.

Parallèlement on sent bien le désir de Romain de sortir de cette situation dans laquelle il semble englué, de s’évader, de devenir homme et non plus  fils.

A la lecture de ce texte, on pense à Mauriac, aux Dimanches de Jean Dézert de Mirmont également et à Bataille aussi – notons que l’auteur de Ma Mère est justement cité en avant propos -, tant pour l’évocation des rapports familiaux que pour la force de l’écriture de Bélézi.

Pour ceux que la fête des mères agace, nous ne saurions que trop vous conseiller de vous lancer dans la lecture de ce roman!

Un grand modèle réduit

06jan

la-chambre-damis.jpgSituée à mi-lieu entre le passé qui s’éloigne et l’avenir qui approche, l’enfance est un thème qui inspire bon nombre d’écrivains. Avec son innocence première ainsi que sa soif de savoir, l’enfant porte en lui, comme en germe, les pires menaces comme les plus belles espérances sur la nature humaine. Voilà en quoi les enfants dans la littérature donnent souvent des personnages à la fois complexes et fascinants. N’ayons pas peur des mots, David, le narrateur de La chambre d’amis de Marcel Möring, vient enrichir la galerie des plus beaux portraits d’enfants dans la littérature. Saluons la collection Motifs qui a eu, encore une fois, beaucoup de flair en faisant paraître en poche ce merveilleux texte précédemment édité par la formidable maison Les Allusifs.

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, un pilote de chasse recyclé en pilote d’avions d’épandage agricole se crashe alors qu’il faisait des acrobaties pour amuser les enfants d’une fermière. Alors en convalescence, il rencontrera une infirmière, qui deviendra par la suite sa femme puis la mère de son enfant, David. Douze ans plus tard, les deux membres du couple, incapables de garder un travail, se retrouvent au chômage. Leur enfant, précoce et attachant, aura alors une idée pour le moins originale pour gagner de l’argent : assembler les modèles réduits d’avions pour le marchand de jouets qui habite au rez-de-chaussée. Le trio se met à la tâche dans une sorte de bonheur tranquille, ce qui va favoriser les anecdotes et les révélations sur le passé. Le roman va alors se complexifier, révélant les fractures secrètes de chacun et les remises en question qu’il n’est pas toujours facile d’assumer.

Ce petit roman, sobre et elliptique, est un bijou de sensibilité. A la fois mélancolique et très drôle (la scène où David prend le contrôle des cuisines d’un grand restaurant est absolument hilarante !), ce modèle réduit de 120 pages à peine vous entraîne loin, très loin, là où le regard d’un enfant est la chose la plus profonde qui soit et annonce un soupçon d’espoir sur la condition humaine.

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