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Intimes

21juil

koike.gifLes auteurs japonais ont souvent le don du petit rien magnifique. D’instants éphémères ils construisent des histoires belles et simples qui restent.

Je suis déjà venue ici est un recueil de onze courtes nouvelles qui semblent être les chapitres d’un même roman, une mosaïque du sentiment amoureux à la japonaise, tout en finesse. Koike Mariko nous  raconte l’amour par la relation interdite voire la relation immorale. Entre la femme qui aime un homme marié, la femme aux amants multiples, le jeune homme entretenu par une vieille dame, l’homme à la fascination étrange et malsaine pour la voix d’une jeune femme c’est un chassé-croisé de personnages parfois touchants et souvent étranges.

Tous ces moments intimes Koike nous les fait partager discrètement, secrètement animée par une pudeur simple. Pourtant elle laisse transparaitre toute la sensualité des corps, sensualité qui se dégage presque exclusivement des femmes. Au centre de ce recueil ce sont effectivement les femmes qui dominent alors qu’elles semblent encore être sous le joug des hommes, elles mènent pourtant leur vie de façon indépendante et vivent leurs relations librement sans plus se soucier des conventions sociales ou morales. Pleines d’une douce mélancolie ces petites histoires nous sont offertes ici comme des secrets bien gardés.

Je suis déjà venue ici souffle un vent de modernité sur la société japonaise et les relations amoureuses des femmes entre sensualité et mystère.

Amour dans une station balnéaire de seconde zone

15oct

amour.jpgAmour sur une colline dénudée est le deuxième volet de la trilogie que Wang Anyi a construit autour  des rouages de l’amour. Est paru en début d’année chez Picquier poche Amour dans une petite ville.  Ce premier titre était pour le moins étrange et assez dérangeant. Au sein d’une troupe de danse, les deux vilains canards de la troupe vivent une passion débordante, interdite et secrète. Le garçon n’a pas suffisamment grandi et a une tête d’adulte posée sur un corps d’enfant tandis que la jeune fille a pris des formes plus que voluptueuses. Les sensations et les odeurs sont décrites avec exactitude mais ce n’est pas la volupté à laquelle on pourrait s’attendre. Les corps tendus transpirent énormément et dégagent une odeur forte et aigre. C’est une sensualité nauséabonde qui est mise en valeur. Mais un beau jour, la femme tombe enceinte. Récit d’un drame.

Le deuxième volet aborde le thème de l’adultère et la passion qui peut naître entre deux personnes que tout oppose. Cette colline sur laquelle rien ne pousse sera le témoin des rencontres entre un violoncelliste et une jeune et belle fille frivole, calculatrice et capricieuse. Dans une société traditionnelle, Wang Anyi soulève le tabou de l’adultère et de la sexualité.

Amour dans une vallée enchantée constitue le troisième volet de la trilogie mais n’est pas encore sorti en poche. Il s’agit encore une fois d’une passion entre un homme et une femme. La nature y joue un rôle important car cette vallée devient l’alliée de coeur de la jeune femme. Dans ce magnifique paysage, elle se sent libre et libérée, en accord avec la nature, son corps et son coeur.

Enfin, si vous voulez découvrir un autre roman de cette écrivaine chinoise, lisez Le Chant des regrets éternels . Dans le Shangai de la fin des années 40, ce roman offre un magnifique portrait de femme, une sorte de Vingt-quatre heures de la vie d’une femme à la chinoise.

Vas-y Mao, c’est bon !

25nov

servir le peupleDrôle de petit texte que Servir le peuple, de Yan Lianke !

Imaginez-vous un jeune homme tout droit sorti de sa campagne chinoise, qui devient cuisinier et ordonnance d’un colonel dans une caserne. Le communisme bat son plein. Le jeune homme est ambitieux et veut gravir les échelons. Mais le voilà pris dans un engrenage pour le moins surprenant.

En l’absence du colonel, Wu Dawang, notre héros doit satisfaire aux moindres désirs de son épouse, et ses désirs sont, comment dirais-je, d’ordre sexuel. Pendant deux mois, nos deux tourtereaux communistes vont vivre une passion ardente et fétichiste, à la fois douce et violente et surtout complètement subversive, leur désir étant bien entendu, décuplé par la destruction des effigies de Mao. Mais derrière cette histoire d’amour (?!!) courte et donc fulgurante se cachent bien des silences et des secrets qui vont bouleverser leur destin ainsi que celui de la caserne à tout jamais.

Ce petit ouvrage détourne donc le slogan bien connu de Mao « Servir le peuple » et se joue avec verve du communisme, de l’armée et de la politique en général, si bien qu’il a été interdit en Chine dès sa parution. Il faut préciser que Yan Lianke est abonné à la censure pour le choix de ses thématiques politiquement incorrectes. Son ouvrage le Rêve du village des Ding fait partie des romans interdits car il traite de la propagation du virus du sida suite à la vague de commerce du sang des paysans chinois du Henan. Tantôt primé, tantôt censuré, Yan Lianke est un auteur captivant, étonnant qui aime mettre le doigt là où ça fait mal. Et moi, je jubile !

40 ans de la vie d’une femme

27avr

thumbnailca5xlq20.jpg« Pure Jade ». Telle est la signification du prénom de Wang Ts’iyao, personnage emblématique de l’âme féminine au cœur de cet envoûtant roman qu’est Le chant des regrets éternels.

Véritable parangon de la femme shangaïenne, élégante en toute circonstance, sensible autant qu’émouvante dans son refus d’abdiquer face aux forces du temps qui passe, Wang Ts’iyao n’est pas sans rappeler les personnages de Stefan Zweig ou même les héroïnes des grands romans russes. On pense inévitablement à Vingt quatre heures de la vie d’une femme ou même, par certains aspects du personnage et de son destin, à Anna Karénine.

Après un prologue fascinant de quatre courts chapitres qui décrivent par le menu Shangaï et ses tortueuses ruelles vues par les pigeons des toits, témoins privilégiés bien malgré eux des activités des hommes qui s’agitent sous l’ombre de leurs ailes, Wang Anyi dévoile son personnage comme « l’archétype des jeunes filles des ruelles de Shangaï ».

On ne sait bientôt plus si c’est Shangaï, à travers son Histoire (de 1945 aux années 80) qui se fait l’allégorie de la vie de Wang Ts’iyao ou si c’est l’histoire de cette jeune et belle jeune fille face à son destin qui devient la métaphore d’une ville redessinée par le temps et les événements.

Des années de fête où la jeune fille deviendra reine de beauté dans une ville qui se veut légère et fière de son opulence retrouvée après la guerre, aux années 80 qui laissent percevoir les prémices d’une mondialisation qui écrase les personnages par l’importance donnée à l’argent, au factice et à une modernité sans charme, Le Chant des regrets éternels est porté par le souffle des romans épiques. Il a aussi le charme d’une peinture appliquée de l’âme humaine et surtout de l’âme féminine dans ses questionnements intimes et inquiets, ses fragilités, ses attentes, ses espoirs et ses déceptions.

Cet ample roman a la délicatesse des fleurs de camélias, des qipao brodés qui éclosaient dans les rues du Shangaï d’autrefois comme autant de fleurs colorées après l’hiver. Il a aussi la noirceur des grandes tragédies et le goût légèrement amer de ce qui n’est plus, du temps trop vite enfui, nostalgie nimbée toutefois d’une constante poésie.

 

L’injustice majeure serait de ne pas rendre grâce ici à la merveilleuse traduction du duo Yvonne André et Stéphane Lévêque qui a livré aux éditions Picquier un texte d’une grande limpidité, souple et fluide comme une pièce de soie…Absolument magique !

 

Une journée de la vie d’une ado japonaise

04mar

Love and pop L’auteur du puissant ouvrage Les bébés de la consigne automatique nous livre ici un bref roman fascinant et captivant qui nous plonge au coeur de la vie d’une adolescente japonaise. A travers ce personnage, Murakami Ryû étudie un phénomène de société troublant : afin de s’offrir des articles de luxes, de jeunes lycéennes acceptent des rendez-vous arrangés par le biais de messageries téléphoniques. Hiromi, l’héroïne, sous une impulsion née de l’envie de posséder une certaine bague, va rencontrer deux hommes étranges et le sort va lui réserver quelques surprises. Cette jeune fille plutôt ordinaire, qui partage son temps entre le lycée, ses amies et son petit copain, va donc expérimenter cette forme de prostitution et voyager au travers de la ville se confrontant même parfois à des univers glauques.

Comme un reportage filmé caméra à l’épaule,  Love & pop  (Ed. Picquier) – d’ailleurs adapté pour le cinéma au Japon en 1998 – nous plonge au coeur du réel en insérant au sein du monologue de l’adolescente des éléments de son environnement visuel et sonore : spots publicitaires, chansons, messages téléphoniques viennent ainsi « parasiter » la voix de l’héroïne, créant un effet de mosaïque langagière.

Le lecteur chemine aux côtés d’Hiromi le long de son parcours initiatique qui illustre ainsi les dérives de notre société de consommation et la solitude qu’elle engendre.

Un roman warholien saisissant, sans jugement ni fausse morale…

 

Céline.

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