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A la rencontre du troisième homme

14oct

Troisième hommeL’espionnage se porte bien. Commençons par le tube de l’été : Le Touriste, d’Oleg Steinhauer, est un petit bijou de roman de manipulation, composé avec rythme et intelligence, digne, sans doute aucun, de la comparaison avec Les Six jours du Condor, du rarement égalé James Grady. Les ambitions personnelles qui se cachent derrière la raison d’état sont parfois surprenantes, souvent trompeuses, et toujours la cause de catastrophes humaines et politiques. Vous avez pu passer l’été avec Eric Ambler, que les éditions Rivages exhument petit à petit : l’auteur de l’immense Masque de Dimitrios nous est revenu avec Une sale histoire, soit les tribulations européennes d’un (peu recommandable) sujet de sa très gracieuse majesté. L’ennui est là, d’ailleurs : comment conserver le statut de ressortissant britannique alors que l’on est en profond désaccord (sic) avec le fonctionnaire qui délivre ce fameux sésame. Une fable ironique et caustique.

Pour une actualité plus immédiate, et incontournable, tournons nous vers la collection Points, dont la rentrée est placée sous le signe de la valise diplomatique et des accords entre services secrets. Chronologiquement, Alan Furst ouvre le bal : déjà remarqué pour Le Royaume des ombres, il continue son exploration de l’année 1938 et des derniers soubresauts du fragile équilibre mondial mis en place par la S.D.N. Ici, il s’agit d’élucider le meurtre, dans un hôtel parisien, d’un émigré italien, antifasciste, vraisemblablement assassiné par les services secrets de son pays. Henry Porter, dans Brandebourg, nous amène à un autre carrefour de l’Histoire européenne : en 1989, pour libérer son frère des mains de la redoutable Stasi, Rudi Rosenharte doit jongler entre les intérêts du MI5 et du K.G.B, alors que le 9 novembre 1989 se profile à grands pas…  Un des grands maîtres du genre situe aussi son action en Allemagne, à Hambourg. Issa, russe musulman et clandestin, va devenir la cible des services secrets : son profil de déraciné correspond trop bien à celui d’un terroriste… Avec L’homme traqué, John Le Carré confirme, si besoin était, l’étendue de son immense talent.

Signalons aussi la réédition suivante : Au nom du président,  de Charles McCarry, paru initialement en 1979 aux Etats-Unis, et jugé fantaisiste à l’époque : ce roman de politique fiction envisage l’utilisation d’avions de ligne, détournés par des pirates de l’air, comme bombes volantes… Peu réaliste, non ?

Première salve

24sept

 Le polar fait sa rentrée !

 

cobenpeur.jpggrange.jpgprice.jpgmontanari1.jpgAprès la période de latence des vacances, les nouveautés  reviennent à la charge. Première salve policière, histoire de vous allécher, avec les Américains qui se taillent la part du lion, notamment le très attendu et médiatique Harlan Coben avec son nouvel opus Peur noire – où l’on retrouve Myron Bolitar dans une nouvelle aventure aux méandres familiaux, qui réjouira ses fans. A peine mis en pile, il dépote ! Autres pointures made in USA : Souvenez-vous de moi de Richard Price, qui n’avait rien sorti depuis quatre ans, et  Un jour en mai de George Pelecanos fidèle à lui-même et à sa ville de prédilection, Washington district. Richard Montanari poursuit sa série avec son duo de choc, Byrne et Balzano, dans 7, ils enquêtent toujours à Philadelphie dans un thriller machiavélique mettant en scène un serial killer manipulateur. Chez Actes Sud, en attendant la parution du prochain Camilla Lackberg (ce sera pour début octobre), la collection Actes Noirs accueille un nouveau venu, le Gallois Simon Lewis dont le Trafic sordide évoque l’immigration clandestine chinoise. Aux éditions du Masque paraissent deux titres : un premier roman de Ron Rash Un pied au Paradis  qui vous emmènera dans les Appalaches, en terre Cherokee,  et un nouveau volet de la série Carol Jordan et Tony Hill concocté par la terrible Ecossaise Val McDermid, dont le titre donne le ton :  Sous les mains sanglantes. Mention spéciale au Britannique R.J. Ellory qui après Seul le silence que nous avons adoré, signe chez Sonatine un deuxième titre Vendetta (que nous sommes en train de lire, à l’écriture aussi maîtrisée) et, cerise sur le gâteau, nous aurons le plaisir de recevoir l’auteur dans notre librairie le 29 septembre prochain pour une séance de dédicaces – un bel événement !

Côté français, paraît chez Albin Michel le nouveau titre de Jean-Christophe Grangé La Forêt des Mânes, à la couverture contrastée rouge et verte du plus bel effet.  Toujours chez Albin Michel, notons la nouvelle présentation de la collection Special suspense.  Dotée d’une jaquette relookée, elle reçoit deux parutions simultanées : le Français Mikaël Olliver avec La promesse du feu et l’Américaine Lisa Gardner avec Sauver sa peau. Chez Calmann-Lévy, Andrea H. Japp poursuit les enquêtes de Diane Silver, profileuse du FBI avec Une ombre plus pâle. Avec le huitième volet de la série marseillaise de Jean Contrucci, Le Vampire de la rue des Pistoles, l’éditeur Jean-Claude Lattès vous offre un très joli fascicule illustré du Marseille de la belle époque, saveurs et couleurs locales,  l’accent en plus (voir à la fin le petit glossaire, peuchère). Encore plus au Sud, le dernier roman du Barcelonais Francisco Gonzales Ledesma Un roman de quartier, dont un de nos fidèles clients nous a déjà fait l’éloge, à peine vu, aussitôt acheté, aussitôt dévoré, un splendide roman noir, nous a-t-il confié, en attendant que votre libraire dépassé le lise à son tour.

 

Pour les amateurs de polars nordiques, signalons chez Gaïa la parution du dernier Gunnar Staalesen Les chiens enterrés ne mordent pas, nouvelle enquête du privé norvégien Varg Veum,  le deuxième titre du Suédois Arne Dahl Qui sème le sang aux éditions du Seuil, et un nouvel épisode de la série Erik Winter,  par Ake EdwarsonPresque mort chez Lattès.

 

Connectez-vous régulièrement sur notre blog, bientôt la deuxième salve de nouveautés : nous évoquerons les parutions en format  poche. A suivre…

 

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Une comédie autrichienne au vitriol

16sept

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On peut voir actuellement au cinéma une comédie autrichienne (si,  si, ça existe !) : Bienvenue à Cadavres-les-bains – comédie noire et bien déjantée,  de  Wolfgang Murnberger, présentée avec l’avertissement suivant « des scènes peuvent choquer la sensibilité de certains spectateurs ». Où l’on retrouve Simon Brenner dans ses oeuvres. Mais qui est donc Simon Brenner ? Après enquête, les amateurs de romans policiers découvriront qu’il s’agit d’un personnage de flic né sous la plume au vitriol  de l’écrivain autrichien Wolf Haas, dont à ce jour trois titres sont publiés dans la collection Rivages/noir : Silentium, Vienne la mort,  et  Quitter Zell. L’intrigue dont il est question dans Bienvenue à Cadavres-les-Bains n’est pas encore traduite en France, mais le ton est le même, à savoir humour noir, très noir, très très noir, grinçant et dérangeant. Le réalisateur Wolfgang Murnberger avait déjà sévi en 2007 en adaptant le premier volet des enquêtes de Brenner, Silentium, il récidive donc avec le même acteur, Josef Hader, et le même mauvais esprit, corrosif et au scalpel. Si l’on ajoute qu’il est question d’un restaurant où oeuvre un boucher, de cadavres disparus et de viande hachée, l’intrigue se dessine… Rendre à l’écran l’univers de Wolf Haas n’est pas une mince gajeure : dialogues minimalistes, affaires crades, images gores ; on en rit, et on en rit jaune – certains spectateurs tournent la tête ou s’enfoncent dans leur fauteuil… Dans la salle, votre libraire a retrouvé par hasard un fidèle client du rayon polar, ce qui donne à la sortie ce petit échange d’impressions  : « Le film vous a plu ? » – « Oui, j’ai bien aimé, et vous ? » – « Pas mal, mais bien bizarre… » – « Il faut aimer l’humour noir ! »… En rentrant chez lui, votre libraire, que sa conscience professionnelle titille, se promet de vérifier le lendemain dans le rayon si les trois titres de Haas sont bien en stock – ce qui donne le constat suivant, zut, ben non, en effet, on ne les avait plus, dont acte, vite passer commande, voilà qui est fait !

 

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Découvrez Le Masque !

10fév

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Une des premières vitrines polar de l’année met à l’honneur dans notre librairie la collection Le Masque, bien connue des lecteurs de romans policiers.

Qui n’a jamais lu, sous la jaquette noire et jaune, sur laquelle est imprimé le logo d’un masque transpercé d’une plume, un classique d’Agatha Christie : Les Dix petits nègresLe crime de l’Orient-Express, ou Le meurtre de Roger Ackroyd ? En clin d’oeil aux débuts de la collection, l’éditeur a eu la plaisante initiative de réimprimer quelques titres avec les couvertures de l’époque – une vraie curiosité !

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Propos de l’éditeur en introduction d’un fascicule qui vient de paraître, présentant la collection des grands formats du Masque : « Dans l’esprit de nombreux lecteurs, Le Masque évoque un petit livre jaune, un logo mythique et le nom d’Agatha Christie. Cela reste vrai, mais les livres publiés en grand format répondent à une autre logique : le monde a changé, le roman policier aussi » – Le Masque aussi a changé. A la parution de Méfiez-vous des morts de Boston Teran, Bruno Corty écrivait dans Le Figaro littéraire : « On ressort de cette intrigue heureux de constater que les éditions du Masque, que l’on croyait abonnées aux meurtres façon Cluedo, entre deux tasses de thé posées sur une nappe en dentelle, peuvent aussi nous régaler avec des boissons plus brutales ».

Et, en effet, au détour d’un Masque, on peut croiser des auteurs aussi divers et variés que Ian Rankin, Val McDermid, Reggie Nadelson, Philip Kerr, Chuck Logan, Mark Billingham, Ace Atkins, Graham Hurley, Gene Kerrigan, Don Winslow, Chris Haslam, Charles Cumming -  les anglo-saxons, qu’ils soient anglais, écossais, américains, ou irlandais se taillent la part du lion. Ces nouvelles plumes nous offrent des polars modernes et contemporains, à l’image du plus connu d’entre eux : l’écossais Ian Rankin et sa série mettant en scène l’inspecteur John Rebus, qu’on ne saurait que trop vous recommander… Le Masque fait peau neuve, nous lui tirons notre chapeau !

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L’anagramme d’Ellroy

07oct

Sur nos tables du rayon polar vient d’arriver un mystérieux auteur… Sur la couverture, deux initiales : R. J. suivies d’un nom de famille : Ellory. L’anagramme d’Ellroy.

seul-le-silence.gifNous nous sommes très vite rendu compte de la confusion possible car de nombreux clients, attirés, lisaient d’eux-mêmes Ellroy – au lieu de Ellory. A ne pas confondre ! Petite notice biographique donnée par les éditions Sonatine, tout aussi intriguante : « R. J. Ellory est né en 1965. Après avoir connu l’orphelinat puis la prison, il devient guitariste dans un groupe de rock, avant de se tourner vers la photographie. Seul le silence est son premier roman publié en France ». On ne saura donc pas si Ellory est un véritable patronyme ou le  pseudonyme d’un écrivain voulant rendre hommage au maître James  Ellroy… Cela n’est pas précisé non plus sur le site de l’auteur où le libraire curieux se connecte pour mener son enquête et, petite victoire, apprend qu’Ellory se prénomme Roger Jon, voilà pour les mystérieuses initiales, et qu’il a déjà écrit cinq romans policiers. Le libraire aux aguêts, interpellé par tout ce qui précède, feuillette donc ce livre au titre sibyllin Seul le silence. La quatrième de couverture indique que « R. J. Ellory évoque autant William Styron que Norman Mailer par la puissance de son écriture et la complexité des émotions qu’il met en jeu ». L’ouvrage est dédié à Truman Capote (1924-1984) – cité explicitement vers la fin, page 467  : « Ce Capote avec son livre De sang-froidL’histoire de cette famille du Kansas ». Il y a bien une filiation avec le grand Capote, non seulement dans l’histoire mais aussi dans le style, à la fois limpide, poétique et percutant, aux images étonnantes, à l’exemple du prologue qui donne le ton :

Coups de feu, comme des os se cassant. New York : sa clameur infinie, ses rythmes métalliques âpres et le matèlement des pas, staccato incessant ; ses métros et cireurs de chaussures, carrefours embouteillés et taxis jaunes ; ses querelles d’amoureux ; son histoire, sa passion, sa promesse et ses prières. New York avala le bruit des coups de feu sans effort, comme s’il n’avait pas plus d’importance qu’un simple battement de coeur solitaire. Personne ne l’entendit parmi une telle abondance de vie. Peut-être à cause de tous les autres bruits. Peut-être parce que personne n’écoutait (…) C’était juste une vie, après tout ; ni plus, ni moins.

Foisonnant, multiple, ce polar atypique ne nous raconte pas une histoire, mais des histoires. Celle du narrateur d’abord, Joseph Vaughan, qui nous conte sa vie en un long flash back, sous forme de confession : souvenirs d’enfance dans une petite ville de Géorgie, la mort de son père annoncée par une plume  tombée du ciel,  les échos de la guerre en Europe – le livre commence en 1939 – qui parviennent par les ondes de la radio, les voisins, l’institutrice qui s’intéresse à lui et l’encourage à écrire… Roman d’apprentissage ensuite, émaillé de lectures – Steinbeck, par exemple – des premiers écrits de Joseph jusqu’à sa réussite littéraire qui va l’emmener dans les cercles littéraires de Brooklyn, New York. Mais comme il ne faudrait pas oublier que nous sommes aussi dans un thriller, le livre est scandé par des histoires de meurtres  : des fillettes assassinées, un serial killer insaisissable – meurtres  qui courent sur une trentaine d’années, dont certains touchent de près Joseph, qui connaît plusieurs victimes (une des petites filles était sa voisine de classe)  – à tel point que le doute s’immisce dans les esprits… Il faudra attendre les dernières pages pour que tous les morceaux du puzzle s’imbriquent.

On sort de ce polar magistral avec le sentiment d’avoir lu un grand livre, un de ceux qui marquent. Il se murmure que les éditions Sonatine ont acheté les droits de deux autres titres de Ellory, on les attend déjà avec impatience !

Une visite surprise sur le rayon polar : Martin Solanes

05juin

solanes2.jpgC’est toujours un plaisir de rencontrer un auteur dont on a aimé le livre, et ô surprise, en ce jeudi après-midi, une jeune femme se présente sur le rayon polar – c’est Martin Solanes (de son vrai nom Martine Mairal), auteur du roman policier Quand la lune sera bleue publié aux éditions Flammarion. Par des amis qui habitent Bordeaux, elle sait que nous défendons son titre – nous avons même apposé un petit carton accrocheur dessus avec une appréciation : « Majorque – la grande île des Baléares pourrait être un paradis si sa tranquillité n’était perturbée par toute une série de meurtres… Un excellent polar d’ambiance que nous vous recommandons ! »

L’auteur étant là en personne, voici un petit compte-rendu, à peine différé, de la conversation qui s’est déroulée spontanément sur le rayon. Martin Solanes adore l’île de Majorque et les romans policiers – quoi de plus naturel d’allier les deux ? D’autant plus quand on a un grand-père catalan, m’apprend-elle. Elle est d’ailleurs en train d’écrire la suite avec les mêmes personnages : Pilar Mas, photographe sur les scènes de crime, et Bruno Montaner, patron de la Guardia Civil. Le projet initial de trois volumes s’est étoffé, car cinq énigmes marjoquines se profilent dans l’esprit de notre écrivain qui se documente sur le passé de l’île pour y puiser matière.

Au coeur du premier volume, le philosophe Ramon Lull et sa méthode universelle d’investigation de la vérité dont L’art bref est le résumé. Au cours de ma lecture, un détail m’intriguait : le système des égouts de Majorque. Car le livre s’ouvre sur la découverte d’une main qui bouche la canalisation… « Depuis que la mairie de Palma avait installé un système révolutionnaire d’évacuation souterraine des déchets, les habitants faisaient de la résistance. Les vibrations de l’air pulsé à soixante-dix kilomètres-heures dans les canalisations en acier les dérangeaient. Plus grave, elles ébranlaient les fondations des vieux palais Renaissance. Les grosses bornes de récupération métalliques, les buzons, elles, défiguraient les rues et les places ». Martin Solanes n’a rien inventé, m’avoue-t-elle, l’anecdote sur le fonctionnement des égouts de l’île est véridique.

Les couleurs, les saveurs, les odeurs – la poésie de Majorque en arrière-plan de l’intrigue policière donne très envie de boucler sa valise et de prendre le premier avion en partance pour Palma ! L’écrivain avoue avoir eu envie de faire avec Majorque ce que Donna Leon a réussi avec Venise – on lui souhaite le même succès !

Une réédition attendue : les romans policiers du couple suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö

26mai

sjowall.jpgSi en France Henning Mankell s’est imposé comme le maître du polar suédois, on sait moins qu’il eut un précurseur, ou plutôt deux : le couple Maj Sjöwall et Per Wahlöö – auteurs à quatre mains de la série policière mettant en scène l’inspecteur Martin Beck. Dix enquêtes sont parues entre 1965 et 1975, traduites initialement en français aux éditions Planète dans les années soixante-dix, l’intégrale a ensuite été publiée dans la collection de poche 10-18 – mais le tirage épuisé, impossible de les racheter, à moins de persécuter son bouquiniste ! Les éditions Rivages ont la bonne idée de les rééditer dans des traductions nouvelles, dans la collection Rivages/Noir. Quel plaisir de relire les deux premières aventures de Beck et son équipe Roseanna et L’homme qui partit en fumée ! (En attendant la suite…)

Mankell, qui signe justement la préface de Roseanna, rend un bel hommage à ses compatriotes : « J’ai lu Roseanna pratiquement dès sa sortie, en 1965. En rouvrant le livre aujourd’hui, je réalise que cette première lecture remonte à quarante ans et qu’à l’époque, je n’avais que dix-sept ans. ça semble incroyable. Combien de livres ai-je lus depuis ? Et pourquoi me souviens-je si bien de Roseanna ? J’avais trouvé le roman clair, limpide : une histoire convaincante, racontée de manière tout aussi convaincante. Aujourd’hui, cette première impression tient toujours (…) Le livre tient toujours la route : il est enlevé, son style est nerveux et l’intrigue, construite de main de maître (…) Cela fait maintenant bien longtemps que Per Wahlöo est mort. Maj Sjöwall a vieilli en même temps que moi et que toute une génération de lecteurs. Et je me retrouve à lire Roseanna un jour de décembre, quarante ans après sa sortie. J’en avais oublié une grande partie, bien entendu, mais le roman tient toujours magnifiquement la route. C’est très bien pensé, bien structuré. Il est évident que Sjöwall et Wahlöö avaient minutieusement préparé le terrain pour leur série en dix volumes sur la brigade criminelle de Stockholm, une série de fiction, mais inspirée par la réalité (…) Ils voulaient se servir du crime et des investigations policières comme d’un miroir de la société suédoise (…) Influencés et inspirés par l’Américain Ed McBain , ils ont exploré un vaste territoire dans lequel les romans policiers offraient un cadre à des histoires présentant un regard critique sur la société ».

L’ambition affichée de Sjöwall et Wahlöo est d’épingler les failles du modèle suédois pour en dénoncer les perversions, rompant en cela avec leurs prédécesseurs influencés par le roman policier britannique. Avec eux, ce n’est plus l’énigme qui prédomine, ni la résolution du mystère, mais le contexte social et politique – ce qui deviendra ensuite monnaie courante dans le roman noir contemporain.

Ces désormais classiques du polar suédois sont donc : à découvrir, ou à redécouvrir !

Prix du Polar européen : l’Islande à l’honneur

02mai

islande.jpgLe Prix du Polar européen vient d’être décerné à l’écrivain islandais Arnaldur Indridason pour L’Homme du lac. L’occasion pour nous, libraires, de vous faire découvrir ou redécouvrir ces polars venus du froid…

Car il existe en effet une « école » du polar nordique répondant à des critères communs tels que : écriture au scalpel, ambiances sombres, personnages désabusés ou désespérés – y compris l’inspecteur ou le commissaire de service – lenteur implacable de l’intrigue, sans oublier les données climatiques : vent glacé, neige ou tempête (au choix). On l’aura compris, si l’on ne rit pas beaucoup dans ces romans, par contre l’on y boit beaucoup, ceci compensant sans doute cela… Le chef de file serait sans doute le Suédois Henning Mankell, avec son personnage le commissaire Kurt Wallander, mais on peut citer aussi ses précurseurs Maj Sjöwall et Per Wahlöö qui signent à quatre mains les enquêtes de l’inspecteur Beck, ou le Norvégien Jo Nesbo et son héros l’inspecteur Harry Hole, ou la série de Karin Fossum mettant en scène l’inspecteur norvégien Konrad Sejer, sans oublier les enquêtes du commissaire Van Veeteren par Hakan Nesser, le privé Varg Veum par Gunnar Staalesen, ou encore Anne Holt, Liza Marklund, Karin Fossum, etc…

Pour en revenir à Arnaldur Indridason, il est l’auteur d’une série policière dont l’enquêteur principal est le commissaire Erlendur Sveinsson, que les éditions Métailié ont entrepris de traduire en France – à ce jour quatre titres sont disponibles. Les lecteurs français le découvrent donc en 2005 avec La Cité des jarres (publié initialement en Islande en 2000) – récompensé par le prix Clé de Verre du roman noir scandinave, prix Mystère de la Critique, et prix Coeur noir – une énigme faisant référence à une curieuse histoire de filiation, le peuple islandais ayant toujours vécu enclos sur lui-même de part sa situation insulaire. On retrouve Erlendur dans La Femme en vert, titre aussi primé que le précédent puisqu’il a obtenu le Prix Clé de Verre du roman noir scandinave, le prix CWA Gold Dagger, et en France le Grand prix des Lectrices de Elle. Ingrédients de ce deuxième opus : un os, qui va remonter à un squelette lentement déterré, une famille où règne la terreur d’une femme battue, l’Islande pendant la Seconde Guerre mondiale. Le troisième titre La Voix, qui a obtenu le Trophée 813 et le Grand prix de littérature policière 2007, est un huis-clos policier dans un hôtel de luxe Reykjavik, envahi par les touristes, en plein mois de décembre. Le réceptionniste, déguisé en père Noël, est retrouvé assassiné… Petit plus : ces trois premiers titres parus chez Métailié existent aussi en format de poche, dans la collection Points Policiers. Dernière traduction en date, L’Homme du lac vient de se voir décerner ces jours-ci le Prix du polar européen, d’autant plus mérité que l’Histoire de l’Europe est au coeur de l’ouvrage : la guerre froide, l’ex-bloc communiste, les années soixante, servent de toile de fond à ce roman où, comme souvent avec Indridason, l’on découvre une facette méconnue de l’Islande.

Le retour du capitaine Alatriste

19avr

 

 

Une nouveauté attendue :

Voici qu’arrive dans notre beau rayon polar le sixième volet des aventures du capitaine Alastriste, personnage qui revient périodiquement sous la plume de l’auteur espagnol Arturo Perez-Reverte et l’on ne peut que s’en réjouir ! Quatre ans séparent cet épisode du précédent – pour mémoire la série se lit dans l’ordre chronologique suivant : Le Capitaine Alatriste, Les Bûchers de Bocanegra, Le Soleil de Breda, L’Or du Roi, Le Gentilhomme au pourpoint jaune, il faudra désormais y ajouter Corsaires du Levant.

 

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En loup de mer érudit et avisé, Perez-Reverte nous fait naviguer avec bonheur dans les eaux historiques du XVIème siècle, entre combats navals, poursuites, scènes d’abordage, on s’y croirait ! Les batailles sont à elles seules de véritables morceaux d’anthologie, que le lecteur savourera jusqu’au dénouement, parfois incertain – la guerre en mer a ses écueils.

 

Souvenirs, souvenirs : avec son premier livre Le Tableau du Maître flamand, Perez-Reverte faisait une entrée fracassante dans le genre, obtenant le Grand Prix de littérature policière – une étonnante intrigue mêlant peinture et logique mathématique, sur fond de jeu d’échecs, qui a fait date, c’était en 1993, déjà !

 

Depuis, il a concrétisé avec bonheur une oeuvre mêlant érudition et plaisir, que tout lecteur peut partager. Que ce soit l’univers des livres anciens avec un hommage au créateur des Trois Mousquetaires dans Le Club Dumas, le passé flamboyant de Séville avec La Peau du Tambour sur fond d’espionnage du Vatican, l’argent sale de la drogue dénonçant le cartel de Medellin dans La Reine du Sud, le roman d’aventures maritimes du Cimetière des bateaux sans nom où l’on rêve de trésors engloutis et de cartes anciennes, l’Andalousie sous l’occupation des troupes napoléonniennes dans Le Hussard, Perez-Reverte a plus d’un tour dans le sac à malices de son imagination, et l’on aurait bien tort de s’en priver !

 

 

 

 

 

 

 

 

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