Les délices du brouillard
26sept
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On ne rendra jamais assez grâce à un éditeur discret qui oeuvre depuis des années au service d’une littérature exigeante en rééditant des merveilles oubliées ou dédaignées : sous la couverture bleue ou noire d’Ombres, il nous a offert moult redécouvertes et tirer de la poussière de fameux auteurs. Jean-Paul Archie nous propose ce mois-ci de découvrir (n’allons pas faire croire que nous le connaissions…) dans ses “Classiques de l’aventure et du mystère” un petit bijou américain, à la fois hommage au genre du livre d’enquête et parfaite réussite dans le domaine. Paru en 1901, Dans le brouillard de Richard Harding Davis se situe dans le Londres fantomatique du smog et se présente comme une variation sur le thème du crime parfait, sauf qu’ici nous atteignons au sommet de celui-ci pour une raison que le suspens m’interdit de dévoiler. Tout se passe dans un des ces clubs londoniens dont les britanniques ont le secret : on y croise des hommes conscients de leur élection et de leurs privilèges et qui cultivent avec raffinement l’art de garder pour eux seuls des histoires haletantes. Ce soir-là, Londres connaît un brouillard d’anthologie, ambiance propice aux crimes les plus infâmes. Le double-meurtre que vont successivement évoquer les narrateurs qui se suivent autour d’un alcool chatoyant a la particularité de s’être commis quelques heures plus tôt, son actualité est d’autant plus brûlante que chaque témoin a de nouvelles révélations à faire sur ses circonstances, ses acteurs et la résolution de son mystère. Le piquant de ce petit roman tient à son rythme, toujours soutenu, et à l’idée qui nous fait galoper derrière ce micro-décaméron policier : car c’est la curiosité qui en est le principal ressort, celle du dénommé Andrew, homme d’Etat en vue qu’on attend semble-t-il au Parlement pour un débat de première importance et qui ne parvient jamais à se résoudre à quitter les lieux tant qu’on a une histoire croustillante à lui servir (il a trop lu Conan Doyle…) et ce soir-là, justement, elles ne vont pas manquer. Comme promis on ne dévoilera pas le moindre fil de cette petite merveille où un américain, mieux qu’un anglais lui-même, s’insinue dans un genre pour mieux l’illustrer. Une heure de plaisir assurée au coeur du brouillard londonien le plus épais…