Posts Tagged ‘Robert Benchley

Benchley, encore!

30mai

Robert Benchley  Remarquable, n’est-ce pas ?Non, ce n’est pas une manie ! Non, nous ne sommes pas obsessionnels de ces auteurs hilarants qui mériteraient de séjourner à l’année sur les tables de nuit des plus désespérés de nos contemporains ! Non, la fine équipe qui préside aux destinées de Monsieur Toussaint Louverture, secte littéraire imprimophile dirigée par le mystérieux Dominique Bordes (le seul éditeur qui revendique haut et fort dans les pages de ses livres le droit d’inscrire son nom sans en avoir fait sa raison sociale) ne nous a pas soudoyés afin que les premiers nous annoncions à grands cris la naissance de leur dernier chérubin ! Non, le fait qu’il y ait une ahurissante surprise circulaire et brillante cachée derrière le rabat de la quatrième de couverture ne nous paraît pas l’argument commercial suprême qui convaincrait le plus avaricieux des amateurs de beau livre d’abandonner à son libraire 16, 50 euro (je ne m’en étais moi-même pas rendu compte et j’ai cru défaillir en découvrant cette impensable concession à la modernité dissimulée sous l’orange de ce beau livre imprimé à chaud sur du papier Trucard o felt de 300 grammes, me félicitant néanmoins de n’avoir pas voulu emprunter quelque avion dont on m’eut interdit l’accès après l’intense sonnerie que je n’aurais pas manqué de provoquer en franchissant le portique de détection, au risque de déclencher une fureur parfaitement inutile, etc…) ! Non, non et non, ni manie, ni obsession, ni concession, ni concussion, juste un intense plaisir à répéter sur ce blog (cf billet du 3 mai) qu’il faut enfin lire Robert Benchley qui réussit le tour de force d’être le plus drôle des écrivains américains d’avant-guerre sans cesser d’être drôle après-guerre, qui a le don de se moquer de lui aussi bien que de son voisin, du président des Etats-Unis ou de son percepteur, d’autant que le lire dans une édition d’une telle qualité transforme ce plaisir en délicieux vice bibliophilique. Si l’on en juge par la pondération dont fait preuve cet éditeur terrorisé à l’idée de faire un tirage trop important (syndrome connu sous le nom de “terreur du carton dans le couloir d’entrée de la maison”), ce Remarquable, n’est-ce pas ? a toutes les chances d’être épuisé à grande vitesse. Alors précipitez-vous, nos réserves n’y suffiront sans doute pas.

une bonne tranche pour commencer mai

03mai

Robert Benchley  Pourquoi personne ne me collectionne ?Le supplice des week-ends ! Comment vous ne connaissez pas Le supplice des week-ends ? Bon, oui, d’accord, vous le subissez peut-être de temps à autre quand, collé à la vitre du salon vous regardez dégouliner la pluie qui paraît sortie d’un robinet laissé ouvert par un créateur oublieux et que la télé vous condamne à ses plus insipides programmes le jour où vous n’avez plus rien à lire. Non, je ne parle pas de supplice-là qui vous regarde et dont je n’oserais pas me mêler. Ma pensée va plutôt vers le livre génial portant ce titre et que nous voudrions ardemment vous conseiller à longueur d’année si 10-18 n’avait pas omis de le réimprimer. Robert Benchley, qui en est l’auteur inspiré, nous rend triste quand on le sait épuisé, il nous rend euphorique quand un éditeur se décide enfin à aller piocher dans sa petite montagne de chroniques pour en faire un volume. Rivages a tenté l’expérience avec un petit livre de poche l’an dernier (Démence précoce), prudemment on ne sait jamais. Il faut croire ou conclure que l’opération a porté ses fruits puisque c’est aujourd’hui en grand format que ce vieux Bob réapparaît. On doit à Frédéric Brument, qui avait déjà ressuscité le négligé au Dilettante (L’expédition polaire à bicyclette & Psychologie du pingouin) cette heureuse surprise qui va nous permettre de savoir enfin Pourquoi personne ne me collectionne ?

De l’angoisse du bureau impossible à ranger (tout le monde sait qu’un bureau est impossible à ranger, il n’empêche que se l’entendre dire fait du bien) à l’angoisse de remplir sa déclaration d’impôt (activité de saison et preuve irréfutable de la grandeur éternelle de Benchley) en passant par l’angoisse de rédiger un courrier administratif ou l’angoisse de devoir ériger un barrage quand on n’en a pas les compétences sans omettre l’angoisse de ne pouvoir approcher une asperge de sa bouche sans se l’enfoncer dans l’oeil, cet ouvrage que l’on dirait volontiers roboratif si on n’avait plutôt choisi d’employer les termes : hilarant, désopilant, marrant et poilant successivement, aborde tous ces sujets cruciaux avec courage et lucidité, et encore je n’évoque qu’à peine d’autres troublantes réflexions et je ne parle carrément pas de la plongée affolante dans la résolution de crimes mystérieux qui ferait vite passer Sherlock H. pour un amateur si l’on ne craignait de s’aliéner durablement les fanatiques de ce dernier toujours prêts à en découdre avec vous pour le moindre prétexte, mais là je change de sujet. Pour renfort de potage, on notera que ce petit livre au prix modique a l’avantage d’être jaune, ce qui le rend particulièrement facile à repérer dans le noir, encore que lire dans le noir nous paraît déconseillé au nom du plus simple bon sens.

 

Caricature Robert Benchley  © Al Hirschfeld

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