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Le bistrot de Vidalie

12oct

Albert VidalieAlors que ressort en petite vermillon  L’argot du bistrot de Robert Giraud qui « jaspinait le mieux la langue verte des buveurs de rouge » (Sébastien Lapaque), ressurgit miraculeusement Albert Vidalie, qui lui aussi s’y connaissait en matière de bibine et de zinc, grâce à l’indispensable Dilettante dont on ne dénombre plus les redécouvertes et les résurrections et auquel nous élevons notre verre, reconnaissants. Avec Albert Vidalie disparu en 1971 les loups de la littérature sont revenus dans Paris (il est l’auteur de la merveilleuse chanson de Serge Reggiani, un joli coup, ouh) et ça croque et craque à tout va, dans la meute qui compte Fallet ou Blondin, ces jouisseurs de mots qui savaient trouver de la poésie dans un rade ou sous un réverbère. Grâce à lui un bougnat devient philosophe, un banlieusard devient une figure, une triste petite rue de Paris une scène splendide, Charlot habite près des vatères. Quelques pages et c’est un morceau de ciel gris dans votre assiette, un coin de Paris dans vos lunettes, une comédie humaine qui ne reluit guère mais touche infiniment. Quelques lignes et c’est un style qui prend forme et un art saisissant du décor dressé en trois formules. Argotique, mais pas toujours, lyrique mais sans excès, rêveur quand ça lui prend. Vidalie a plus de verbe, plus de musique en lui que Jean-Paul Clébert redécouvert l’an dernier mais qui sentait un peu sa sueur d’écrivain mal rabotté. Sa gamme est plus étendue et le recueil du Dilettante, L’Aimable-Julie, Monsieur Charlot et consorts, nous le prouve qui nous offre ses multiples visages, ses faces de lune et de soleil. On nous redemande du Fallet, c’est vrai, même si le temps de la ferveur est passé. On nous réclame moins du Blondin qui subit son purgatoire, intranquille. On a vu réapparaître Giraud dont le vin des rues a encore bon goût et tâche bien encore les chemises blanches. Et nous persistons à conseiller du Yonnet qui en plus du talent a su se faire rare. L’heure de Vidalie, entre chien et loup, a peut-être sonné. Goûtez-y, ça rince le gosier en ces temps de rentrée où les tacherons ont pignon, sur rue tout au moins.

Le vin de Bob

25avr

Robert Giraud (du blog d’O.Bailly)Collection EcrivinsPas loin de trois ans que nous n’avions de nouvelles de la déjà fameuse collection « Ecrivins » animée par Philippe Claudel chez Stock, havre de liberté dans un monde où boire, même avec des Lettres, est devenu suspect. Jusqu’à présent il s’agissait de commandes à des auteurs encore actifs de la bouteille – et c’est d’ailleurs aussi le cas avec le livre de Michel Quint paru il y a peu, Les Joyeuses – mais, petite nouveauté qui nous comble, c’est d’un illustre méconnu que nous est offerte aujourd’hui la résurrection d’un texte splendide, Le vin des rues, signé Robert Giraud. Disparu en 1997, il est surtout connu désormais comme un des grands spécialistes de l’argot qui fut la matière de quelques uns de ses livres. Par la grâce et sans doute l’acharnement d’Olivier Bailly, nous le voici rendu, tout entier, dans un bref petit ouvrage, lui aussi à l’enseigne d’Ecrivins, essai biographique admirablement écrit – mais jamais avec cette volonté de faire du Giraud ou d’encanailler trop souvent une langue qui sait se retenir – qui, au fil d’une eau brouillée comme la Seine et tortueuse comme un ruisseau, redonne vie à ce Monsieur Bob, « drôle de passager de la nuit, étranger pourtant partout comme chez lui, solitaire très  entouré », « chat de gouttière, chat errant » qui passe d’un bistrot à l’autre, parfois pauvre comme job, parfois plus sûr de sa bourse grâce à quelques piges bienvenues, ami de ce « légionnaire » (à vous d’en retrouver le sens…) qui vous assomme ou vous rend volubile, oreilles grandes ouvertes pour saisir ces histoires de clochards et de tatoués dont il sera un grand spécialiste devant l’éternel (et l’inventeur de ces fameuses et hilarantes « brèves de comptoir »), camarade insubmersible de Doisneau ou Prévert. Cent quatre-vingt pages taillées dans de l’admiration, de celle qui rend un peu aveugle aux défauts mais jamais sourd aux souvenirs récoltés auprès de ceux qui l’ont connu et aimé, Monsieur Bob est mieux qu’un exercice, plus vivant qu’une nouvelle qui voudrait évoquer ce Paris disparu, un Paris « fragile », comme le dit Philippe Claudel, un monde en train de mourir dont Giraud poursuivait les fantôme, infiniment plus digeste que ces insupportables biographies aussi lourde à porter qu’à mâcher, carrément plus goûteux que ces breuvages fades qu’on nous vend par casiers, c’est un livre qui donne envie d’avoir soif et de l’étancher dans un lieu non conforme aux règles hygiéniques qui nous traquent. Un livre qui donne envie, et c’est son plus beau mérite, de se plonger dans Robert Giraud.

PS : vous pouvez retrouver le blog d’Olivier Bailly à cette adresse : blog


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