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La musique de l’amour

05jan

Jusqu’où peut-on aller par amour ? Cette question, à laquelle il n’y a pas une mais de multiples réponses, est au cœur même de La double vie d’Anna Song. Le narrateur, Paul, revient sur la passion amoureuse qui l’a toute sa vie durant lié à Anna, pianiste virtuose dont le talent n’a été que très tardivement reconnu grâce à l’enregistrement d’une centaine de CD qu’elle a mené à bien alors même qu’elle était atteinte du cancer qui allait l’emporter. Son producteur et mari Paul Desroches accomplit un dernier geste d’amour du vivant de sa compagne pour que la célébrité qu’elle a placée comme le but ultime de sa vie lui soit enfin acquise et ce, à jamais, de par la splendeur des enregistrements qui deviennent après sa mort l’objet d’un véritable culte. Anna Song devient dès lors une véritable icône et rejoint les plus grands interprètes de l’histoire de la musique dans le coeur des critiques unanimes. Son destin est celui d’une étoile trop vite éteinte, son courage émeut, sa beauté éclaire toutes les photographies sur lesquelles elle apparaît. S’il est question de double vie, vous comprendrez que je ne peux en dire plus pour ne rien dévoiler de ce qui se cache derrière la légende…

Minh Tran Huy tisse les fils de son roman  avec le talent de conteuse qu’on lui connaît depuis le très beau La princesse et le pêcheur. Le Vietnam apparaît là encore comme le pays chimérique des origines et du fantasme tel un paradis désormais inaccessible, tandis que les thèmes  de la désillusion et du secret s’entremêlent dans de troublants leitmotiv…

Les mélomanes éclairés se souviendront peut-être de l’affaire Joyce Hatto qui a inspirée la romancière (et sans doute dès lors, auront-ils une idée très précise de ce que l’on peut faire par amour). La double vie d’Anna Song, œuvre de pure fiction, s’empare du fait divers tout en s’interrogeant sur ce qui fait la notoriété d’un artiste, quel qu’il soit.

 

 

Un dessert plutôt salé !

03jan

Tanguy VielQu’est-ce qu’un Paris-Brest, en dehors d’une pâtisserie à la crème ? Eh bien à compter du 8 janvier prochain, ce sera aussi un livre, mais attention, pas un livre de cuisine, mais bien plutôt un roman décapant édité chez Minuit, celui que nous livre un Tanguy Viel très en forme. Alors de quoi s’agit-il ? D’un récit raconté à la première personne, dans lequel sont dévoilés à la fois des histoires et des secrets de famille, concernant essentiellement des affaires d’argent. Bon, me direz-vous, après Le black note (1998), L’absolue perfection du crime (2001) et Insoupçonnable (publié en 2006, ce roman sort d’ailleurs simultanément en poche), on ne s’attendait pas à moins ! Mais encore… D’une mise en abyme de la position de l’écrivain, puisque le narrateur évoque à de nombreuses reprises le roman dont l’écriture a occupé les trois années qui viennent de s’écouler. Ceci aussi, est un peu familier. On se souvient en effet de Cinéma, qui était paru en 1999.

D’accord, mais sommes-nous vraiment plus avancés ? Alors Paris-Brest, c’est le voyage en train qu’effectue le narrateur à l’occasion des fêtes de fin d’année. Sa valise n’est lourde d’aucun cadeau, pourtant elle pèse son poids. Sans doute la présence de ce fameux manuscrit de cent soixante-quinze pages qu’il aime à appeler son « roman familial » y est-elle pour quelque chose… En effet, il y livre les secrets de toute sa famille, sans oublier bien sûr ce qu’il tait lui-même depuis des années. Et ça promet. Personne n’est épargné. Ni la grand-mère qui est par miracle devenue la légataire universelle d’un vieux monsieur richissime, ni le père, dont les exactions ont forcé une partie de la famille à quitter Brest pour s’exiler dans le Sud, ni la mère et ses tentatives plus ou moins fructueuses pour ne jamais perdre la face, ni le lourd secret du frère cadet, sans oublier bien sûr ce personnage clé qu’est ce mystérieux « fils Kermeur », un « ami » pour le moins spécial. Voilà le portrait d’une famille qui a décidément plus d’une raison de vouloir se faire oublier…

Le style est frais, léger, mais non dénué d’une certaine cruauté. Voilà donc un roman dont les pages se tournent toutes seules, le lecteur se voyant insidieusement contaminé par cette curiosité que l’on qualifierait sans aucun doute de malsaine s’il ne s’agissait pas avant tout d’une fiction…

                                           Paris-Brest         Paris-Brest                               Paris-Brest

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