Posts Tagged ‘Tardi

Détour par les tranchées

14nov

Comme complément à notre trop rapide billet sur la réédition de l’extraordinaire récit de Gabriel Chevallier, La Peur, au Dilettante, on signalera aux amateurs éclairés qui sont souvent les mêmes que ceux qui se passionnent pour la littérature, la parution du nouvel opus du génialissime Tardi : il revient sur une période capitale dans son imaginaire, la Grande Guerre (ces majuscules, quelle horreur!) et son cortège de monstruosités malheureusement si “visuelles”. On se souvient d’Adieu Brindavoine et de La véritable histoire du soldat inconnu, ou de son adaptation du roman de Didier Daeninckx La der des ders. Dans chacun de ces albums, il creusait à travers des figures imaginées sa vision du désespoir : personnifié dans ces anonymes noyés par le torrent guerrier, créatures éperdues broyées par une mécanique infernale, il est au coeur de ces pages superbes. Avec Putain de guerre! qui sort aujourd’hui après une parution échelonnée en format tabloïde (une idée marketing déjà utilisée lors du dernier recueil mais une sacrée idée), nous avons quitté l’imagination pure pour nous installer dans l’illustration au plein sens du terme (”donner du lustre”). Pour chacune des trois années de 1914 à 1916, Tardi représente des moments forts, des interprétations du texte de Jean-Pierre Verney ( connu jusqu’alors comme historien et qui nous livre un très intéressant dossier à la suite des planches dessinée), racontées par un personnage de peu, un soldat d’en bas qui confie le sordide, le violent, le sanguinolent devenu banal, l’atroce auquel on s’habitue et l’injustice à laquelle on ne se fait pas. Dans une langue ferme et vraie, ce personnage nous fait traverser tout le conflit, rapportant les phrases de ces gens importants capables de prononcer de colossales imbécillités guerrière, avouant son souverain mépris des puissants, interprête du vieux fond d’anarchisme de Tardi. Bref, vous l’aurez compris, les inconditionnels du dessinateur auront une raison supplémentaire de louer son constant génie et sa langue toujours au service de son trait unique.

tardi-1.jpgtardi.jpg

Double clé

05août

Le serrurier volantIl n’est plus rare qu’un auteur s’associe à un dessinateur pour faire oeuvre commune. La collection Folio nous offre quelques beaux exemples, à l’image de L’histoire de Monsieur Sommer de Patrick Süskind et de Catherine Certitude de Patrick Modiano, tous les deux illustrés par Sempé. Aujourd’hui, c’est au tour de Tonino Benacquista et de Tardi de se prêter au jeu. Et comme pour ses prédécesseurs, le résultat s’avère très convainquant.

Le serrurier volant, c’est Marc, un homme ordinaire, trentenaire, qui aspire à la tranquillité et se contente de peu et d’une vie quasi-solitaire. Employé sans histoire dans une compagnie de convoyage de fonds, sa vie va pourtant basculer le jour où il se fera braquer, lui et ses collègues, par cinq individus encagoulés. Seul survivant de ce guet-apens, il en ressortira profondément marqué tant physiquement que psychologiquement et décidera de devenir “serrurier volant”, c’est-à-dire un serrurier sans bureau ni horaires fixes. Cette nouvelle profession, qui va lui réserver bien des surprises et le placer dans des situations improbables, va déverrouiller peu à peu la porte de ses sentiments et lui redonner goût à la vie.

Les amateurs de Benacquista reconnaîtront bien sa patte. Le style, simple et efficace, au service d’une histoire sombre et toujours porteuse d’éléments de réflexion sur les aléas de la vie et notre part de libre-arbitre, fait qu’on retrouve toujours l’auteur de Quelqu’un d’autre avec beaucoup de plaisir. On sera aussi bien avisé de (re)lire Saga, un des autres excellents romans de Benacquista, qui dépeint le milieu corrompu des médias à travers quatre scénaristes qui n’ont rien à perdre.

Quant aux illustrations de Tardi, à qui l’on doit la série Adèle Blanc-Sec et l’adaptation de plusieurs romans de Léo Malet en BD, elles donnent un visage à ce pauvre héros ordinaire, et ajoutent un charme particulier à l’histoire. Notons la très bonne idée d’avoir inclus quelques croquis de son travail préparatoire en fin d’ouvrage, ce qui nous permet de mieux apprécier la démarche du dessinateur.

Chercher sur mollat

parmi plus de 300 000 titres.

Actualité
Podcasts
Rendez-vous
Coup de cœur