Posts Tagged ‘Torturez l’artiste !

Des saumons dans le désert

20mai

torday.jpgEn lisant Partie de pêche au Yemen de Paul Torday, on se dit que, décidément, l’imagination de certains romanciers est sans limite. Le sujet est aussi simple que délirant : un cheik yéménite veut s’offrir une rivière climatisée en plein désert pour pouvoir s’adonner à la pêche au saumon. Tout de suite, le lecteur a de quoi s’inquiéter. « Un livre sur la pêche au saumon au Yemen ? Et pourquoi pas  Partie de flipper en Amazonie ou Strike sur la banquise ? » Si la présentation de ce roman vous inspire ce genre d’a priori, vous aurez alors toutes les chances d’être très agréablement surpris. Car, malgré les pages parfois très techniques sur l’implantation du saumon et l’art et la manière de le pêcher susceptibles d’intéresser les plus férus ou les insomniaques familiers de certains programmes télé très tardifs, ce roman est avant tout un torrent de drôlerie et d’originalité.

Le Projet Saumon – ou la « mission impossible » – est confié au Dr Alfred Jones, un scientifique britannique qui pourrait être un proche cousin du Wilt de Tom Sharpe. Malgré sa réticence, les hautes sphères politiques lui font comprendre qu’il en va de l’intérêt de son pays, histoire de montrer par une habile campagne de communication que les Britanniques ne se contentent pas d’envoyer des missiles au Moyen-Orient. Et puis le cheik yéménite, que l’on soupçonne un brin frappadingue, n’en est pas moins un homme immensément riche, n’hésitant pas à engloutir des millions dans ce projet.

Ce roman doux-amer se démarque par le dynamisme de sa construction des autres comédies british pince-sans-rire. En effet, la trame narrative évolue grâce au journal intime du Dr Jones, aux mails et lettres échangés, aux rapports d’enquêtes, aux différents entretiens et à bien d’autres procédés qui s’enchaînent sur un rythme haletant. Il ne fait aucun doute que, à votre tour, vous mordrez à l’hameçon.

A noter, pour finir, que ce roman fait également partie de l’opération lancée par 10/18 « Vous serez conquis ou remboursé ». Nous avions déjà évoqué cette initiative originale et pour le moins audacieuse sur notre blog  du 10 avril 2009 consacré à Torturez l’artiste ! de Joey Goebel. Grâce à ce procédé, ce roman a pu bénéficier d’un succès mérité qu’il n’a pas eu lors de sa sortie en grand format. Parions que Partie de pêche au Yemen connaîtra la même fortune.

« D’un mal sort toujours un bien »

10avr

Joey GoebelQui ne s’est jamais affligé devant la futilité de la dernière série télé à la mode, dont les ressorts de l’intrigue, rouillés et archi-convenus, menacent à tout moment de blesser l’intelligence du téléspectateur ? Qui n’a jamais été frappé par la stupidité des tubes de l’été, dont on ne sait si c’est l’écoute ou la chorégraphie artificielle qui heurte le plus les victimes que nous sommes ? C’est en partant de ce constat que, dans Torturez l’artiste !, un magnat des médias décide de fonder « Nouvelle Renaissance », une école qui vise à relever le niveau culturel des Etats-Unis. Si l’idée est séduisante par son intention, la méthode pour y parvenir est des plus contestables. En effet, la doctrine de l’école est de torturer mentalement les génies en herbe, pour pouvoir les plonger dans une souffrance profonde afin qu’ils produisent des oeuvres de qualité. Mais dans quelle mesure peut on considérer que l’addition « génie » plus « souffrance » égale « qualité » est exacte ? Songeons un instant à toutes ces âmes damnées qui, trainant leur douleur, sont devenues les plus grands artistes de tous les temps : Van Gogh, Poe, Toulouse-Lautrec, Dostoïevski, Zola, Kafka, et beaucoup, beaucoup d’autres ! peuvent également être pris en exemple.

Vincent est de la graine des jeunes génies. A 9 ans, il est d’une précocité et d’une intelligence rares. « Nouvelle Renaissance » fait alors appel à lui pour exploiter au mieux ses talents d’écriture et sa créativité. Harlan Eiffler, un ancien critique rock blasé par la médiocrité de la création musicale, sera son manager (ou bourreau, cela dépend de la façon dont on voit les choses…). Tous les moyens sont bons pour aiguiser la fibre artistique de son protégé : tuer son chien, brûler sa maison, corrompre ses petites amies, créer le surmenage,…

Joey Goebel, jeune auteur de 29 ans,  pose un regard cynique et réaliste sur la débauche culturelle endémique à notre société. Les bonnes idées foisonnent et rendent le message plus percutant encore. Torturez l’artiste ! est son premier roman et on sent déjà une plume sans complexe qui s’amuse et nous contamine par son dynamisme.

A noter pour finir que ce roman fait l’objet d’une opération chez 10/18 qui consiste à rembourser les lecteurs qui ne seront pas conquis par ce titre. Force est d’avouer que l’éditeur ne prend pas beaucoup de risques étant donné que Torturez l’artiste ! se lit avec beaucoup de plaisir et qu’il conviendra à tout lecteur cherchant à se divertir intelligemment.Torturez l’artiste !

Chercher sur mollat

parmi plus de 300 000 titres.

Actualité
Podcasts
Rendez-vous
Coup de cœur