Splendeur et lumière de Zoya Pirzad
24juil
Ecrivain phare du catalogue des éditions Zulma, Zoya Pirzad revient faire le bonheur des lecteurs et surtout des lectrices françaises avec son livre intitulé C’est moi qui éteins les lumières, traduction du premier roman qu’elle avait publié en Iran. C’est ainsi que l’on plonge avec délice dans le quotidien d’une famille arménienne installée à Abadan à travers le personnage de Clarisse, épouse et mère de famille dont le dévouement évoque plutôt un sens du sacrifice infini. Mais avant que l’on ne soit tenté de l’ériger en sainte et de lui vouer un culte, on se rend compte que ce beau parangon d’abnégation pourrait être plus vulnérable qu’il n’y paraît à première vue. Ainsi, l’installation d’une autre famille arménienne sonne définitivement le glas de la tranquillité d’esprit de Clarisse lorsque cette dernière se rend compte qu’elle passe volontiers du temps à s’entretenir avec son nouveau voisin, un veuf d’à peu près son âge. Moins encline à supporter le caractère taciturne de son mari féru de politique, l’envahissement récurrent de sa boulimique de soeur et de leur mère ainsi que les commérages de la communauté, elle découvrira peu à peu ses limites. Les lecteurs de Zoya Pirzad retrouveront dans ce merveilleux roman le même souci du détail et la même finesse d’analyse qui nous avaient séduit avec ses précédents livres, et surtout, on est une fois de plus frappé par sa dimension universelle.
- Lien permanent
- Commentaires fermés




Un instantané dans le petit matin de la librairie pour saisir l’essence fugace d’un rayon : avant l’arrivée des premiers clients cette photo a retenu un moment silencieux, des livres immobiles, de sages piles qu’une journée va amoindrir. Les plus aguerris reconnaîtront des titres qui ont du succès ou en ont eu, des livres qui marchent déjà bien ou qui refusent de démarrer, des promesses déçues ou des échecs confirmés, et au fond notre fonds avec ce « s » final auquel nous tenons tant pour le distinguer de ce rapport fond/forme auquel il ne doit rien. Ce temps d’arrêt est peut-être aussi l’occasion d’un léger vertige en pensant à la prochaine rentrée à laquelle les éditeurs nous font déjà penser, les uns nous adressant des épreuves, d’autres nous invitant à leur table ou nous conviant à de grands messes terribles où ils nous bombarderont de titres avec l’assurance d’y découvrir des chefs d’oeuvre à la pelle. Hier au soir c’était Laure Leroy de Zulma qui nous dévoilait son trio coloré de rentrée avec le prochain Hubert Haddad, Géométrie d’un rêve, faux journal intime d’après l’amour qui nous mènera loind de la Palestine, en Bretagne. Le suivront deux auteurs hispaniques recommandés par l’actif et talentueux François-Michel Durazzo : Contrebande d’Enrique Serpa, auteur disparu en 1968, « le meilleur romancier d’Amérique Latine » selon Hemingway, qui a laissé derrière lui ce livre très célèbre à Cuba, face à face sur un raffiot de deux hommes que tout oppose, et La ville absente de Ricardo Piglia, fantasque auteur argentin qui donne bien du mal à ceux qui essaient de résumer ses livres au demeurant exceptionnels et parcourus d’érudition (les lecteurs très rares de Macedonio Fernandez apprécieront), et on compte ardemment sur ce prochain livre pour lui offrir un public qui lui fait cruellement défaut. Les magnifiques couvertures dessinées par David Pearson y contribueront sans doute. Pour avoir une petite idée de cet alléchant programme, vous pouvez lire la newsletter de Zulma ici : 


L’armée mexicaine va débarquer bientôt, il faut s’y préparer. Revanche attendue de l’expédition française qui voulut faire d’un autrichien un monarque (pauvre Maximilien), elle s’apprête à nous envahir, faisant déjà grincer le bois de nos tables hispaniques. Car chaque éditeur, comme tous les ans lorsqu’est annoncé le nouvel invité du Salon du Livre de paris, s’est empressé de rechercher son ou ses Mexicains et avec d’autant plus de facilité que le pays a fait preuve de largesse trébuchante pour qu’on s’intéresse de près à sa littérature qui, il est vrai, reste scandaleusement méconnue chez nous. Quelques injustices vont donc être réparées et quelques surprises nous être révélées. L’excellent François-Michel Durazzo, grand traducteur qui nous rend régulièrement visite, nous parlait depuis pas mal de mois déjà de l’une de ses découvertes que nous désespérions de découvrir enfin. Un excellent éditeur, Zulma pour le nommer, a eu l’intelligente idée de l’écouter et ce que nous en a dit son traducteur s’est trouvé confirmé avec éclat :