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Splendeur et lumière de Zoya Pirzad

24juil

Ecrivain phare du catalogue des éditions Zulma, Zoya Pirzad revient faire le bonheur des lecteurs et surtout des lectrices françaises avec son livre intitulé C’est moi qui éteins les lumières, traduction du premier roman qu’elle avait publié en Iran. C’est ainsi que l’on plonge avec délice dans le quotidien d’une famille arménienne installée à Abadan à travers le personnage de Clarisse, épouse et mère de famille dont le dévouement évoque plutôt un sens du sacrifice infini. Mais avant que l’on ne soit tenté de l’ériger en sainte et de lui vouer un culte, on se rend compte que ce beau parangon d’abnégation pourrait être plus vulnérable qu’il n’y paraît à première vue. Ainsi, l’installation d’une autre famille arménienne sonne définitivement le glas de la tranquillité d’esprit de Clarisse lorsque cette dernière se rend compte qu’elle passe volontiers du temps à s’entretenir avec son nouveau voisin, un veuf d’à peu près son âge. Moins encline à supporter le caractère taciturne de son mari féru de politique, l’envahissement récurrent de sa boulimique de soeur et de leur mère ainsi que les commérages de la communauté, elle découvrira peu à peu ses limites. Les lecteurs de Zoya Pirzad retrouveront dans ce merveilleux roman le même souci du détail et la même finesse d’analyse qui nous avaient séduit avec ses précédents livres, et surtout, on est une fois de plus frappé par sa dimension universelle.

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Le trésor du Trésor

11mai

Le Trésor de la guerre d’EspagneOn croyait connaître Serge Pey qu’on avait classé trop tôt parmi les poètes remarquables de notre temps, et si cette affirmation n’est pas à atténuer il faudra désormais le compter parmi les plus beaux conteurs qu’on ait découvert récemment. Quand on songe que ce monsieur enseigne la poésie (cela s’enseignerait donc ?) dans une université toulousaine, on est en droit de considérer que l’étendue de sa gamme impressionne. Avec Le Trésor de la guerre d’Espagne paru aux éditions Zulma, il réussit là où beaucoup échouent : tisser un recueil de nouvelles dont l’unité ne nuit pas à la beauté de chacune. Parler de roman serait néanmoins trompeur ou pour le moins artificiel, même si certains personnages réapparaissent. Non, chaque histoire possède assez de force pour se lire seule, en écho avec celles qui précèdent ou suivront, éclats d’un projet magnifique qui redonne voix à des oubliés de l’Histoire. Le temps n’est pas vraiment dit, pour nous rappeler que sous le drame évoqué se déploie une universalité de la misère des temps difficiles. On reconnaît les années trente et quarante, le combat perdu des républicains et anarchistes espagnols placés en camps de concentration ou poursuivis, leurs enfants héritiers d’une guerre honteuse mais dont le sang contient de cette révolte bafouée. Les personnages sont souvent des perdants qui tiennent leur victoire ailleurs : dans le jeu d’échecs pour Chucho et Floridor qui tiennent en haleine leurs camarades prisonniers par des parties faites à distance qui se prolongeront la liberté revenue par des défis où il faut comprendre que l’important n’est pas de gagner. La nouvelle qui narre cette partie où les pièces sont remplacées par des verres d’alccol est sublime. La victoire peut aussi tenir à une corde où pend un linge qui tient lieu de message, à une barrique transformée en cercueil pour un enfant qui fuit la geôle immonde où on traite les gamins comme des chiens, à une horloge comme celle qu’est devenue la vieille Cega, aveugle dont les déplacements suivent les heures, à un écran de cinéma qu’on est trop pauvre pour voir en face et dont on va apprendre, à l’envers, à lire les sous-titres, à une plage où se retrouvent après des années d’attente les chercheurs d’un hypothétique trésor Républicain qui vont jouer ardemment de la pelle. Ces « récits d’enfance et de guerre » éclatent de ce merveilleux qui transmue l’horreur en or et la misère en argent ; ils ont surtout cette langue maîtrisée, sans affectation, une langue précise et déliée qui s’entend et qui charme. C’est peut-être le secret des poètes quand ils racontent des histoires : elles deviennent des chants.

Quand vous avez un olivier dans la tête…

04fév

OlivierChose promise, chose due. Je m’étais engagée, me semble-t-il, à vous en parler tantôt. Je n’ai déjà que trop attendu.

L’auteur dont je souhaiterais vous entretenir aujourd’hui avait fait une entrée des plus tonitruantes sur la scène littéraire israélienne il y a une quinzaine d’années grâce à un roman intitulé My first Sony, que les éditions Zulma avaient eu la judicieuse idée de faire découvrir aux lecteurs français au moment du Salon du livre consacré à Israël. Il avait d’ailleurs remporté le Prix grand public à son issue. Peut-être vous en souvenez-vous, c’était il y a seulement trois ans… Benny Barbash revient cette année pour notre plus grand plaisir avec un roman aussi délirant que le précédent dans lequel il donne une fois de plus la parole à un adolescent qui n’a ni la langue, ni les yeux dans sa poche. Mais pourquoi lui en voudrait-on de persister à recourir à cette astuce narrative si convenue quand on répète du matin au soir que la vérité sort de la bouche des enfants ?… C’est ainsi que Little Big Bang relate les tribulations d’une famille juive trigénérationnelle dont tous les membres sont rassemblés sous le même toit. Au départ assez archétypale, cette famille va assez rapidement connaître un destin hors du commun quand le père du narrateur, un homme assez influençable qui passe son temps à se chamailler avec sa femme, décide de perdre du poids. Après avoir essayé tous les types de régimes possibles et imaginables les uns après les autres sans parvenir à se débarrasser du moindre milligramme, le voilà qui se laisse séduire par le régime tout olive. C’est dire à quel point il est désespéré… Il va alors apprendre à ses dépens qu’il aurait peut-être mieux valu qu’il garde son embonpoint et son moral plutôt que de se lancer dans cette diète aberrante… qu’il aurait sans doute mieux valu être un peu moins superficiel plutôt que de voir un beau jour une branche d’olivier pousser insidieusement dans son oreille…

Vous l’aurez compris, cette histoire pleine d’humour n’est évidemment pas à prendre au pied de la lettre. Oscillant entre naïveté et ironie, Little Big Bang se lit plutôt comme une fable qui nous plonge, l’air de rien, en plein coeur de l’histoire d’Israël.

 

F.A.

 

 

Les nuits et les jours de Zulma, vierge folle

11jan

haddad.jpgZulma a vingt ans et on a peine à le croire tant cette maison, aimée des libraires, paraît animée d’une jeunesse que la beauté de ses couvertures n’a fait qu’amplifier. Les anniversaires donnent souvent l’occasion aux éditeurs de lancer des opérations commerciales où le sac de plage le dispute au joli stylo (à durée de vie limitée, on se souvient avec amusement du crayon Phébus qui ne marchait que lorsqu’on ne s’en servait pas). Soucieuse de bon goût, la maison d’édition s’est offert et nous offre deux coffrets splendides qui magnifient l’oeuvre de  celui qu’on peut appeler « l’auteur-maison », celui pour lequel ses éditeurs se battent depuis longtemps, Hubert Haddad. Grand nouvelliste trop méconnu pour ce domaine dans lequel il est un maître, fidèle à cette école de la « nouvelle fiction » qui fleurit à l’orée des années 90, il a à son actif une impressionnante bibliographie. Nouvelles du jour et de la nuit compile en deux mouvements les aspirations imaginaires de ce compositeur surdoué qui tisse des histoires à la frontière du rêve et de l’éveil, dans une langue tenue qui évite les pièges du baroque pour mieux nous emporter. Plaisir multiplié que ce bonheur de le redécouvrir ainsi peaufiné dans son écrin, cette édition est un hommage de taille, le genre de livres que ceux qui l’auront manqué regretteront. Zulma, vierge folle hors barrière a vingt ans et il n’est pas interdit de penser que c’est le plus bel âge de la vie…

Les noms de ma rose

09sept

Audur Ava OlafsdottirBeaucoup auront du mal à mémoriser son nom, cela ne les empêchera pas d’applaudir à son livre qui commence à faire sensation dans le monde des libraires ravis de le conseiller à leurs clients demandeurs d’originalité. Audur Ava Olafsdottir est donc islandaise, vous savez de ce peuple lointain mais européen qui cultive la plus vieille langue d’Europe sur un sol particulièrement peu fertile mais où l’on compte le plus grand nombre d’écrivains au kilomètre carré. La crise de la littérature ne semble pas avoir affecté cette civilisation de l’écrit égarée dans la finance et la preuve en est faite avec Rosa candida qui paraît aux éditions Zulma, cet éditeur qui réhabilite la tapisserie pour orner les belles couvertures de ses livres : livre vert parcouru de rondeurs éblouissantes, ce roman nous emporte ou plutôt nous entraine dans les pas d’un héros exaspérant de candeur et donc séduisant en diable, un jeune homme de vingt-deux ans qui quitte son île sans arbre pour traverser ce qu’on appelle là-bas le « continent » au volant d’une voiture, gardant précieusement avec lui trois plants de roses, une passion héritée de sa mère et cultivée avec une volonté qu’on dirait volontiers inflexible (les mots vont souvent ensemble) si elle n’était mâtinée d’une inquiétude et d’un tourment intérieur joliment analysés par l’aventureux voyageur. Car s’il aime les roses infiniment, s’il médite de s’installer dans un monastère qui en fait la culture depuis le moyen âge, il cultive avant tout un regard sur le monde d’une candeur jamais dérisoire qui le rend attachant. Il est le père d’une petite fille que le hasard d’une rencontre nocturne mal contrôlée lui a offert et son rapport à la paternité qu’il interroge sans arrêt, notamment quand on lui fait remarquer que son enfant n’a pas de cheveux, désarme tous ceux qui le croisent. On entend déjà parler de « road movie » cet exaspérante expression qu’on nous sort dès qu’un personnage accomplit plus de cent kilomètres en voiture mais la route qui sinue sous les roues d’Arnljotur et dans sa propre tête n’est pas du cinéma : c’est le monde réel, inquiétant et fascinant dès qu’on prend le temps de le regarder lentement, une trace de l’homme dans un monde qui a oublié la beauté des roses et le soin qu’elle réclame. Faire simple n’est pas donné à tous les écrivains qui confondent souvent simplicité et pauvreté, la langue islandaise se prête sans doute mieux qu’une autre à la narration de l’essentiel et on peut se réjouir que la traductrice ait su trouver la voix qui convenait à cette histoire simple, ce personnage simplement complexe dans son monde fleuri d’épines. C’est ce qu’on appelle le charme et on peut assurer qu’en matière d’horticulture littéraire, Rosa candida n’en manque pas.

La madone des sleepings ou l’art de dilapider sa fortune avec classe

10août

La Madone des sleepings… Un titre à la tonalité un peu désuète me direz-vous. Et vous avez raison. Mais il faut savoir que ce roman de Maurice Dekobra fut le best-seller des années folles. Il a même été adapté au cinéma en 1955. Ré-édité chez Zulma en 2006, le voici en poche chez J’ai Lu. Alors, qui est cette madone ? Lady Diana Wynham est une jeune aristocrate écossaise, fraîchement veuve, aux moeurs intrépides et libérées. Starlette en herbe, jet-setteuse d’un autre temps défrayant la chronique, la presse l’a affublée de ce drôle de surnom. Voyant sa fortune vaciller, elle se rapproche du représentant des bolcheviks Varichkine, afin de négocier l’exploitation de champs pétrolifères appartenant à son défunt mari. Varichkine et la Madone tombent amoureux. Mais sa maîtresse, Irina Mouravieff ne voit pas cela d’un bon oeil et décide de se venger. Ainsi commencent les aventures trépidantes, amusantes et hautes en couleur de l’espiègle Lady Wynham. Intrigues, conspirations et rebondissements sont au rendez-vous de cette grande aventure. Mais au-delà de la légèreté qui semble régner sur le roman, c’est également le portrait d’une femme moderne qui est évoqué ici. A re-découvrir.

Un prince à épiler

14mai

Laure Leroy ne manque ni d’enthousiasme ni de persévérance, elle nous le prouve année après année dans sa manière de mener sa barque éditoriale contre vents et marées au sein de l’esquif Zulma qui ne cesse de nous enchanter par ses découvertes. Avec Paul Wenz, c’est un vieux rêve d’éditrice qu’elle réalise, c’est une longue attente qui s’achève et c’est aussi la preuve que le Domaine Public permet de sauver des auteurs que leurs héritiers avaient bien maltraités. Cet étonnant auteur dont plus personne ne se souvenait, sorte de prince des lettres exilé en Australie, retrouve donc une nouvelle peau (et une nouvelle couverture). Ayant croisé cette bouillonnante éditrice dans les allées du Salon, nous l’avons mise au défi, sans filet ni préparation, de nous « vendre » cette piquante écharde. Inutile de préciser qu’elle s’en est sortie haut la main comme le prouve la petite vidéo suivante…

rumeurs de rentrée

19mai

LittératureUn instantané dans le petit matin de la librairie pour saisir l’essence fugace d’un rayon : avant l’arrivée des premiers clients cette photo a retenu un moment silencieux, des livres immobiles, de sages piles qu’une journée va amoindrir. Les plus aguerris reconnaîtront des titres qui ont du succès ou en ont eu, des livres qui marchent déjà bien ou qui refusent de démarrer, des promesses déçues ou des échecs confirmés, et au fond notre fonds avec ce « s » final auquel nous tenons tant pour le distinguer de ce rapport fond/forme auquel il ne doit rien. Ce temps d’arrêt est peut-être aussi l’occasion d’un léger vertige en pensant à la prochaine rentrée à laquelle les éditeurs nous font déjà penser, les uns nous adressant des épreuves, d’autres nous invitant à leur table ou nous conviant à de grands messes terribles où ils nous bombarderont de titres avec l’assurance d’y découvrir des chefs d’oeuvre à la pelle. Hier au soir c’était Laure Leroy de Zulma qui nous dévoilait son trio coloré de rentrée avec le prochain Hubert Haddad, Géométrie d’un rêve, faux journal intime d’après l’amour qui nous mènera loind de la Palestine, en Bretagne. Le suivront deux auteurs hispaniques recommandés par l’actif et talentueux François-Michel Durazzo : Contrebande d’Enrique Serpa, auteur disparu en 1968, « le meilleur romancier d’Amérique Latine » selon Hemingway, qui a laissé derrière lui ce livre très célèbre à Cuba, face à face sur un raffiot de deux hommes que tout oppose, et La ville absente de Ricardo Piglia, fantasque auteur argentin qui donne bien du mal à ceux qui essaient de résumer ses livres au demeurant exceptionnels et parcourus d’érudition (les lecteurs très rares de Macedonio Fernandez apprécieront), et on compte ardemment sur ce prochain livre pour lui offrir un public qui lui fait cruellement défaut. Les magnifiques couvertures dessinées par David Pearson y contribueront sans doute. Pour avoir une petite idée de cet alléchant programme, vous pouvez lire la newsletter de Zulma ici : newsletter

Hubert HaddadEnrique SerpaRicardo Piglia

L’avant garde de l’armée

12jan

El ultimo lectorL’armée mexicaine va débarquer bientôt, il faut s’y préparer. Revanche attendue de l’expédition française qui voulut faire d’un autrichien un monarque (pauvre Maximilien), elle s’apprête à nous envahir, faisant déjà grincer le bois de nos tables hispaniques. Car chaque éditeur, comme tous les ans lorsqu’est annoncé le nouvel invité du Salon du Livre de paris, s’est empressé de rechercher son ou ses Mexicains et avec d’autant plus de facilité que le pays a fait preuve de largesse trébuchante pour qu’on s’intéresse de près à sa littérature qui, il est vrai, reste scandaleusement méconnue chez nous. Quelques injustices vont donc être réparées et quelques surprises nous être révélées. L’excellent François-Michel Durazzo, grand traducteur qui nous rend régulièrement visite, nous parlait depuis pas mal de mois déjà de l’une de ses découvertes que nous désespérions de découvrir enfin. Un excellent éditeur, Zulma pour le nommer, a eu l’intelligente idée de l’écouter et ce que nous en a dit son traducteur s’est trouvé  confirmé avec éclat : El ultimo lector (désolé pour l’accent sur le u, notre clavier n’en possède pas) signé David Toscana est une réussite dont le grand Rulfo, ancêtre de tous les écrivains qui comptent en Amérique Latine, pourrait s’enorgueillir du haut de l’Olympe où l’ont placé les auteurs mexicains. Ce n’est pas le Llano mais cela y ressemble : la terre desséchée où va se nouer l’étrange drame de Toscana a été oubliée du dieu des pluies. Trouver de l’eau est devenue une véritable obsession pour les habitants d’Icamole qui guettent la carriole du porteur d’eau. Les puits sont à sec mais de celui de Lucio continue à sourdre une eau rare et bienfaisante qui rafraichit ce vieil homme devenu l’exception culturelle du village. A la suite d’un de ces décrets absurdes et altruistes que les gouvernements centraux mettent en place avant de les abandonner, c’est lui qui a été choisi comme bibliothécaire et il a entamé sa tache avec tant de sérieux qu’il a entrepris de lire chacun des livres qui lui sont envoyés pour évaluer s’ils méritent ou non de gagner les étagères sacrées. Baignant dans la littérature et les histoires au point que le réel en vient à se dissoudre et se confondre avec l’imaginaire, c’est en lecteur qu’il réagit lorsque son fils lui annonce qu’un cadavre d’enfant gisait au fond de son puits, persuadé que si la solution du meurtre existe c’est dans un des livres qu’il a lus. Le plus étrange c’est que sa conviction va avoir de sérieuses conséquences, pour la police qui ne mesure pas qu’il vit dans la fiction et pour la mère de la fillette, elle-même lectrice… Inutile d’en dire plus, les amateurs de Cortazar ou d’Onetti  devraient être ferrés avec un tel programme. La jubilation que l’on ressent à découvrir ce roman qui touche à ce qui nous importe le plus, la lecture, cette prison volontaire qu’on ne quitte pas sans danger, est intense.Ce serait dommage qu’au milieu du ras de marée mexicain, il ne surnageât pas.

Vous pourrez retrouver sur l’excellent site culturofil une petite interview de l’auteur.

Blas de Roblès, un grand de France

23août

Là où les tigres sont chez euxQui se souvient de Jean-Marie Blas de Roblès ? Dans un monde littéraire où il faut se garder de disparaître au risque de passer pour un revenant, cet auteur au nom de Grand d’Espagne va amplement justifier sa décennie de silence grâce à son nouvel opus, une somme splendide qui nous parvient aujourd’hui et auquel nous promettons (et espérons) un beau succès. Il est vrai que 800 pages, cela a de quoi impressionner et que nous avons un peu tourné autour avant d’y plonger, mais une fois le pied dans le bain, impossible de regagner la rive avant la fin. Pris au piège, comme dans les romans feuilletons de naguère, on trimballe le pavé, on néglige la pile de livres au pied du lit, bref on profite….

Athanase Kircher, jésuite délirant du XVII°, devient vite un personnage familier dont la légende nous passionne d’autant plus qu’elle se redouble de l’histoire de son biographe, Eléazard, et de sa femme, aller-retour temporel permanent qui nous fait douter du réel et se joue de notre naïveté à croire les histoires. Et elles ne manquent pas dans Là où les tigres sont chez eux car notre jésuite a la bougeotte et court derrière des mystères trop grands pour lui, notre biographe vit au coeur du Nordeste brésilien, se perd en conjectures sentimentales et s’inquiète pour sa fille qui le mène en bateau, notre épouse chasse le fossile dans une jungle pour le moins hostile et se laisse séduire par un indien qui sait comment éblouir les occidentales, et les seconds rôles, particulièrement réussis par Blas de Roblès, remplissent cette comédie débridée qui, lentement mais avec une précision retentissante, se dirige vers un feu d’artifice dont chaque fusée a été remplie d’une poudre d’escampette de haute volée. Impossible, vous l’aurez compris, de rentrer dans les détails de cet océan romanesque dans lequel on s’immerge, passant d’un tourbillon à un autre. Impossible aussi de ne pas militer pour cette bouffée littéraire qui balaie d’un grand souffle les petits courants égotistes trop souvent à l’honneur. Jean-Marie Blas de Roblès est de retour et on ne peut que louer Zulma d’avoir osé nous offrir ce pavé de bonnes inventions…

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