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Blas de Roblès, un grand de France

23août

Là où les tigres sont chez euxQui se souvient de Jean-Marie Blas de Roblès ? Dans un monde littéraire où il faut se garder de disparaître au risque de passer pour un revenant, cet auteur au nom de Grand d’Espagne va amplement justifier sa décennie de silence grâce à son nouvel opus, une somme splendide qui nous parvient aujourd’hui et auquel nous promettons (et espérons) un beau succès. Il est vrai que 800 pages, cela a de quoi impressionner et que nous avons un peu tourné autour avant d’y plonger, mais une fois le pied dans le bain, impossible de regagner la rive avant la fin. Pris au piège, comme dans les romans feuilletons de naguère, on trimballe le pavé, on néglige la pile de livres au pied du lit, bref on profite….

Athanase Kircher, jésuite délirant du XVII°, devient vite un personnage familier dont la légende nous passionne d’autant plus qu’elle se redouble de l’histoire de son biographe, Eléazard, et de sa femme, aller-retour temporel permanent qui nous fait douter du réel et se joue de notre naïveté à croire les histoires. Et elles ne manquent pas dans Là où les tigres sont chez eux car notre jésuite a la bougeotte et court derrière des mystères trop grands pour lui, notre biographe vit au coeur du Nordeste brésilien, se perd en conjectures sentimentales et s’inquiète pour sa fille qui le mène en bateau, notre épouse chasse le fossile dans une jungle pour le moins hostile et se laisse séduire par un indien qui sait comment éblouir les occidentales, et les seconds rôles, particulièrement réussis par Blas de Roblès, remplissent cette comédie débridée qui, lentement mais avec une précision retentissante, se dirige vers un feu d’artifice dont chaque fusée a été remplie d’une poudre d’escampette de haute volée. Impossible, vous l’aurez compris, de rentrer dans les détails de cet océan romanesque dans lequel on s’immerge, passant d’un tourbillon à un autre. Impossible aussi de ne pas militer pour cette bouffée littéraire qui balaie d’un grand souffle les petits courants égotistes trop souvent à l’honneur. Jean-Marie Blas de Roblès est de retour et on ne peut que louer Zulma d’avoir osé nous offrir ce pavé de bonnes inventions…

Rions un peu pour entamer la semaine

21avr

noguez-oeufs.jpgIl semble se confirmer que, malgré l’affirmation du calendrier, le printemps persiste à rester caché quelque part, tapi derrière des nuages qui n’en finissent pas de parader dans des cieux changeants ou pris en otage par une pluie (1) d’une insolence dont on avait perdu l’habitude. Bref, c’est Pâques depuis plusieurs semaines. Notre besoin de réconfort météorologique est réel, il réclame des livres à glisser dans une poche comme viatique pour traverser l’averse.

Heureusement nous avons mis la main sur l’un de ces précieux petits ouvrages inclassables qui risquent passer entre les mailles du filet du libraire alors qu’ils semblent n’avoir été conçus que pour notre seul bonheur. On connaît Dominique Noguez depuis longtemps, il a eu droit aux honneurs d’un Femina, est à la tête d’une bibliographie conséquente, on croit savoir qu’il a bien connu Bordeaux dont il s’est souvenu dans un petit opus paru il y a deux ans (dans lequel il évoque d’ailleurs la librairie Mollat…), qu’il est un des piliers du fameux Grand Prix de l’Humour Noir (obtenu par lui pour Cadeaux de Noël) que la terre entière nous envie. Cet humour qu’il manie avec talent, il en a rempli un panier d’oeufs de Pâques à charge pour les éditions Zulma d’en faire une élégante boîte où puiser selon son appétit ou sa gourmandise. Le résultat est tellement réussi qu’on invite, à rebours de tous les conseils diététiques du moment, à préférer la dégustation fractionnée, à piocher sans vergogne, à se resservir sans honte. Oeufs de Pâques au poivre vert, dédié à M.Guillotin, est une cavalcade de petites nouvelles insolentes et noires, de jeux insolites et iconoclastes (ah! les mots croisés pour débutants), de délires érotiques, de micro-essais décapants, d’astrologie allumée, d’aphorismes et d’épitaphes, le tout ponctué de gravures honteusement détournées. Bref, allègrement de quoi fouetter son chat s’il se prend pour un lapin. Le petit format de cet élégant volume permettra aux plus astucieux de le glisser à côté de leur portefeuille, au niveau de la rate, organe qu’on aura tout intérêt à dilater si l’on veut supporter encore un peu le spectacle des pâquerettes trempées.

Dominique Noguez

(1) Les amateurs d’humidité n’oublieront pas De la pluie de Martin Page et le Dictionnaire de la pluie de Patrick Boman qui nous ont prouvé l’an passé leur terrible utilité.

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