Archives du mois de décembre 2008

Tintin a 80 ans !

31déc

Tintin est né  le 10 janvier 1929  dans le n° 11 du quotidien le Petit Vingtième, supplément hebdomadaire du quotidien belge « Le Vingtième siècle ». Pour célébrer ce 80ième anniversaire les « Pélicans Noirs » se sont associés  avec la librairie Mollat à Bordeaux. Dès le 6 janvier prochain, la grande vitrine de la librairie sera consacrée à l’œuvre d’Hergé et aux nombreux ouvrages édités sur Tintin et son auteur. Le Mercredi 7 janvier, à 18 heures, Me Thierry Wickers, Consul Général de Syldavie et membre des Pélicans Noirs, animera une conférence-débat sur le thème « Tintin et l’amitié » dans les Salons Albert Mollat 11, rue Vital-Carles à Bordeaux.

Pourquoi j’ai choisi «L’Affaire Tournesol»

19déc

tournesol.jpgCe choix est celui de l’âge mûr. A l’âge auquel j’ai découvert les aventures de Tintin, je n’aurais probablement fait le même choix car ce n’est pas l’album qui fait le plus rêver un enfant. Au contraire, cet album, est, me semble-t-il, le plus « réaliste » en ce qu’il est un thriller politico-scientifique, une aventure d’espionnage, dont l’intrigue n’est que le décalque de la réalité d’une époque totalement marquée par la guerre froide.
C’est le récit le plus haletant, le plus dense, le plus concentré de tous les albums de Tintin. C’est un scénario de roman d’espionnage qui pourrait être porté à l’écran tel quel. Certains metteurs en scène utilisent aujourd’hui la bande dessinée pour la préparation de leurs tournages : une fois de plus Hergé fait ici preuve de son génie en livrant un album immédiatement transposable au cinéma avec tous les ingrédients d’un film d’action.
Toutes les aventures de Tintin sont le théâtre de poursuites, de bagarres, de renversements de situation, desquels le héros sort toujours indemne car il sait tout faire, peut conduire les engins les plus extraordinaires et bénéficie toujours, au moment critique, du coup de pouce salvateur d’un deus ex machina particulièrement attentionné.
Dans « L’Affaire Tournesol » tout est plausible. Il n’y a pas de situation totalement invraisemblable, les décors, les voitures les scènes nous sont familiers (à l’exception des voitures Bordures) et l’ensemble est moins extravagant que de nombreux films dont J.P. Belmondo est le super héros.
Mais ce scénario ne se limite pas celui d’un film d’action. Il fait référence à une réflexion particulièrement d’actualité dans cette période de l’après-guerre, sur la responsabilité des scientifiques dans le sillage d’Oppenheimer. Et si l’invention de Tournesol est potentiellement aussi terrifiante que la bombe atomique, l’on comprend bien sa hantise de voir ses plans tomber dans des mains Bordures ou autres qui en feraient une arme de destruction massive. L’affrontement entre les blocs Est contre Ouest dans les années 50 – 60 donne à cet album un relief tout particulier en ce qu’il aborde des questions de fond qui mettent en jeu la survie de la planète. Dire qu’il y a plusieurs niveaux de lecture de l’œuvre d’Hergé est une banalité : L’Affaire Tournesol me semble en être l’illustration la plus forte.
Cet album est également annonciateur d’un thème qui fera l’objet de tout un album quelques années plus tard : avant « Les Bijoux de la Castafiore », il marque l’irruption des media (presse écrite et actualités télé et filmées) et souligne leur impact sur les foules, mues par une curiosité pas toujours très saine, avec les phénomènes de masse qui en résultent.
J’ai également un faible pour le personnage que je préfère dans la galaxie Tintin, le Capitaine Haddock, qui, l’espace de quelques planches au début du récit, s’est acheté une conduite de gentleman farmer qui lui fait arborer un gilet rayé du plus bel effet, en harmonie avec une résolution (passagère) de renoncer aux aventures pour mener une vie de châtelain rangé concluant ses promenades en campagne par un sérieux whisky (on ne peut pas renoncer à tout en même temps)…
Enfin, la lecture « sérieuse » de L’Affaire Tournesol ne fait pas de cet album une histoire moins plaisante que les autres aventures de Tintin, grâce au nombre et à la qualité des gags qui émaillent le récit à un rythme aussi effréné que celui de l’action.

Didier Michelet, soixante ans…

Hergé, Tchang & Les Services Secrets Chinois…

18déc

Faligot - Services secrets chinoisA l’initiative des « Pélicans noirs », Roger Faligot était invité le 5 juin dernier par Denis Mollat pour présenter son dernier livre «Les Services Secrets Chinois de Mao aux JO » (Nouveau Monde Editions) dans les salons de la Librairie Mollat. Plusieurs « Pélicans Noirs » étaient présents à la conférence-débat et au dîner qui suivit avec l’auteur (Jérôme Dufort, Erick Descudet, Didier Michelet & Jean-Claude Sire). Dans son ouvrage le journaliste et écrivain, un des meilleurs spécialistes de l’histoire des services des renseignements internationaux *, révèle des faits surprenants :

  • Tchang-Tchong-Jen, l’ami d’Hergé, qu’il a connu en 1934, a non seulement fortement influencé son œuvre, notamment « Le Lotus Bleu » et « Tintin au Tibet », mais aurait pu également influencer politiquement Hergé lors de la création du « Lotus Bleu ». Tchang aurait été en contact avec de hautes personnalités chinoises, membres actifs des services secrets chinois.
  • De son côté Benoît Peters (auquel l’auteur fait également référence), dans sa biographie d’« Hergé, fils de Tintin » relève également que les innombrables inscriptions dans « le Lotus Bleu » ont été écrites par Tchang lui-même, pour Hergé, ce qui accentue la portée politique du récit. Ces slogans sont ceux affichés par le Komintern à l’époque.
  • « L’affaire du « Lotus bleu » est l’une des plus étranges parmi celles où figurent les agents du Komintern, les services spéciaux et les réseaux d’influence de Zhou Enlai dans le domaine des arts et de la littérature ». Etrange ? C’est le moins que l’on puisse dire…
  • « …autre énigme : lorsque Tintin quitte Shanghai, il se rend en territoire chinois… avec Tchang à Hou Kou. Ce lieu du Jiangxi est le centre des premiers soviets ruraux de Mao Zedong… »
  • « Dans les années 50 Tchang est sélectionné par le PCC comme artiste Officiel… »


tchang.jpg Ces quelques lignes extraites du livre de Roger Faligot ne font qu’accentuer le trouble. Pour lui, il ne fait aucun doute qu’Hergé, s’il n’a été manipulé, a été « instrumentalisé par la propagande du PCC ». L’année des Jeux olympiques, le journaliste-écrivain Roger Faligot boucle une enquête de plusieurs années sur les services de renseignements chinois et les coulisses de la politique internationale de Pékin. L’auteur a eu accès aux archives américaines, françaises, russes, chinoises… En Chine, à Hong Kong, au Japon, en Australie, en Europe et en Amérique du Nord, il a interviewé des dizaines de spécialistes du renseignement, des diplomates ou responsables de la défense, des dissidents et des transfuges… Riche en révélations, ce livre, pas toujours facile à lire, permet de comprendre comment l’Empire du Milieu accède à l’état de superpuissance en s’appuyant sur des services secrets actifs dans tous les domaines. L’auteur explique comment la Chine forme les hackers qui attaquent les sites gouvernementaux étrangers et étend sa toile d’araignée avec plus de 2 millions d’espions.

Jean-Claude Sire

* du même auteur : « les Services Spéciaux de sa Majesté », « La Piscine », « DST, Police secrète », « les Mystères d’Irlande », « Euskadi-la-spirale », « KGB, objectif Prétoria ».

Bordeaux 1er avril 2000 : Récital de la Castafiore

17déc

Le concert de la Castafiore organisé à Bordeaux le 1er avril 2000, à l’initiative des « Pélicans noirs » et de Thierry Fouquet directeur du Grand Théâtre de Bordeaux, par Numa Sadoul a suscité une grande curiosité et réuni un public enthousiaste et fin connaisseur qui a rempli l’Opéra de Bordeaux. C’était, incontestablement, l’événement le plus important de la fin du millénaire. D’ailleurs la chaîne Mezzo a diffusé le concert en direct depuis le Grand Théâtre de Bordeaux mettant en vedette Michèle Lagrange dans le rôle de la Castafiore. Le même concert a ensuite été rediffusé par France 3.
affiche-recitalcastafiore2000.jpg Nous nous rappelons avec émotions des moments suivants :

  • l’arrivée du roi Muskar XII à l’aéroport de Bordeaux –Mérignac où flottait, parmi les autres pavillons, le drapeau royal de la Syldavie,
  • l’hymne Syldave interprété par les chœurs et l’orchestre National de Bordeaux Aquitaine, avec un texte de Michel Pierre,
  • et la prestation convaincante de Michèle Lagrange et d’un Capitaine Haddock chantant Le soleil a rendez-vous avec la lune.

Ce soir-là le 1er avril -mais c’était un hasard – la Castafiore se produisait au Grand Théâtre de Bordeaux devant Sa Majesté Muskar XII, Roi de Syldavie, en uniforme de gala, tenant le fameux sceptre royal d’Ottokar IV… La diva fut parfaite, les figurants plus tintinesques que nature, et, lorsque retentit enfin l’air des Bijoux du Faust de Gounod – « Ah ! je ris… » -, le triomphe fut grandiose.
castafio.jpgDans la loge officielle, M. le Maire et Madame manifestèrent un contentement de bon aloi que partageaient visiblement ses invités d’honneur : Fanny, la veuve d’Hergé, et son mari anglais, Nick Rodwell, ainsi que Michel Serres, philosophe, académicien et grand ami du créateur de Tintin.
A noter également au même moment, deux expositions. L’une, à la salle capitulaire Mably, était consacrée au « Monde de Tintin » à travers les personnages dessinés, leurs terrains d’aventures et les objets du mythe. L’autre, au Musée d’Aquitaine, évoquait les relations d’Hergé avec l’Art majuscule. « Hergé et l’Alph-art » révèle le rôle quasi médiumnique du dessinateur de Tintin dans l’éperdu questionnement de l’art contemporain.

Jean-Claude Sire

Pourquoi j’ai choisi « On a marché sur la lune »

12déc

onamarche22.jpgDans les années 50, qui étaient celles de la jeunesse du baby boomer que je fus, l’idée du voyage spatial et de la conquête de la lune passionnait tous les jeunes et représentait la nouvelle frontière de l’aventure scientifique. C’était l’Aventure avec un grand A. Les deux albums d’Hergé, « Objectif Lune » et « On a marché sur la Lune » m’avaient donc particulièrement passionné dès leur première lecture par leur côté réaliste.
Hergé avait évité le fantastique : la Lune n’était ni un gros fromage vert, ni un monde peuplé d’étranges créatures ! Au contraire, Hergé semblait avoir rassemblé les données scientifiques les plus récentes pour imaginer une aventure qui mettait en scène un voyage spatial et un alunissage avec le plus de réalisme possible, ce qui fut du reste vérifié par la suite lors de l’alunissage réel d’Armstrong et de ses camarades.
Le scénario est passionnant avec sa base secrète, ses agents secrets, ses rebondissements et décrit une fabuleuse aventure humaine. Même la fin, le personnage de Wolff rachète sa trahison par le sacrifice de sa vie pour sauver ses compagnons, ce qui ajoute une touche de tragédie digne de nos grands classiques. Le dessin et la qualité des images atteint aussi un degré de perfection jamais égalé par Hergé. Citons, pour mémoire, les pages 10 case 1, page 13 case 5, page 21 case 1, et surtout les pages 22, 23 et 25 qui sont des anthologies.
Je crois que cet album a été l’un des livres qui a le mieux répandu auprès du grand public et de la jeunesse de l’époque l’idée de la formidable aventure que constituait pour l’Homme le voyage spatial et la conquête de la Lune. Il a suscité chez de nombreux jeunes, ce fut mon cas, une vocation pour les études scientifiques. Ce fut, sans aucun doute, l’application la plus réussie de la science contemporaine aux aventures de Tintin et la plus étonnamment prophétique. Avec quinze ans d’avance, Tintin a franchi une des étapes marquantes de l’Histoire de l’humanité. 54 ans après, la Lune et la fusée à damiers rouge et blanc nous font toujours rêver !
Jérôme Dufort

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