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D'amour et de haine

Les Fragiles
Les fragiles - Cécile Roumiguière - éditions Sarbacane
Une actualité de Véronique D.
Publié le 12/10/2016
Disons-le d’emblée, « Fragiles » est de ces romans qui secouent, qui hantent, qui rendent les yeux humides et serrent la gorge. Une histoire si ordinaire qu’elle n’en n’est que plus troublante. Une histoire d’amour(s) raté(es). Une histoire de haine. Une histoire d’oiseaux qui n’arrivent pas à s’envoler. Une histoire de mots qui ne franchissent pas les lèvres et meurent…
Comment grandir entre un père violent et une mère qui a abdiqué ? C’est le défi auquel Andrew, 17 ans, tente de répondre. Son meilleur pote est parti vivre au bout du monde, Sky, une fille qui pourrait ramener de la lumière dans sa vie préfère « les vieux » et ses parents se sont séparés, usés par un quotidien fait d’incompréhension, de frustrations, de brutalité et surtout d’un vide abyssal.
Comment grandir en sachant que l’on déçoit le rêve de son père d’avoir un fils costaud, sportif, comment grandir en sachant que l’on a mis un terme à l’insouciance de ses parents en arrivant trop tôt dans leur vie. Un enfant comme une erreur…
Comment grandir en découvrant à 9 ans que son père est raciste, capable de renverser un homme avec sa voiture et de ne pas s’arrêter à cause de la couleur de sa peau ?

Après un court prologue qui ne laisse aucun doute au lecteur quant à la teneur dramatique du roman, Cécile Roumiguière compose une tragédie faite de ratages, de non-dits, de décalages, de dérapages. A tout moment, pour chacun des personnages pourrait apparaître une lumière, une chaleur faite d’un geste tendre, d’un mot rassurant, consolateur, réparateur. Mêmes les personnages les plus ignobles a priori (mention spéciale au père de Drew) se révèlent à certains moments plus fragiles, plus humains que l’on ne pourrait croire.
Pour autant, rien ne vient éclairer la vie du jeune homme que l’on suit de l’enfance jusqu’à l’adolescence, habité par le même vide que ses parents mais aussi par une envie, un besoin de s’alléger qu’il trouve à la fois dans l’auto mutilation et l’abus de joints, les jeux vidéos et les films pornos. Dans la lutte aussi, histoire de prendre du poids pour un jour répondre à la violence de son père.
Aucune insouciance, aucune légèreté, que le vide, l’ennui et le manque d’amour ou en tout cas une terrifiante incapacité pour chacun des personnages (excepté la délicieuse grand-mère) à dire ses sentiments. Comme s’ils vivaient côte à côte mais pas ensemble.
Par l’éclatement de la temporalité, Cécile Roumiguière installe le mal être de son personnage principal, petit garçon en mille morceaux impossibles à recoller.
Les fragiles est un livre d’une grande puissance, qui, je vous l’accorde ne met pas à l’aise. Mais, sans doute serez-vous d’accord avec moi, ce n’est pas ce que l’on demande à la littérature. Ce roman-là nourrit, questionne, bouleverse avec intelligence et sans facilité. Et peut-être tendra-t-il la main à des lecteurs qui n’ont pas les mots pour exprimer leur solitude…

Bibliographie

Pour en savoir plus

Club Ados Exprim' avec Cécile Roumiguière et Séverine Vidal

Le 15/10/2016
Cécile Roumiguière et Séver...
#mollat120ans
« Les fragiles » et « Quelqu'un qu'on aime », aux éditions Sarbacane

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Véronique n'est peut-être plus adolescente depuis longtemps mais a développé une passion sans borne pour ce secteur de l'édition. Aussi passionnée de littérature victorienne que de westerns, elle aime la fiction sous toutes ses formes mais peut-être plus encore les balades en forêt au petit matin.

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