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L’Adversaire d’Emmanuel Carrère

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Publié le 16/02/2018
Billet d’humeur de Perinne Krnezic, étudiant en B.T.S. Assistante de Manager au lycée Condorcet.

L'adversaire est un roman construit à partir d’une histoire vraie, un fait divers.

Au premier abord, Jean-Claude Roman est un homme bien sous tous rapports. Il semble avoir de bonnes compétences intellectuelles, il se dit médecin, travaille à l'OMS (l'organisation mondiale de la santé), il est marié et a deux enfants. Bref, sa vie parait ordinaire, comme celle de n'importe lequel d'entre nous. Plus l’histoire avance et plus l’auteur nous montre que sa vie active n'est que mensonges et illusions. Tombant dans son engrenage de tromperies, « l'adversaire » qui est en lui dissimula ses secrets, sa vie pendant plusieurs années à ses proches. Son existence n’est alors qu'une grande imposture, et une vie de solitude. Il se cache pendant les journées de travail dans les forêts ; peut-être se pose-t-il alors une multitude de questions, peut-être songe-t-il à remettre sa vie en ordre ou peut-être, tout simplement, en profite-t-il pour chercher de nouvelles combines afin de continuer dans son mensonge. Vient le moment où il ne trouve plus d’échappatoire, le moment où la vérité menace d’éclater et son mensonge d’être découvert. Il prend alors une décision radicale qui changera sa vie et celle de sa famille. Un acte sans retour en arrière possible.

Ce livre est très intéressant, car il nous démontre qu'une personne peut avoir deux images, comme une « double-identité». Il prouve à quel point une personne est capable de mentir parce qu’il n’assume pas ses échecs, pour ne pas décevoir sa famille, par lâcheté tout simplement. I montre aussi à quel point le fait de mentir peut avoir des conséquences terribles et irrécupérables dans la vie de quelqu’un. Le soi-disant « médecin » préférait rester dans son mensonge, bafouer la vérité et aller jusqu'à l’irréparable plutôt que d’affronter la réalité. Sa condamnation est comme une libération le ramenant face à la réalité, tandis la réalité pour le reste de sa famille est une complète fiction. L'adversaire incarne un thème fort complexe : la mythomanie. On comprend comment tous ses mensonges sont devenus le fil même de sa vie. Les arrêter serait pour lui l’écroulement de tout ce sur quoi il a bâti son existence, à savoir des illusions trompeuses. Cette fragilité m’a touchée mais elle n’a pas supprimé le sentiment de dégoût et d’horreur que j’ai ressenti. C’est en cela que cette histoire est captivante mais aussi angoissante. On lit le livre sans jamais savoir à l’avance ce qui va se passer, on sent bien que l’étau se resserre autour du menteur mais on ignore le moment où tout va basculer. Ce qui est fascinant aussi c’est la durée très longue de cette histoire. Comment Jean-Claude Romand a pu faire pour garder ce silence aussi longtemps, pour renoncer pendant des années à son identité, pour, finalement, « n’être personne » sous toutes ses inventions ? J'ai aussi apprécié ce livre car l'auteur se met dans la peau du tueur, nous raconte de manière simple et claire ce qu'il a vécu. E. Carrère a essayé de comprendre et de nous faire comprendre, à nous lecteurs , l’existence hors norme de Jean-Claude Romand sans chercher ni à l’excuser ni à le condamner. Ce livre est dérangeant enfin car il nous montre que malgré la proximité, on n’est jamais sûr de bien connaitre les personnes. Au final, on ne peut jamais savoir qui elles sont réellement. Plus dérangeant encore, cette affirmation peut aussi s’appliquer à chacun d’entre nous : savons-nous vraiment qui nous sommes et ce dont nous sommes capables ?

Ce livre est à lire. Il est passionnant et nous permet ainsi, de nous remettre en question et de nous montrer jusqu'où peut aller la folie de l'Homme.

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Véronique D. (282)

Véronique n'est peut-être plus adolescente depuis longtemps mais a développé une passion sans borne pour ce secteur de l'édition. Aussi passionnée de littérature victorienne que de westerns, elle aime la fiction sous toutes ses formes mais peut-être plus encore les balades en forêt au petit matin.

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Marie-Aurélie adore la littérature américaine et les romans noirs. Elle aime écouter de la musique déprimante des années 80 et changer de couleur de cheveux.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

Céline (22)

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