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La Moustache - Emmanuel Carrère

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Publié le 16/01/2018
Billet d’humeur de Maxime Charrier, étudiant en B.T.S. Assurance du lycée Condorcet de Bordeaux.

L'idée est simpliste, presque absurde. Un jour, un homme décide de raser sa moustache pour surprendre son entourage, sa femme Agnès, ses amis. Personne ne remarque rien et ne semble affecté par ce changement, une absence de réaction qu'il attribue à une blague organisée pour le piéger à son tour. Le récit est construit de telle façon qu'on ne sait pas qui a raison. On ne sait si c'est l'homme qui a réellement porté la moustache, ou si c'est sa femme qui ne veut pas l’admettre et veut ainsi le rendre fou. Le récit est mené de sorte que l’on en arrive à se demander si sa vie elle-même existe et si ses proches ne sont pas le fruit de son imagination.

Ce glissement progressif et inexorable d'une situation apparemment stable, installée, bourgeoise, vers une existence profondément tourmentée, se met peu à peu à résonner dans notre propre tête.

Ainsi ce personnage modèle, du type de celui à qui rien ne peut arriver, architecte, parisien, bien marié, ayant une belle situation, va voir sa vie dégénérer suite à son rasage que personne ne remarque, ni sa femme qui lui affirme qu'il n’a jamais porté de moustache, ni ses amis qu'il n'a peut-être jamais eus.

Le doute, la paranoïa s'installent, il dégringole et le lecteur le suit. Tout vacille, jusqu’à la source de son existence. Les fondements inébranlables sur lesquels reposent sa vie se décomposent et pire, disparaissent. Les certitudes s’envolent, demeurent les interrogations incessantes qui le rongent et finissent par avoir raison de son bel équilibre.

 

L'histoire est vraiment troublante. Dès le début du roman, on s'identifie facilement au personnage principal, on partage sa peur et sa confusion, le sentiment de trahison grandissant qu'il développe vis-à-vis de ses proches, mais cette identification même devient rapidement source d’angoisse. Le doute s'installe progressivement : que se passe-t-il exactement ? Ce malaise est accentué par le style employé par l'auteur, très minutieux, très détaillé et rapportant chaque action de ses protagonistes avec une précision presque excessive.

De plus, la fin inattendue fait encore plus perdre les pédales et n'apporte pas de réponse claire.

C’est un livre à lire d’urgence pourvu que vous soyez prêt à voguer entre raison et déraison, complot et folie sans jamais trancher entre ces options. Du grand art.


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Véronique D. (282)

Véronique n'est peut-être plus adolescente depuis longtemps mais a développé une passion sans borne pour ce secteur de l'édition. Aussi passionnée de littérature victorienne que de westerns, elle aime la fiction sous toutes ses formes mais peut-être plus encore les balades en forêt au petit matin.

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Marie-Aurélie adore la littérature américaine et les romans noirs. Elle aime écouter de la musique déprimante des années 80 et changer de couleur de cheveux.

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