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Le blues du blouson

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Une actualité de Véronique D.
Publié le 14/02/2015

CVT_Le-bureau-des-objets-perdus_4758"Il est moins grave de perdre que de se perdre" *. Cette phrase de Romain Gary en exergue du Bureau des objets perdus pourrait donner le la à ce très joli roman où la légèreté est souvent de mise, teintée de soudaine gravité, de celle qui vous frappe soudain quand le monde vous semble trop vaste et vous pas assez solide.

Si vous avez une fâcheuse tendance à égarer toutes vos affaires et à les semer autour de vous jusqu’à ce que leur disparition ad vitam aeternam ne fasse plus de doute, ce roman est pour vous, c'est une évidence. Mais il serait réducteur de s'arrêter à ce symptôme qui chez certains prend des allures de pathologie. Le bureau des objets perdus est aussi -et surtout- un roman d'une grande délicatesse sur la confiance en soi et cette épreuve incontournable que nous impose la vie : grandir, apprendre que l'on peut se frotter au monde et aux autres sans trembler et que si la vie n'est pas tendre la douceur vient à qui sait la prendre...

L'héroïne en est une jeune fille qui perd tout, depuis toujours, mais en donnant le change à son entourage jusqu’au jour où la perte est plus lourde : son blouson fétiche, beau blouson de cuir patiné ayant appartenu à son oncle chéri est introuvable. Rien n'y fait, ni se creuser la tête à reconstituer son emploi du temps ni les prières à Saint Antoine de Padoue, le blouson magique a disparu. Pourquoi magique ? Parce que sans le secours de ce blouson porteur des souvenirs de son défunt tonton dont les aventures autour du monde ont bercé ses rêves d'enfant, elle se sent vulnérable, moche, rabougrie, sans intérêt aux yeux des autres. Un jour, un reportage à la télévision lui redonne espoir : il y est question du Bureau des objets trouvés, vaste caverne d'Ali Baba au cœur de Paris où des milliers d'objets attendent que quelqu'un pense à eux.

Ce premier roman de Catherine Grive est une merveille de malice, de légèreté et de grâce. Malice dans le style, porté par la voix de la jeune narratrice amatrice de poésie et de mots. Sa devise : "un problème, un poème" ! Et si elle n'a pas le génie d'un Rimbaud en devenir, elle a le sens de la formule ! On pense à Marie Desplechin ou à Agnès Desarthe, à Luc Blanvillain ou à Fanny Chiarello, à ces auteurs à l'aise dans des comédies joliment menées mais où la mélancolie affleure. Et l'on suit avec délice, le sourire aux lèvres, cette jeune fille que l'on imagine un peu gauche, pas très sûre d'elle, incertaine et  trop égocentriste pour voir ce que vivent ses proches sous son nez. On connaissait Catherine Grive par ses albums, la voici passée maintenant au format plus long et on en redemande ! Une jolie comédie douce mais non amère où le charme opère !

*Légendes du je (Gallimard)

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Véronique D. (282)

Véronique n'est peut-être plus adolescente depuis longtemps mais a développé une passion sans borne pour ce secteur de l'édition. Aussi passionnée de littérature victorienne que de westerns, elle aime la fiction sous toutes ses formes mais peut-être plus encore les balades en forêt au petit matin.

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Marie-Aurélie adore la littérature américaine et les romans noirs. Elle aime écouter de la musique déprimante des années 80 et changer de couleur de cheveux.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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