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Les lycéens écrivent aussi (4e édition - billet n°3)

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 05/11/2012

 Billet sur Acide Sulfurique d’Amélie Nothomb

« Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus ; il leur en fallut le spectacle ». Cette phrase introductive du roman laisse comprendre le thème principal de l'intrigue : la souffrance (physique et morale). Le spectacle, ici, est la télé-réalité et le titre de l’œuvre, Acide sulfurique, met d’emblée l’accent sur l’aspect corrosif et polluant de celle-ci.

C’est un roman composé par Amélie Nothomb et publié en 2005. Elle y raconte l’histoire de la création d’une télé-réalité dont le concept est inédit. En effet, l’émission est appelée « concentration » et elle est tournée dans un camp de concentration de la Seconde Guerre Mondiale avec un ajout notable, signe de la modernité : des caméras omniprésentes. Les téléspectateurs participent pleinement à l’émission : l’audience est au plus haut et les téléspectateurs contrôlent la durée de vie des prisonniers. Ces derniers,  choisis par hasard, vivent dans des conditions inhumaines. Ils sont maltraités par les « kapos », des personnes choisies pour leur violence autant physique que morale et leur désir de se faire respecter. Parmi les « kapos », Zdéna tombe éperdument amoureuse de la détenue Pannonique, dont elle est le double inversé : d’un côté la noirceur, la cruauté et la bêtise, de l’autre la beauté, l’intelligence et la mesure. Finalement, « la Belle » révèlera à « la Bête » sa part d’humanité et l’amènera même à endosser le rôle d’héroïne puisque, pour obtenir la reconnaissance et l'amour de sa bien aimée, Zdéna organise la délivrance de l’ensemble des prisonniers grâce à un faux cocktail Molotov (mélange d’acide sulfurique, d’essence et de potasse).

J’ai beaucoup apprécié ce roman polémique qui donne à réfléchir sur le voyeurisme et le sadisme de l’humanité en général, de notre époque en particulier. Le succès de l’émission en témoigne. En effet, elle bat tous les records d'audience, elle atteint même les 100% d'audience. L'implication des téléspectateurs est d'autant plus incroyable qu'ils interviennent dans la vie des détenus, pouvant décider chaque jour de la mort de deux d’entre eux. De plus, Amélie Nothomb remet en cause la bonté de l'humanité en mettant en scène des personnages hors du commun, la cruauté étant leur principal trait de caractère et ils se rencontrent aussi bien parmi les kapos et les organisateurs de l’émission que des détenus eux-mêmes, ainsi d’une vieille répugnante. Ceci dit, ce qui est appréciable c’est qu’existe aussi un pendant positif, l’aspect lumineux de l’humanité. Afin de mieux illustrer cela, l'auteur met en scène des personnages opposés incarnant une des deux facettes de l’humain tout en focalisant principalement sur deux d'entre eux : Pannonique et Zdéna. Il faut reconnaître à cette auteur un talent d'écriture certain : la fluidité et la précision des descriptions rendent la lecture rapide et agréable. Par ailleurs, ce roman nous donne à réfléchir sur les dérives graves de notre modernité placée sous le signe des médias tous puissants qui, mal utilisés, peuvent porter gravement atteinte à la dignité humaine. Après avoir lu ce livre, on ne peut plus regarder une émission de télé-réalité sans avoir conscience des dangers inhérents à ce concept.

Billet de Marion Amette, étudiant en B.T.S. Assistant de Management 1ère année

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