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Les lycéens écrivent aussi (4e édition – billet n°9)

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Une actualité de Marilyn
Publié le 11/02/2013

Billet sur La traversée de la nuit de Geneviève de Gaulle-Anthonioz

La traversée de la nuit est un récit autobiographique écrit par Geneviève de Gaulle en 1998. Elle y décrit son quotidien dans le camp de concentration de Ravensbrück en Allemagne, elle avait à l’époque 24 ans. L’histoire commence assez brutalement, on comprend seulement qu’elle est enfermée mais on ne saura qu’après qu’elle est dans un bunker au sein du camp de Ravensbrück, un camp de concentration uniquement réservé aux femmes. Le livre n’est pas écrit dans un ordre chronologique, beaucoup de scènes sont rétrospectives et font référence à son passé, mais grâce à ses souvenirs Geneviève n’oublie pas son passé et son identité, car au sein de ces camps, les détenus sont déshumanisés, le but étant de les amener à oublier qui ils sont réellement.

Tout d’abord, Geneviève nous parle donc de la mort de sa mère à ses 4 ans, puis celle de sa sœur Jacqueline à ses 18 ans ainsi que celle de sa grand-mère peu de temps avant son arrestation. A Paris, elle est arrêtée le 20 Juillet 1943 et est emmenée à la prison de Fresnes, au sud de Paris, où elle restera 7 mois. Le 3 Février 1944, elle est transférée via les fameux convois dans les trains à bestiaux, avec une centaine d’autres femmes, au camp Ravensbrück en Allemagne, au bloc 31 où elle retrouve d’autres Françaises. Elle nous parle alors des conditions de travail dignes d’un esclavage moderne, de la famine et de la malnutrition, des innombrables tortures infligées aux détenues par les SS, de l’absence totale de liberté, ainsi que du manque de confort et d’hygiène à l’origine des nombreuses maladies… Geneviève, atteinte de la pleurésie, est transférée au bloc 2, seule, le 3 Octobre 1944. Elle décrit alors sa solitude, sa détresse, la présence permanente de la mort avec l’odeur des fours crématoires et s’en remet à la religion par moments. Cependant malgré le tragique de sa situation, elle garde espoir grâce à la solidarité et à la fraternité de ses amies qui lui envoient des messages d’affection au péril de leur propre vie. Geneviève sous-entend alors que même dans les pires moments de notre vie, un homme peut toujours conserver dignité et espérance s’il n’est pas seul. Enfin nous est aussi narrée la libération de Geneviève suite à un interrogatoire de deux Allemands. Le livre commençant par « La porte s’est refermée lourdement. Je suis seule dans la nuit.» se termine alors par « L’aube se lève à peine, c’est peut-être celle de l’espérance ?», ce qui illustre très bien le titre de l’œuvre La traversée de la nuit à laquelle l’auteur aura survécu.

Ce livre est à la fois très dur et passionnant car l’histoire terrible est vraie et le fait que ce soit la nièce du Général de Gaulle qui soit à l’origine de ces écrits, nous implique encore plus fortement dans l’histoire. Intéressée par le thème des camps de concentration pendant la seconde guerre mondiale, j’ai lu beaucoup de témoignages mais celui-ci est certainement parmi ceux qui m’ont le plus marquée. D’abord parce que c’est un témoignage de femme, ce qui, finalement est rare. De plus, l’auteur n’hésite pas à décrire dans les moindres détails certaines scènes qui peuvent être vraiment choquantes. Enfin, grâce à une écriture à la fois précise et dense, elle nous touche et nous fait ressentir sa détresse la plus profonde.  Ensuite à la différence également de tous ces témoignages sombres sur cette période horrible, ce livre représente une lueur d’espoir. Le titre nous l’indique par «  la traversée » qui suggère qu’il y a un début mais également une fin et lors de la lecture du livre, on comprend également qu’il y a un espoir, que le bout du tunnel n’est pas loin.

Ce livre, très dense, brille par sa brièveté, 80 pages, trop court à mon goût mais le dessein de l’auteur est clair : raconter non pas son passé de résistante ni ses actions futures contre la misère et le nazisme, autrement dit la biographie d'une femme impliquée, combattante et active, mais à l’inverse donner à lire le passage dans un camp de concentration d’une femme blessée et marquée par cet épisode douloureux, inscrit à jamais dans la chair et l’ esprit de chacun des déportés qui ont survécu à l'enfer des camps. On comprend également que si l’auteur a mis plus de 50 ans avant d’écrire ce livre, ce n’est pas uniquement parce qu’il était difficile de faire remonter ces souvenirs à la surface, c’est également parce qu’elle a décidé de consacrer sa vie aux autres, afin peut-être d’avoir à éviter de s’occuper d’elle-même mais aussi pour lutter contre un sentiment paradoxal de culpabilité. La culpabilité d’avoir réchappé au camp quand tant d’autres y ont perdu la vie.

Billet de Alexia Prunier, étudiante en B.T.S. Commerce Internationnal première année

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