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Les lycéens écrivent aussi (billet n°8)

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Une actualité de Administrateur
Publié le 05/11/2012
logocondorcet.jpg Jeune fille d'Anne Wiasemsky (Gallimard) anne_wiazemsky300.jpgEn 2007, Anne Wiazemsky décide de revenir sur une partie de son passé en écrivant le roman Jeune Fille pour le quel elle a reçu le Grand Prix de l'Héroïne Madame Figaro 2007. Dans ce roman, elle raconte ses débuts au cinéma, une étape importante dans sa vie, puisqu'elle fut actrice de 1966 à 1988 (elle a cependant récemment joué dans le court métrage Vache qui rit de Philippe Loriet en 2005). On peut donc, au premier abord, légitimement attribuer une dimension autobiographique à ce roman, puisqu'il évoque des faits réels, avec des personnages eux aussi réels (Robert Bresson, François Mauriac, Florence Delay, etc.), et que le personnage de Jeune fille s'appelle également Anne. Cependant, contre toute attente, Anne Wiazemsky ne définit pas son œuvre comme une autobiographie, bien que des enjeux de l'autobiographie soient présents, comme revivre, relater un moment fort de sa vie, témoigner, raconter, non pas seulement son histoire, mais aussi un Robert Bresson assez énjeune-fille-poche.jpgigmatique. Mais elle le présente réellement comme un roman. Comme elle l'a elle-même dit lors d'un entretien pour la chaîne et le site ARTE en février 2007 : «Depuis longtemps j'ai eu envie de faire un livre sur cette aventure que j'ai vécu avec lui (Robert Bresson) et qui m'a toujours semblée extrêmement romanesque, mais je pensais écrire un récit de ça, et je ne pouvais pas le faire parce qu'il aurait fallu dire trop de choses [...]. Je pourrais raconter cette histoire mais il faudrait considérer lui et moi comme deux personnages de roman, et de penser roman m'a autorisé à le faire, et m'a donné la liberté de réinventer cette histoire.» Là encore, on peut s'interroger quant au sens du mot «réinventer»; veut-elle dire par là qu'il subsiste des non dits ? Ou tout simplement qu'écrire ce roman lui a permis de revivre cette histoire, donc de la réinventer en elle... Elle seule détient la réponse! Une réponse qu'elle nous donne dans son interview pour Lire de février 2007 : « Dans un roman je peux sélectionner ce qui servira au livre, transformer des scènes, déplacer, raccourcir, effacer. » Enfin on ne peut pas dire que ce soit une autobiographie car qui dit autobiographie dit pacte autobiographique, pacte de sincérité dans lequel l'auteur s'engage et jure de dire seulement la vérité (si les auteurs le font vraiment, c'est une autre question!), alors qu'Anne le dit elle-même, ce livre ne contient pas que du « réel ». Dans ce livre, Anne qui est encore une toute jeune fille de 18 ans, rencontre par le biais de son amie Florence Delay le cinéaste phare du moment : Robert Bresson... Ce dernier va bientôt réaliser son nouveau film Au hasard Balthazar. Malgré le manque total d'expérience d'Anne dans ce milieu, Florence a l'intime conviction qu'Anne est la personne idéale pour jouer le rôle de Marie et la pousse donc à auditionner. Bresson a un «coup de cœur» pour Anne, pour sa sensibilité, son naturel, et, au fil des séances d'essais, Bresson est de plus en plus séduit par Anne, il veut donc lui donner le rôle, mais un problème subsiste : Anne est encore mineure. Il s'agit donc maintenant de faire accepter le projet a son grand père, l'illustre François Mauriac. Heureusement pour Anne, ce dernier mesure tout à fait la singularité, et l'importance de l'opportunité que représente ce tournage, et accepte donc. C'est là que commence la carrière d'Anne en tant qu'actrice. Elle passe quasiment du jour au lendemain d'une vie banale à une vie singulière, celle du 7ème art... Pendant ce tournage, Bresson et Wiazemsky entretiennent une relation très exclusive. Le cinéaste, en effet, tient à avoir Anne toujours à ses côtés. Il instaure une sorte de jeu assez ambigu mêlant la domination (qui est une chose facile du fait de l'hypersensibilité d'Anne) et la séduction. En effet, il a une totale emprise sur Anne, comme elle le dit : «Il me suffisait de l'écouter et de faire ce qu'il me demandait, sans chercher à comprendre. Je devais m'en remettre à lui ; accepter de m'abandonner. Pour des raisons que je n'expliquerai jamais, cela me parvenait parfaitement. Mieux, j'éprouvais beaucoup de plaisir à lui obéir. J'entendrai souvent, par la suite, que c'était un exercice éprouvant, voire révoltant, et que beaucoup en avaient souffert. Ce ne fut jamais mon cas. ». Chose compréhensible comme Anne n'était, à l'époque, qu'une débutante en tant qu'actrice... Bien que Bresson apparaisse quelque peu tyrannique, exigeant, surtout quand il s'en prend à d'autres acteurs et leur fait comprendre, en n'y allant pas par «quatre chemins» qu'ils sont des incapables comparés à Anne. A la lecture de Jeune Fille, on découvre un Bresson affectueux, tendre, non seulement avec Anne, lors de leur promenades du soir (il l'est d'ailleurs un peu trop lors de ces moments), mais aussi quand il joue avec ses chatons, auxquels il est très attaché. Les relations entre Anne et Robert (comme il souhaite et insiste pour qu'elle l'appelle) sont assez ambiguës... Ce qui pourrait laisser présager une relation entre ces derniers, une relation à laquelle le lecteur s'attend, et qui apparaît un peu comme une évidence. Une fausse évidence car il n'en est rien, après 209 pages de suspens, nous en avons la confirmation, leurs relations auront étés professionnelles, amicales, mais sûrement pas amoureuses! Sûrement pour la simple et bonne raison qu'elle a 18 ans, lui 64, et qu'elle a tellement d'admiration, de respect pour lui, que ces sentiments ne pourraient jamais devenir de l'amour en tant que tel. De plus, Anne est assez complexée, comme la plupart des filles de son âge. On dit dans le livre qu'elle a un physique banal... Elle manque assurément de confiance en elle... Elle doute beaucoup. Pour y remédier, elle passe une soirée à Paris pendant ses jours de repos, en compagnie d’un garçon du tournage avec lequel elle “flirtait” depuis quelques temps, et là, elle perd sa virginité. Cette étape est décisive pour Anne, cela la libère d'un «poids», la rend plus forte, un cap est maintenant franchi, et depuis, elle ose tenir tête à Bresson... Cette relation libéra certes Anne d'un poids, mais peu après, lui en imposa un autre : celui de l'amour à sens unique, la découverte de la douleur amoureuse, qui fait partie intégrante de son éducation sentimentale... Pour le jeune homme, elle n'aura été qu'une amante d'un soir de plus, pour elle il fût bien plus… «Son indifférence provoqua une douleur si fulgurante que j'en fus étourdie : c'était donc ça, ne pas être aimée ?». Et pour accentuer cette douleur, lors de l'annonce de cette «nouvelle» à sa mère, cette dernière le prend très mal, elle en est indignée... Ce qui changea leurs relations à jamais, jusqu'à aujourd'hui comme elle le dit dans le roman. Des relations jadis très bonnes, pleines de complicité, quasiment d'amitié tant les deux femmes se ressemblent, se comprennent, on le voit quand Anne raconte : «Le beau visage tourmenté de maman quand je la retrouvais recroquevillée sur la banquette du café où elle m'attendait... Ce n'était plus une femme de quarante-huit ans, mais une gamine de mon âge qui rêvait d'un ailleurs, d'une autre vie : elle était comme un reflet dans le miroir, si semblable à moi ou à elle. L'espace de deux à trois secondes, j'eus la certitude que nous partagions enfin quelque chose d'essentiel». Le tournage d'Au hasard Balthazar aura assurément été un moment capital dans la vie d'Anne, un moment qui a sûrement beaucoup fait qu'elle est ce qu'elle est au jour d'aujourd'hui, et elle en garde un très bon souvenir; si bon qu'elle va même jusqu'à dire que ses journées passées sur le tournage d’Au hasard Balthazar comptent, encore aujourd'hui, parmi les plus heureuses de sa vie. « Tout de suite je m'y suis sentie à ma place, chez moi, avec le sentiment exaltant d'avoir rencontré ma vraie famille, celle qui me permettrait enfin de m'épanouir, de devenir l'être rare que Robert Bresson croyait avoir discerné en moi. » Ce roman est vraiment touchant, attachant, émouvant, surtout par les faits qui y sont racontés, mais la manière dont ils le sont, à travers une écriture douce, fluide, très lucide. Il l'est aussi par son universalité, il raconte un passage de la vie que toutes les personnes, mais en particuliers les filles, ont vécu, vivent, ou vivront : le passage d'un âge à l'autre, le moment ou la jeune fille devient une jeune femme. Personnellement, ce livre m'a beaucoup plu, pour son style, sa fluidité, les souvenirs qui peuvent paraître banals a première vue, mais qui avec le temps prennent de l'importance (comme le moment où Anne et Bresson vont à la Samaritaine par exemple) mais surtout car ce livre sait ramener le lecteur à une époque bercée d’insouciance, une époque d'initiation où l'on devient progressivement, au fil des «épreuves» et des étapes, soi-même. Le lecteur y croit, y est et s'y sent vraiment bien. Un livre à vivement conseiller ! Zoé Gonzalez, étudiante en 1ère L

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Véronique D. (282)

Véronique n'est peut-être plus adolescente depuis longtemps mais a développé une passion sans borne pour ce secteur de l'édition. Aussi passionnée de littérature victorienne que de westerns, elle aime la fiction sous toutes ses formes mais peut-être plus encore les balades en forêt au petit matin.

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Marie-Aurélie adore la littérature américaine et les romans noirs. Elle aime écouter de la musique déprimante des années 80 et changer de couleur de cheveux.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

Céline (22)

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