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A corps perdu

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Une actualité de Sarah P.
Publié le 15/01/2016
Dans le jardin de l'ogre, premier roman de Leïla Slimani est désormais disponible en poche et a toutes les chances d'attiser les curiosités. Pour cause, l'auteure s'attaque à un thème abrasif : la sexualité dévorante et pulsionnelle d'Adèle, trentenaire parisienne qui tente de concilier des nuits d'excès et d'innombrables amants avec une vie de famille rangée. leilaJournaliste, mariée à Antoine, un brillant chirurgien qui l'aime d'une passion inconditionnelle, Adèle est une beauté élégante qui, au risque du cliché, a tout pour être heureuse. Mais qu'importe ce bonheur factice quand son seul, et néanmoins éphémère réconfort, est de se jeter à corps perdu dans les bras d'inconnus, d'où qu'ils viennent et quels qu'ils soient. Petits, grands, cadres moyens, PDG ou étudiants, beaux et laids, qu'importe. Mauvaise épouse, mauvaise mère ? Même Lucien, son petit garçon de 3 ans, ne trouve pas grâce à ses yeux. Bien sûr elle y est attachée… Mais plutôt parce qu'il représente la preuve tangible d'une stabilité dont Adèle a besoin pour contrebalancer ses instants de perdition. De mensonges éhontés en dissimulations scabreuses, son quotidien se doit d'être orchestré avec minutie. Mais ses impasses la conduiront vers ce qu'elle redoutait en silence : la découverte de sa vraie nature. Et l'on assiste avec effroi à la descente aux enfers de cette femme, à cette boulimie morbide qui n'aura jamais de fin.
Une semaine qu’elle tient. Une semaine qu’elle n’a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Élysées, du musée d’Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n’a pas bu d’alcool et elle s’est couchée tôt. Mais cette nuit, elle en a rêvé et n’a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s’est introduit en elle comme un souffle d’air chaud. Adèle ne peut plus penser qu’à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d’un pied sur l’autre. Elle fume une cigarette. Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux. Elle cogne son front contre le mur. Elle veut qu’on la saisisse, qu’on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu’elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n’être qu’un objet au milieu d’une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu’on lui pince les seins, qu’on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin d’un ogre.
Il serait tentant d'avoir une vision manichéenne du mal dont Adèle souffre et si l'on pense à juste titre à la nymphomanie, l'auteure démontre que tout est beaucoup plus compliqué qu'il n'y paraît…Telle une droguée en quête perpétuelle de sa dose quotidienne, Adèle attend ou provoque ces instants qui la feront toujours un peu plus basculer dans cette folie qu'elle ne s'explique pas. Le plus inattendu est que l'on en vient à s'imaginer un passé torturé, une enfance spoliée, qui justifieraient son comportement mais on ne trouve rien… Rien qui ne soit en tout cas relaté explicitement puisqu'il existe dans la famille d'Adèle, comme dans bien d'autres, des secrets et des sujets tus. Et s'il n'y avait pas de raison ? Si Adèle était tout simplement « comme ça » ? Ce roman, en nous incitant à dépasser nos propres représentations, déconcerte et lève le voile sur les contradictions et faiblesses d'une femme. Son écriture franche et mordante positionne d'ores et déjà Leïla Slimani comme une auteure à découvrir sans plus tarder.   https://www.youtube.com/watch?v=ER3vXvs9YIA

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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