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Accabadora

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 19/03/2016

Six cent cinquante-quatre. Tel est le nombre de parutions prévues pour la rentrée littéraire 2011 (et non ma dernière combinaison au 421). Et non, vous ne rêvez pas, ni nous-même d'ailleurs, c'est bel et bien cent de moins que l'année dernière, de quoi nous laisser largement le temps de tous les lire, n'est-ce pas ? Face à ce nombre certes moins excessif qu'en 2010, mais néanmoins considérable, vous ne nous en voudrez pas de prendre un petit peu d'avance afin d'être fin prêts à vous prodiguer nos humbles conseils lorsque les premiers débouleront sur nos tables au cours de la deuxième quinzaine d'août.

Parmi les étrangers, nous ne manquerons pas d'attirer votre attention sur un magnifique roman tout droit venu des confins de la Sardaigne. Michela Murgia a en effet choisi son île natale comme cadre pour ce roman d'ambiance qui plongera ses lecteurs dans un petit village sarde des années 1950. Femme sans âge que les villageois décrivent avant tout comme mystérieuse et solitaire, Tzia Bonaria Urrai génère la surprise générale lorsqu'elle demande à la mère de Maria Listru si celle-ci envisagerait de lui confier sa fille, non pas seulement le temps d'un été, comme c'est le cas dans l'Irlande rurale des Trois Lumières, cette très belle nouvelle de Claire Keegan, mais simplement pour la vie. Pourquoi faire dans le détail ? S'il ne fait aucun doute que cette proposition enchante la veuve Anna Teresa Listru, pour qui cette quatrième bouche à nourrir ne constitue ni plus ni moins qu'un fardeau tant qu'elle n'est pas en âge de contribuer au bon état des finances familiales, les raisons qui ont pu pousser Tzia Bonaria Urrai a un tel geste demeurent obscures. Est-ce par pur altruisme et bonté d'âme qu'elle a décidé de s'occuper de cette petite fille ? Ou le motif de cette adoption est-il moins désintéressé qu'il n'y paraît ? Ce ne sera qu'au bout de quelques années, quand Maria aura définitivement fait sien ce nouveau foyer, qu'elle découvrira l'occupation nocturne de celle en qui elle pensait pouvoir avoir entièrement confiance.

C'est ainsi que, outre le thème de l'adoption et des difficultés de la vie dans cette Sardaigne reculée, Accabadora brode sa toile narrative autour d'une pratique ancestrale, abordant de plein fouet des questionnements qui touchent au sens de la vie et au rapport de chaque être humain avec sa propre mort. Comme Maria l'apprendra a ses dépens, rien n'est aussi simple qu'il n'y paraît et chacun a le choix entre subir la vie (et la mort) et embrasser son libre arbitre. Enfin, avec l'âpreté de ses descriptions et le caractère intemporel et universel de son histoire, ce superbe roman réussit l'exploit de se placer à mi-chemin entre le Noir toscan de Anna Luisa Pignatelli et la Maison des autres de Silvio D'Arzo, deux pures merveilles des Lettres italiennes.

F.A.

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