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Aller-retour pour nulle part

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Une actualité de Anne Chauvel
Publié le 18/03/2016

Joseph O’NeillSi le fait que Netherland, de Joseph O'Neill, ait été encensé par la presse américaine, conseillé par Barack Obama, et récompensé par le PEN/Faulkner Award 2009 ne vous suffit pas, je vais en rajouter une couche!

Hans vit en Amérique depuis peu, avec sa femme et son fils, installés dans une vie plus que confortable -il est analyste financier, elle est avocate- lorsque ont lieu les attentats du 11 septembre. Les conséquences directes sont minimes pour eux : ils déménagent à l'hôtel. Mais ce logement provisoire symbolise l'entrée dans une période incertaine, pleine de doutes, de désespoir même. Sa femme, inquiète à l'idée d'autres attaques, le quitte pour retourner à Londres. Hans, livré à lui-même, va s'installer dans un état intermédiaire, entre attente et désespoir, incapable de prendre une décision. Le cricket, sport qu'il a pratiqué en Hollande dans sa jeunesse, va alors surgir dans sa vie, ancre dans une vie à la dérive. Il va alors se reconstruire doucement, sans s'en rendre compte, notamment grâce à  sa rencontre avec Chuck, homme d'affaires un peu louche d'origine cubaine, bavard impénitent, dont le projet fou est de construire un stade de cricket. Projet ô combien ambitieux dans un pays qui ignore totalement ce sport malgré ses millions de joueurs, pour la plupart immigrés.

Hans  symbolise l'Amérique de l'avant 11 septembre :  hollandais (comme les premiers colons) mais coupé de ces origines, riche analyste financier sans réelle conscience politique, il va de l'avant avec des oeillères, sans se poser de question. Grâce au cricket et à Chuck, il part à la rencontre de ce monde en changement, que l'angoisse réveille, dont il soupçonnait l'existence sans jamais s'y être intéressé. En prenant le temps de regarder autour de lui,  il se redécouvre, revient sur ses pas jusqu'au jeune garçon hollandais qu'il était, adepte du cricket, et il retrouve des envies, des doutes, une voix qu'il avait perdu en cours de route.

Mieux vaut prévenir : ce livre ne fait pas partie des ouvrages qui vous happent et que l'on ne peut lâcher. Le début peut même être long, notamment à cause des développements autour du cricket, sport méconnu en France. Mais le plaisir grandit au fil des pages et est décuplé lors de la séance de réflexion à laquelle tout lecteur ne manquera pas de s'adonner, et qui nous donne l'air intelligent!

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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