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Andy, Keith, Jean-Michel et les autres...

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Une actualité de Véronique D.
Publié le 12/05/2015

eroïcaNew-York, fin des années 70. Sur les murs de Manhattan, des slogans tagués attirent l’attention. Ils sont signés SAMO (comprenez Same Old shit) et peu de gens savent qui en est l’auteur. Il est jeune, noir, pauvre, a tout appris tout seul ou presque. Quatre ans plus tard, ses œuvres seront exposées dans les plus prestigieuses galeries et son nom sera de ceux qui comptent dans le milieu de l’art contemporain : Jean-Michel Basquiat est né et n’a qu’une envie, être un héros au lieu d’être un esclave.

Sous la plume inventive et énergique de Pierre Ducrozet, il est Jay et non Basquiat (comme s’il fallait peut-être souligner les pouvoirs de la fiction et s’affranchir du genre de la biographie) mais tout est là de cette vie qui flambe, bouscule, s’emballe et s’énerve, de ce combat pour « remettre le monde en place » que s’impose le jeune homme. Jay perçoit tout du monde qui l’entoure, en capte toute l’énergie comme un aimant capte la limaille. Que faire de ce tout encombrant sinon l’organiser sur la toile, le bois, tous les supports qui passent à portée de pinceau ou de main. Pour survivre dans ce réel presque douloureux, pour se débarrasser ou du moins vivre avec cette obsession du corps (nerfs, os, viscères, tout ce monde invisible fascinant dans son mystère), il faut combattre pied à pied avec la matière et les mots et « s’attaquer au chaos du monde ». William Burroughs l’inspire : son art sera celui du collage. Comme un DJ qui crée de nouveaux morceaux avec ceux des autres, il prend le monde autour de lui, coupe, trace, en choisit des éléments et lui donne enfin un sens. Sa curiosité est insatiable et toutes les connaissances dont il se gorge sont « des électrons en fusion, des bombes en puissance. »

Eroïca pourrait être une œuvre musicale : les voix se mêlent et se répondent comme le feraient les instruments d’une même partition. La langue est inspirée par l’énergie du peintre et y puise différentes couleurs comme différents tempos et donne à voir les facettes de ce fascinant « enfant radieux » à la vie de légende, mort à 27 ans en laissant derrière lui une œuvre colossale. La vie de Basquiat offre à Pierre Ducrozet le prétexte à une réflexion passionnante sur la création et cette absolue nécessité de mettre l’art et toute forme de fiction au cœur de nos vies pour mieux vivre avec le réel. Mais sans doute n’est-ce pas en réalité un prétexte mais plus un miroir, celui tendu par un frère et qui montrerait à la fois le chemin et les pièges qui le jonche… Un roman sensuel, puissant, qui fait revivre avec talent les figures du New-York underground des années 80 de Keith Haring à Andy Warhol en passant par Madonna sans jamais tomber dans la caricature ou le biopic. Le Basquiat de Pierre Ducrozet vit et vibre sous les yeux du lecteur, infatigable et bouleversant, radieux ou épuisé, touchant de fragilité. Plus qu’un héros de papier, un héros de chair et de sang, livré dans toutes ses contradictions par la grâce d'une écriture inspirée.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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