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Animadverto

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Une actualité de Julia Pénigaud
Publié le 29/03/2016

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    Deuxième roman de Wajdi Mouawad, Anima est une véritable tornade, une obsession qui s’insinue au plus profond. Il aura fallu 10 ans à l’auteur pour réaliser ce magnifique déploiement de force, de pureté et d’horreur.

    Après l’assassinat horriblement violent de sa femme, Wahhch Debch atterré, catatonique est submergé par un mal qui le ronge. La folie de cet être déchiré par la peine le pousse inexorablement vers la vérité : les visages, les noms, le passé. Cette vérité parfois insoutenable, souvent bouleversante l’amène à traverser les frontières, celle de son pays et de la réalité. Anima, c’est la rencontre de la monstruosité de l’homme avec l’innocence de la bête. Ici l’animal a le pouvoir, il détient la parole et nous guide dans ce récit saisissant.

« Le jour où un animal agira envers toi d'une manière contraire à celle que lui impose son instinct, sans qu'il puisse y avoir de doute possible, et idéalement lorsque l'instinct de l'animal sera en train de menacer ta vie, tu te souviendras de moi et tu sauras alors que tu te tiens face à la force animale de ta propre puissance magique. Ta poésie. » 

    Le secret de Mouawad c’est la force de son écriture, sa poésie, son oralité mais aussi son urgence. Il nous offre une fois de plus une réflexion autour de la mémoire, l’exil, la famille. Le passé ombre majestueuse guide ses personnages. Ce roman haletant ne laisse que quelques moments de répit qui sont eux-mêmes ponctués d’un suspense intenable. C’est avec difficulté que l’on fait face à la violence, mais c’est avec autant de peine que l’on se résigne à fermer quelques instants Anima.

« L'humain est un corridor étroit, il faut s'y engager pour espérer le rencontrer. Il faut avancer dans le noir, sentir les odeurs de tous les animaux morts, entendre les cris, les grincements de dents et les pleurs. Il faut marcher, enfoncer les pattes dans une boue de sang et remonter le long d'un fil d'or abandonné là par l'humain lui-même, lorsqu'il n'était qu'enfance et que nul toit ne scellait son plafond. Animal parmi les animaux, il ne souffrait pas encore. L'humain est un corridor et tout humain pleure son ciel disparu. » 

    Roman a couper le souffle Anima est bouleversant de pureté. L’horreur est transcendée par la beauté des mots de Wajdi Mouawad. Plongez-vous dans cette lecture coup de poing qui ne vous quittera jamais vraiment.

Bibliographie