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Après la mer, la terre

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Une actualité de Gwénaël Rocher
Publié le 16/03/2016

Pandore au CongoCe qui est plaisant quand on assiste à la naissance d'une oeuvre romanesque, c'est de percevoir, très tôt, ce qui va faire la singularité d'un auteur, discerner quelle mythologie il va choisir de nous raconter. L'Espagnol Albert Sanchez Pinol est de ces auteurs que l'on suit de très près, tant son univers très particulier, entre la fable, le récit philosophique et l'horreur, requiert une formidable cohérence et une puissance évocatrice rare. Après La peau froide, qui voyait deux hommes aux prises avec des créatures sorties de la mer, voici Pandore au Congo, qui est en quelque sorte la version terrestre, les créatures provenant des entrailles de la terre.

Thommy Thomson, nègre de nègre de nègre de nègre (il ne s'agit pas d'un copier-coller malheureux, mais bien de sa fonction, c'est dire que le pauvre homme est exploité jusqu'à la moelle...), est embauché par un avocat  pour écrire l'histoire de son client, un gitan accusé du meurtre de ses maîtres. Le récit va nous mener au coeur d'une expédition coloniale dans la jungle congolaise. Mené d'une main de fer par deux aristocrates que la fièvre de l'or a complètement déshumanisé, le convoi va se trouver aux prises avec une armée de créatures venues du centre de la terre...

On peut voir en Albert Sanchez Pinol le digne successeur de Stephen King,  bien que cette analogie semble outrageusement réductrice. Les créatures, si elles sont pour le moins inquiétantes,  ne sont pas plus mauvaises que les hommes. Ici, le bestiaire excite la bestialité de l'homme, le renvoie à sa propre bêtise. C'est du La Fontaine sous acide, du Conrad avec des poussées furieuses. On songe aussi à Lovecraft et à Stevenson, c'est dire que Sanchez Pinol s'inscrit dans une filiation de qualité! En seulement deux romans, cet auteur est déjà passé maître dans l'art de nous surprendre. Après l'eau et la terre, on bout alors de savoir quel sera le prochain élément à passer sous son cerveau extraordinaire.

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