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Attention pieds lourds !

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Une actualité de David V.
Publié le 09/05/2013
Guy LouretTrouver un bon premier roman est impératif pour avoir le sentiment que la Rentrée a tenu toutes ses promesses. Au milieu des confirmés, des vedettes internationales, des futurs premiers rôles, une petite centaine de débutants vont voir partir au cœur de la vague de septembre leur frêle esquif. La Table ronde nous avait enchanté l'an passé avec le roman de Michel Monnereau, On s'embrasse pas ?, cahier d'un terrible retour à la glèbe natale, il nous fallait donc surveiller attentivement la salve de cette année, d'autant qu'elle ose se composer de trois premiers romans, ce qui est plutôt culotté en ces temps de frilosité.
Le premier à subir notre perçant regard a bénéficié de ses origines aquitaines pour susciter notre envie puisque l'action se situe en partie dans le Lot-et-Garonne, terre de naissance de Guy Louret, connu jusqu'à présent comme comédien puis dramaturge. Sans doute très inspiré par son propre parcours, Les pieds lourds possède cette puissance instinctive des livres longtemps porté, longtemps mûri et qui vous explose au visage sans prévenir. Le jeune homme qui se raconte devant nous, sans faux-semblant ni fausse pudeur, ce révolté qui cherche un nom à sa révolte et n'en trouve aucun à la hauteur de sa colère, est né sur une terre riche peuplée de misérables. Les siens, ceux dont il descend et qu'il voudrait fuir avant de leur ressembler, sont paysans, les pieds fichés dans un sol qui ne quittent plus leurs semelles : grand-père odieux, père coureur et hâbleur, mère terrifiée, une vraie famille irrésistiblement racontée à coups de serpe par un styliste né dont on aurait envie de citer des phrases entières. S'étant arraché de cette glaise, le tout jeune homme décidé à vivre sa vie sans attache mais aussi sans certitude, va connaître ce qu'on appelle désormais la "galère", des mois d'errance sans le sou, près de clochards pas vraiment célestes, à la lisière d'un monde lumineux, celui du spectacle, dans lequel il ne se décide pas à plonger, en quête d'un amour qui ne veut pas dire son nom et en même temps tiraillé depuis l'enfance par une sensualité qui n'a rien de sensuel. C'est ce chaos intime que nous offre Guy Louret, prometteur romancier qui a réussi à trouver sa voie en perdant son chemin et nous permet de souffler, soulagé à l'idée d'avoir déjà trouvé un passionnant premier roman.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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