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Attila creuse sa tombe et tisse sa toile.

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Une actualité de David V.
Publié le 24/08/2013

Cimetière de Monasterboice, IrlandeNe vous avisez pas de dire autour de vous que vous connaissez un grand écrivain irlandais que tout le monde ignore, on ne vous croirait pas, surtout venant d'un pays aussi fourni en Prix Nobel. Et pourtant, s'il en est un qui est bien passé entre les mailles du filet de la postérité (on excusera cette lourde métaphore de pêcheur) c'est Seumas O'Kelly, la faute sans doute à la brièveté de son oeuvre, la brièveté de sa vie - il est mort à 37 ans, assassiné dans les locaux du Sinn Fein où il militait - et la brièveté de sa gloire. Jusqu'à aujourd'hui les Français n'avaient pu découvrir qu'un seul de ses textes, une novella éditée il y a plus d'un quart de siècle chez Aubier que les connaisseurs se transmettaient avec gourmandise et que de rares libraires honoraient d'une pile régulière sur leur table anglo-saxonne (mais à Bordeaux, les anciens étudiants de Claire Cayron, la traductrice de Miguel Torga, se souvenaient en quelle haute estime elle tenait ce petit livre, modèle selon elle de la nouvelle parfaite), La tombe du tisserand. Ne nous réjouissons pas trop vite : aucune nouveauté à l'horizon chez un éditeur courageux de faire traduire ses autres recueils de nouvelles ou son roman ; cela viendra peut-être, cela viendra sûrement si le succès de cette réédition crée des vocations...Pour l'heure cependant, ne gâchons pas notre plaisir avec ces supputations et arrêtons-nous un peu sur cette splendide réédition qui renvoie aux oubliettes la triste petite chose (pas chère...) d'Aubier. Attila, jeune éditeur qui naît une seconde fois avec tout autant d'appétit que la première, a façonné pour sa renaissance un petit bijou recouvert d'un calque élégant et agrémenté hors texte de gravures de Frédéric Coché, jeune artiste qui a déjà signé trois beaux livres chez Frémok. Mais ce bel enrobage ne doit pas dissimuler l'étrange et drolatique noirceur de cet épisode de la vie d'un petit village irlandais que la mort oublie parfois de visiter. Justement elle s'est enfin décidée, quand commence notre histoire, à venir cueillir Mortimer Hehir, le tisserand antique que son ancienneté seule autorise à passer l'éternité dans le vieux cimetière, privilège dont sa veuve pourra mesurer l'importance. C'est sans compter sur l'état d'abandon dudit cimetière devenu incompréhensible aux fossoyeurs qui n'ont d'autre secours que réclamer l'aide et la mémoire vacillantes de deux augustes ancêtres qui vont s'en donner à coeur joie pour brouiller les pistes au coeur de ce royaume des morts qui les attend et auquel ils adressent, à coup d'invectives et de débats, de furieux et hilarants pieds de nez. Où creuser ? C'est l'entêtante question et tout l'enjeu de cette déambulation un rien philosophique au milieu des tombes éventrées et des arbres vainqueurs du granit. En dire trop serait trahir le charme de ce livre insolite et vif qui fait rire sans jamais cesser d'inquiéter, qui fait réfléchir sans jamais jouer la pose, qui dépayse sans jamais cesser d'être universel : beaucoup de qualités pour un livre mince qui mérite la postérité, la vraie, celle que l'on ne grave pas dans le marbre.

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