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Au nez et à la barbe de Veronica

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 19/03/2016

Andres BarbaLa première fois qu'il la vit, il tomba instantanément amoureux. Peu importe que l'objet de cet amour fût au départ une simple image sur diapositive. Peu importe qu'elle fût bien plus jeune que lui et souffrît de trisomie. Peu importe aussi qu'il s'apprêtât à être son moniteur le temps d'un camp de vacances. Peu importe, enfin, qu'elle eût une soeur plus âgée dont l'affection pour l'adolescente n'était pas dénuée d'une certaine ambiguïté teintée de cruauté, voire de perversité.

Au départ simple trait d'union entre cet homme et cette femme qui ne se connaissent pas, Teresa, devient finalement un enjeu pour ces deux êtres en mal d'amour et de reconnaissance. C'est ainsi que le lecteur suit tour à tour Manuel et Veronica, sans presque jamais entendre la voix de l'adolescente et que, animé par le désir de savoir à quel point la vie a basculé au cours de cet été mémorable, il se laisse rapidement happer par le roman. Il assiste ainsi à l'enquête obsessionnelle que mène Veronica. En effet, persuadée qu'il s'est passé quelque chose entre sa jeune soeur et Manuel, cette dernière n'a de cesse d'obtenir des précisions, non pas par instinct de protection, mais bien plutôt par curiosité et par jalousie puisqu'elle aussi s'est éprise du jeune homme.

Bien plus qu'une énième variation sur le thème du triangle amoureux, Versions de Teresa (éd. Bourgois) est avant tout un roman sur l'interdit et l'indicible. L'auteur y met en scène des personnages fragiles et touchants qui se débattent avec leurs sentiments et leurs émotions. Mêlant références littéraires et religieuses, cette succession de tableaux frappe  avant tout par sa profonde finesse. En effet, relevant avec brio le défi de ne jamais tomber dans l'abîme du voyeurisme, l'auteur signe un roman certes dérangeant, mais néanmoins surprenant par la délicatesse qui en émane. On soulignera enfin la qualité de la traduction, qui retranscrit avec beaucoup de fidélité mais aussi de fluidité cette écriture sèche, précise et acérée propre à Andrés Barba. Vous l'aurez sans doute compris, la seule question qui reste sans réponse après la lecture de ce livre est la suivante : pourquoi diable le nom de ce jeune Madrilène est-il aussi injustement méconnu du lectorat français ?!

F.A.

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