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Bang bang bang

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Une actualité de Véronique M.
Publié le 19/03/2016
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Si le nom de l'auteur - quasi imprononçable sans achopper, c'est dire qu'il mérite de ne pas être oublié - ne vous parle pas encore, ne vous inquiétez pas car il ne s'agit que de son second roman et saluons ici le talent de sa traductrice Sophie Aslanides qui nous a aussi permis de découvrir de nouvelles plumes prometteuses comme Craig Johnson ou encore Ron Carlson. A toute allure paraît un an après celui qui a propulsé Duane Swierczynski  (alors plutôt habitué à l'univers des bandes dessinées en tant que scénariste) dans le monde du genre policier avec The blonde, remarquable et remarqué  par la presse et les libraires unanimes pour louer le mélange loufoque de la noirceur (humour noir de rigueur, bien entendu), les hommages appuyés au "pulp", à la science-fiction et au thriller d'action le plus frénétique. Entre une créature forcément fatale, empoisonneuse modernisée "high tech" puisqu'infestée de nano particules qui lui imposent de ne pas se tenir éloignée d'un être humain sans risque d'exploser et un agent secret très spécial au funeste dessein de vengeance, Jack Eisler se risquait au pire dans un compte à rebours aussi haletant (il lui faut retrouver au plus vite la blonde séductrice, seule détentrice de l'antidote au poison qu'elle disait avoir versé dans son verre de whisky) que rocambolesque.

Pour son second titre traduit (en réalité écrit avant The blonde), l'écrivain américain nous amène, tels que le titre et la couverture le promettent à la perfection, dans une atmosphère encore explosive qui "prend" dès les premières pages : le lecteur est de suite happé dans la folle action qui se poursuit au cours des 300 pages du livre, puisque le roman s'ouvre très efficacement par le casse d'une banque de Philadelphie  et la fuite échevelée des braqueurs qui va suivre. Ici le personnage principal se nomme Lennon et, comme Jack dans le précédent opus, a la fâcheuse tendance de se trouver "au mauvais endroit au mauvais moment" puisque sitôt les 650 000 dollars placés bien au chaud dans la camionnette qu'il a pour tâche de conduire (il a spécialement été recruté pour cette excellence-là), un accident provoqué par des mafieux armés jusqu'aux dents va forcer un destin et sa nature par essence imprévisibles. Non-violent, il lui faudra se sauver plusieurs fois d'une mort à chaque fois déjouée, tout en se révélant un sacré dur-à-cuire et un tueur redoutable dans l'usage insoupçonné de sa force de frappe : cette quasi invincibilité renforce son caractère exceptionnel de "héros" et la réjouissance invraisemblance dans laquelle baigne les romans de Duane Swierczynski toujours à la limite des genres et prenant le contre-pied systématique des attentes du lecteur lui-même amené bien plus loin que le scénario initial. De nombreux ennemis à la poursuite du butin et de sa tête vont se dresser sur son chemin en trois jours (l'écrivain semble maîtriser l'unité d'action depuis The blonde qui était condensée 48 heures) : faux complices, vrais traîtres, ex-flic ripoux, mafieux russe et italiens, tous aussi demeurés que dangereux criminels et autres réjouissances musclées.

L'adrénaline et la testostérone règnent donc sans restriction, mais vous l'aurez compris avec un rafraîchissant sens de l'humour vraiment bienvenu dans ce monde de brutes. Ces thèmes et ce style ne sont pas sans rappeler un autre grand nom d'écrivain célèbre pour avoir inventé le personnage de braqueur malchanceux le plus sympathique et attachant de la littérature policière, John Dortmuder, mais surtout son double noir, le braqueur Charlie Parker sous le pseudonyme de Richard Stark , derrière lequel se cache le grand et regretté Donald Westlake. Le clin d'oeil d'hommage est assumé par Duane Swierczynski  puisque lors de sa cavale Patrick Selway Lennon se donne pour se sortir d'un fâcheux coup du sort l'identité de son auteur de chevet favori... Donald Stark dont les initiales D.S risquent fort d'être revendiquées par ce digne héritier (lui aussi publié par les mêmes éditions de polar Rivages) dont vous aurez désormais tout intérêt à retenir le nom... ou le surnom.

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Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !