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Bauchau, poésie intégrale

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Une actualité de Véronique M.
Publié le 16/03/2016
bauchau-poesie.jpg          " Ta mémoire endormie sous les eaux/     que tu es belle, ma destinée/     que ta lumière est belle et comme elle était sous-/       marine/      entourée d'algues et de secret./     Ta chevelure déchirante/     recouvre ton visage, on ne voit que tes yeux/     et l'or bleu, la mortelle/     l'immortelle pensée. "       

 

L'or bleu     (in Exercice du matin)

 

 

Parvenu au seuil de son chemin, Henry Bauchau nous livre "ce bonheur, ce leurre offert à mon espoir par un amour véritable mais qui doit demeurer ignoré", soit la lecture complète et définitive (car revue, corrigée et préfacée par ses soins) de l'ensemble de ses poésies, publiées depuis un peu plus de cinquante ans : le tout premier recueil, Géologie, date de 1958 et le dernier, L'accueil, composé entre 2006 et 2009 de 14 poèmes, reste entièrement inédit. Instantanément, cet inouï et troublant aveu de l'homme - quasi centenaire - envers cette "dépendance amoureuse au poème"  n'est pas sans (r)appeler cet obscur éclat/éclair de René Char :

"Le poème est l'amour réalisé du désir demeuré désir" (in Fureur et mystère)

Le rayon poésie ne devait pas laisser passer l'occasion de faire lire et découvrir aux amateurs du genre (et aux autres !) l'importance de cette publication inédite : nous avons donc décider de marquer le coup  pour notre clientèle, à grand renfort d'une affiche  à l'image de son  approche plurielle de l'art, à la fois esthétique (le choix de l'illustration est issu de son recueil paru en 2008, L'atelier spirituel   et éthique/thérapeutique. L'utilisation récurrente du bleu dans son inspiration incendie la nuit de "l'écriture intérieure", nuit de l'origine ou nuit de l'écoute. Car n'oublions pas que Henry Bauchau a également été psychanalyste, pour ceux que le voyage en compagnie d'Orion,  L'enfant bleu , a éblouis et émus tout comme la figure d'Oedipe sur la route et de son inflexible guide,  Antigone. Vous retrouverez ces allégories de l'humaine condition ("Car d'abord totalement nous sommes/Toujours les enfants de Jocaste",  nous révèle cette "infatigable marcheuse") dans les pages de sa Poésie complète ainsi que dans l'édition simultanée (collection "le souffle de l'esprit" chez Actes Sud) du livret, La lumière Antigone, issu de l'opéra créé par Pierre Bartholomée à Bruxelles en 2008 et dont le préambule ou "monologue d'Antigone" peut déjà se lire dans un des recueils réunis.

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Si cet écrivain belge est certainement plus connu pour son activité de romancier (celle-ci a débuté postérieurement en 1966) qui l'a récemment (donc tardivement) consacré grâce au prix du Livre Inter 2008 pour Le Boulevard périphérique (qui paraît à la rentrée en format de poche chez Babel/Actes Sud), que pour cette première vocation (ou "appel", dans son sens étymologique et sacré), on ne peut séparer les arts et les écritures qu'il convoque : parallèlement à ses romans, il nous livre les journaux qu'il a tenus pendant leur rédaction comme autant de laboratoires intimes dont les formes d'expression ne sont que les facettes d'un travail total et unique. Peinture, écritures, psychanalyse sont les chambres d'échos mises à disposition de la libération d'une parole initialement enfouie (lire notamment le long récit-poème largement autobiographique "La sourde oreille ou le rêve de Freud" suivi de "La grande Troménie" pages 217-253 de la présente édition) dont les motifs patiemment tissés et libérés forment l'idée lancinante chez Bauchau du "cheminement" vers l' "espérance", toute ensemble quête de magnifiques personnages - ces "déliants [qui] seront déliés" (cf. le recueil Heureux les déliants)- vers laquelle tendent inspiration et oeuvre :

"Il n'y a rien à préférer, il n'y a rien à désirer que l'espérance." (cf. "L'espérance", page 189 de sa Poésie complète)

"Il n'y a rien à espérer que l'espérance." ("La femme de Samarie", page 261)

C'est à ce voyage qu'il convie ici son lecteur, comme pour refaire encore ensemble la traversée, plongée tant stérile que remontée créatrice, à l'image de son écriture, également devenue allégorie d'une vie, inattendue "résurrection du verbe" :

" C'est le moment de la patience, de la ténacité, d'un travail qui semble devenu vain. Il faut sonder, remettre en question, attendre, laisser se faire les gouffres, les ponts, les pertes et les liaisons nécessaires. Parfois l'effort et l'attente sont sans résultat, le poème se perd entre les mailles trop larges du langage. Il arrive qu'un autre poème surgisse, inespéré, de ses ruines." (préface)

 

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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