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Beau verbe et dent dure

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Une actualité de David V.
Publié le 19/03/2016
marc VaillancourtLe livre le plus insolent du moment nous vient du Québec, ou du moins de la plume d'un Québécois puisque c'est la maison d'édition française Obsidiane, qu'on connaît pour son magnifique catalogue en poésie, qui s'est offert cette importation de haut vol en éditant le nouveau livre de Marc Vaillancourt dans sa neuve collection Les placets invectifs qui se propose de réveiller à coups de pamphlets anciens ou récents notre république des Lettres qu'agitent quelques petites tempêtes sans importance. Après Les Bas bleus de Barbey d'Aurevilly qui étrille ces dames piquées de littérature en un temps où il n'y avait que les hommes pour la faire, voici donc L'honneur manque de bras, un bref libelle composé de petits éclats de l'acide le plus impitoyable dans la langue la plus pure. Si l'on excepte quelques calembours qui atténuent la vigueur d'un propos affuté, l'ensemble multiplie les saillies les plus percutantes contre le personnel des lettres jugé d'une inculture crasse, d'une grammaire médiocre, d'un courage inexistant, d'une malhonnêteté permanente et de quelques autres vices peu reluisants. Le panache n'est pas la moindre des vertus de l'auteur qui a choisi d'être exemplaire dans sa langue, dont on imagine ce qu'elle doit subir au contact de l'idiome anglais tout puissant, pour mieux remonter les bretelles du lâche pantalon qui flotte sur les chevilles de nos écrivains, gonflées de vide et de fautes. C'est un amoureux furibard qui nous cause, sec, vindicatif contre ceux qui malmènent sa belle outragée et convoque à son chevet de hautes plumes, (ou parfois des  plumes d'autruche), Bernanos, Hugo, Courier, (Valéry Giscard d'Estaing aussi, c'est plus difficile à comprendre quand on connaît la prose de notre académicien mais Vaillancourt a l'excuse de l'éloignement…), Proudhon, Désiré Nisard (si Eric Chevillard apprenait ça…), Villon, Pascal, Condillac, et Bloy bien sûr, le plus furieux d'entre tous dont il nous rappelle la phrase : "Je suis inanimé, stupide, absolument privé d'enthousiasme. Excellent état pour écrire." Et la liste est longue pour ce lecteur acharné qui avoue "qu'il n'écrit rien de gratuit. Pour (s')excuser, rien de payant non plus." On visite son livre en diagonale puis en long de crainte d'en avoir loupé un beau passage, puis en travers pour retrouver une saillie plaisante, un mot rare à sauver ; on y revient en se promettant de relever tel aphorisme, telle méchanceté, telle règle de syntaxe qu'on ignorait et puis on se dit qu'après tout autant le garder près de son chevet. L'honneur manque de bras mériterait de ne pas manquer d'acquéreur, de ceux qui pensent que l'honneur n'est surtout pas au bout du doigt levé, mais dans le poing qui se dresse pour revendiquer le droit de n'être pas d'accord avec ces temps de mollesse et de conformisme sans orthographe.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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