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Bécon-les-Bruyères, 2 mn d'arrêt.

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Une actualité de David V.
Publié le 09/05/2013

Gare de Bécon-les-BruyèresLumineuse idée des Editions cent pages, admirable éditeur de l'Isère qui réalise des ouvrages d'une irréprochable qualité typographique, de proposer en un petit volume  un bijou à la fois très connu et parfaitement méconnu d'Emmanuel Bove, Bécon-les-Bruyères. Livre de commande dans le cadre d'une série où l'on demandait à des écrivains de raconter une ville, cet exercice nous prouve que les grands écrivains peuvent transformer une contrainte en art, car au-delà du simple travail d'observation auquel s'est livré Bove sur une ville dont il était l'habitant, c'est une radiographie littéraire de l'espace qu'il nous offre, braquant son projecteur ironique sur une non-ville, un lieu plus qu'une cité. Comme le dit Jean-Luc Bitton, le spécialiste incontesté de l'auteur, il s'agit d'une" monographie tout aussi ironique que poétique d'un no man's land de la banlieue parisienne" qui vient poser sa provocation tranquille à côté d'illustres cités, démarche bovienne par excellence de cet auteur qui côtoya les gens de peu comme on dira plus tard pour leur donner une place unique dans la littérature du XX° siècle. Paru en 1927, il fait partie de ses premiers textes mais Mes amis l'avait déjà propulsé et très vite, à l'avant-scène. C'était d'ailleurs pour fuir cette gloire rapide qui lui faisait peur que Bove s'était éloigné, gagnant  "ce lieu qui n'existe que par le nom de sa gare", un endroit qu'il a sublimé en l'observant avec minutie, y cherchant des traces de vie tout en suspectant qu'il n'y en avait pas, d'où, on le voit, l'étrange profondeur de ce petit texte dont le souvenir peut vous poursuivre longtemps. Livre d'un habitant fantomatique sur une ville qui paraît dépeuplée, Bécon-les-Bruyères pourrait s'inscrire sans défaut dans cet ensemble bizarre qui s'appelle la "littérature de voyage", non pas tant parce qu'on s'y déplace que parce qu'on y découvre la vraie nature du dépaysement, ce sentiment d'être le même mais ailleurs. Tous ceux qui ont lu ce micro-livre et qui ont un jour, au départ de Saint-Lazare, croisé le panneau SNCF annonçant cette gare qui n'a pas disparu malgré la pression des deux villes qui la tiennent serrée, ont fait l'expérience étrange d'une inexplicable familiarité avec un lieu  où aucune raison ne vous porte. Et la tentation peut survenir d'y descendre... pour peu que le train veuille bien s'y arrêter...

Les amateurs iront sans retard sur le magnifique site animé par son biographe Jean-Luc Bitton : http://www.emmanuel-bove.net/ Emmanuel Bove

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