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Bienvenidos a El Carmen

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 09/05/2013

Le lieu perdu - Norma HuidobroQuand José Saramago encense un écrivain ou un livre, c'est rarement mauvais signe. Ainsi, on se souvient récemment de la parution de Jérusalem, écrit par le Portugais Gonçalo M. Tavares, sur lequel on pouvait lire ce commentaire surprenant  de la part du prix Nobel de littérature : "Gonçalo n'a pas le droit d'écrire aussi bien à son âge. Ca me donne envie de le frapper" (pour lire notre article, cliquez ici).

Cette fois-ci, il s'agit d'un écrivain argentin, une certaine Norma Huidobro. Si son nom ne vous est pas familier, n'allez pas pour autant penser qu'elle est inconnue dans son pays natal. Les nombreux livres pour enfants qu'elle a écrits remportent effectivement un franc succès en Argentine, et lui ont valu un certain nombre de récompenses. Elle innove cependant avec Le lieu perdu, aux editions Liana Levi, un roman (pour adultes) très abouti qui lui a déjà valu le Prix Clarin1 à sa sortie en 2007. Et pour cause, c'est un livre dont on risque d'entendre parler pendant longtemps...

Lorsqu'un certain Ferroni débarque en été 1977 à Villa del Carmen, petit village de la province du Jujuy, dans l'extrême nord de l'Argentine, il y fait une chaleur écrasante. C'est bien le dernier endroit sur terre où il a envie d'être. Quelle idée, quitter Buenos Aires pour atterrir dans ce trou perdu alors qu'il serait si bien dans la capitale, à préparer tranquillement ses prochaines vacances dans la station hautement touristique de Mar del Plata !... Bon, de toutes les façons, sa mission ne devrait pas lui prendre plus d'un jour ou deux, pense-t-il au début. Car après tout, elle n'est pas bien compliquée. La police est à la recherche d'un homme, un ouvrier des chemins de fer soi-disant subversif. Celui-ci semble s'être enfui avec sa compagne. Le seul embryon de piste dont ils disposent se trouve à des centaines de kilomètres de la capitale, qui reste le dernier endroit où ils ont été aperçus. La seule personne susceptible de le renseigner s'appelle Marita Valdivieso. Alors que sa meilleure amie Matilde (la compagne en question) est partie vivre sa vie à Buenos Aires, elle est restée au pueblo, entourée d'une grand-mère acariâtre et d'une autre vieille dame sur qui elle a dirigé toute son affection. En dépit de l'éloignement géographique, les deux amies sont restées en contact. La correspondance qu'elles entretiennent va être pour elles l'occasion de se faire des confidences toutes plus intimes les unes que les autres, ce qui  explique pourquoi Marita est si peu encline à la mettre entre les mains d'un étranger. Elle décide alors de faire patienter Ferroni jusqu'à la lettre qu'elle devrait bientôt recevoir pour son anniversaire. En attendant, il tourne en rond dans ce "village de merde" jusqu'à en perdre la tête, se heurtant chaque jour davantage à la résistance et à l'aplomb de celle qu'il a baptisée "la fille de pierre"...

D'une simplicité a priori déconcertante, ce roman est un bijou à plus d'un titre. Rien n'y est laissé au hasard, qu'il s'agisse du portrait des personnages, toujours très élaboré, de la cadence narrative, de la dose parfaite de suspense, ou encore du symbolisme dont il regorge. Mais attention, ne vous attendez pas à lire un témoignage sur l'Argentine des coups d'Etat ! Si des réflexions sur la société argentine, notamment ses traditions, parsèment le livre, Le lieu perdu demeure avant tout un superbe roman dont la portée universelle est palpable à chaque page. Ainsi, la nature humaine, l'amitié, le désir ou encore le sacrifice sont autant de thèmes abordés par l'auteur dans ce texte poétique de grande qualité. A découvrir absolument !


1 Ce prix est décerné depuis 1998 par des écrivains de renommée internationale, à l'instar d'Adolfo Bioy Casares, José Saramago, Alberto Manguel ou encore Rosa Montero.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?