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Campus novel

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Une actualité de David V.
Publié le 24/11/2014

smith-conundrum.jpgChaque réédition de Régis Messac mériterait un petit billet sur ce blog. Mais nous nous contraignons à la discrétion de peur de passer pour de furieux thuriféraires d'un auteur trop peu lu et à ce titre, pour quelques tristes âmes, suspect : redécouvrir un auteur c'est aussi avouer que la postérité se trompe souvent et pas nécessairement céder à un penchant pour le rétro. (Nous tenons à disposition une liste très riches d'auteurs qu'il faudrait d'urgence oublier ou cesser de lire.) La vie de Messac expliquerait à elle seule cette difficile  conquête d'un public : réfractaire, arpenteur de sentiers inconnus, rebelle à la sotte autorité, il a été écarté d'une reconnaissance anthume qui le servirait à présent. Cela rend l'entreprise de réhabilitation lancée par son petit-fils Olivier d'autant plus difficile et partant, sans doute, quelque peu exaltante : rééditer Messac c'est presque le réinventer. Les éditions Ex Nihilo consacre ainsi leur catalogue à un patient travail de remise au jour de la preque totalité de ses opus dont certains étaient carrément introuvables. C'est le cas de Smith Conundrum le roman d'une université américaine qui n'eut lors de sa sortie que quelques lecteurs privilégiés, le seul tirage ayant été dispersé ou détruit. Loin de l'ambiance étrange de Quinzinzinzili ou Valcrétin, ce roman apparemment réaliste nous plonge au coeur d'une université imaginaire très fortement inspirée de celle du séjour américain de l'auteur qui fut professeur pendant quelques années fondamentales d'où il ramena une connaissance déterminante de la littérature d'outre-Atlantique. Mais le réalisme n'est pas du goût de l'auteur qui très vite nous dévoile son ambition et sa malice : raconter de l'intérieur le système universitaire à travers ses figures les plus caricaturales. Messac est un conteur qui, s'il se livre à la satire, n'oublie jamais d'organiser son récit, de planter intelligemment des décors. Il sait faire rire, habile à faire mouche sans que la parodie nuise à son propos. Point de ses excès géniaux des romans d'anticipation mais une retenue insolente qui rend crédible son propos. Du temps a passé depuis la rédaction de ce livre d'avant-guerre : pourquoi faut-il pourtant que ce livre nous paraisse tellement contemporain, longtemps après la disparition des mandarins ? Messac est un auteur vraiment d'aujourd'hui et qu'il ait été aussi peu lu ne fait que nous convaincre qu'il faut le découvrir. L'air de rien il a inventé le genre si riche désormais du "campus novel"...Cette nouvelle réédition le prouve avec éclat.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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