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Célébration d'une femme

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Une actualité de Fleur Cattiaux
Publié le 29/05/2013

"Je pose le cadeau entre ses mains et je l'ouvre pour elle. Elle voulait noter des choses, des impressions surtout. Je lui ai trouvé un stylo en or et un carnet de moleskine noire qu'elle pourra garder sur sa table de nuit." Ainsi s'ouvre le dernier livre du romancier et traducteur Bertrand Schefer. Paru aux éditions P.O.L, Cérémonie se présente comme le monologue intérieur d'un homme dont la vie va être profondément affectée par la disparition d'une femme qui ne sera jamais nommée. "Une femme disparaît", nous indique seulement la quatrième de couverture. Grande absente de la vie de notre narrateur, cette femme nous apparaît cependant en filigrane, sous des traits pour le moins surprenants étant donné le lien qui unit les deux personnages.

Ostensiblement exempt de toute forme de voyeurisme ou de vulgarité, ce texte semble avoir été déversé d'une traite sur le papier, comme un torrent de mots qui ne saurait être endigué. Bien que l'ensemble des signes habituels de ponctuation soient bel et bien présents, l'intensité de ce texte n'est pas sans évoquer La nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès ou encore Ce que j'appelle oubli de Laurent Mauvignier. Mais s'il ne fait aucun doute que le narrateur de ce texte à la fois subtil et mystérieux  éprouve un besoin irrépressible de parler, de se confier, de partager l'épreuve qu'il traverse, il n'échappera pas à l'attention du lecteur que le langage a ses limites. En effet, incapable de mettre en mots l'expérience qu'il traverse, notre homme n'a d'autre choix que d'en passer par la médiation de l'autre. C'est ainsi qu'il nous parlera volontiers de son ami : c'est moins douloureux que de parler de soi-même... Une fois qu'il aura épuisé les stratégies d'évitement, sera-t-il seulement en mesure de verbaliser ce qui le hante ?

F.A.

 

Bibliographie