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Cheminements nocturnes

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Une actualité de Emilie
Publié le 20/11/2015

kerangalA ce stade de la nuit a d'abord fait une apparition fugitive et presque irréelle sur nos tables en librairie : paru dans un tirage limité au printemps 2014 chez les éditions Guérin à l'occasion des Rencontres littéraires en Pays de Savoie,  l'ouvrage a très vite été épuisé ; à peine a-t-on commencé à le conseiller, à le faire vivre, qu'il a disparu. Cette année, les éditions Verticales ont pris l'excellente initiative de le rééditer pour contenter les quelques frustrés qui étaient à sa recherche et donner plus de chance à ce petit récit de rencontrer des lecteurs. A la vue de la pile qui baisse sans cesse sur notre table, et au joli bouche à oreille qui recommence à se créer autour du livre, le pari semble gagné.

Le récit s'ouvre sur un événement tragique, découvert à la radio la nuit par la narratrice, presque par accident : le naufrage de migrants clandestins africains au large de la petite île italienne de Lampedusa. Comment réagit-ton face à un tel événement? Maylis de Kerangal nous livre ici une réponse vibrante, dont l'écho personnel fait résonance avec l'universel.

Après la stupeur, la narratrice commence à développer et ordonner les pensées qui se bousculent. Association d'idées, images, que Maylis de Kerangal déroule avec une fluidité déconcertante: c'est la figure de Burt Lancaster, acteur du Guépard mais aussi de The Swimmer - un film bouleversant signé Frank Perry qui date de 1968 - qui s'impose au départ. Et puis c'est plus largement terres et paysages qui sont convoqués. A la vision de l'ile de Lampedusa, puis de la Sicile viennent se calquer en surimpression celles du Finistère, de la Sibérie, puis des songlines aborigènes chères à  Bruce Chatwin,  Travail autour de la mémoire, chaque souvenir fait figure de micro fiction potentielle où Maylis de Kerangal pourrait nous entraîner.

J'aime l'idée que l'expérience de la mémoire, autrement dit l'action de se remémorer, transforme les lieux en paysages, métamorphose les espaces illisibles en récits.

La magie de ce texte tient aussi au traitement du temps qui y est fait. Différentes temporalités se synchronisent : celle de la nuit blanche que vit la narratrice tout d'abord, puis celle, probablement blanche aussi, que vivent survivants et journalistes à Lampedusa. Celle ensuite des différents souvenirs qui affluent et enfin celle du lecteur qui tourne les pages.

Au fil des ans, Maylis de Kerangal a réussi à se faire un nom dans la littérature contemporaine. Son dernier roman, le très remarqué Réparer les vivants, prix France Culture Télérama 2014, qui racontait 24h de la vie d'un cœur, a fait figure de révélation littéraire pour bon nombre de lecteurs. Avec ce dernier livre, l'auteur nous prouve décidément encore une fois combien la littérature peut nous aider à comprendre le monde et mieux appréhender la vie.

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Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

Véronique M. (119)

Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !