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Cher Chesterton

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Une actualité de David V.
Publié le 15/03/2016

Gilbert Keith ChestertonG.K.C., trois initiales magiques que reconnaissent immédiatement les adeptes de la secte (ouverte) des adorateurs du grand Chesterton. Grand non seulement parce qu'il fut un prolifique et génial auteur de nouvelles policières (et qu'à ce titre il dirigea le premier le Detective Club) mais parce qu'il fut tout autant journaliste, essayiste, polémiste, romancier, directeur de revue : dans chacun de ces domaines il sut se montrer fidèle à sa liberté de ton, à son goût incroyable pour l'invention et être, comme le soulignait Borges qui professait une grande admiration pour lui, un "génial écrivain" ("Je pense que Chesterton est l'un des premiers écrivains de notre temps, écrivit-il, et ceci non seulement pour son heureux génie de l'invention, pour son imagination visuelle et pour la félicité enfantine ou divine que laisse entrevoir chaque page de son oeuvre, mais aussi pour ses vertus rhétoriques, pour sa pure virtuosité technique.").

Il devenait un peu difficile de se procurer du Chesterton qui, alors même qu'il était enfin dans le domaine public (l'homme est mort d'épuisement en 1936), se faisait rare dans les rayonnages des librairies. La patience (et la justice) ont payé car l'actualité chestertonienne se fait plus vive depuis que cet hiver ont reparu Les contes de l'arbalète et Le Jardin enfumé, recueils de nouvelles délicieuses et surprenantes à la fois cérébrales et jouissives. En cherchant bien, on trouvait encore au catalogue de folio La sagesse du Père Brown, unique volume des aventures de ce prêtre catholique créé en 1910 par G.K.C., détective à ses heures, utilisant une logique toute personnelle pour résoudre des énigmes qu'il décompose avec goguenardise pour, comme le signale François Rivière, l'un de ses plus ardents défenseurs, les retourner comme des doigts de gant, dans le dessein de nous montrer que Dieu a finalement toujours raison contre Satan. Ce qui se comprend mieux quand on sait que cet agnostique de Chesterton se convertit bruyamment au catholicisme. L'excellente nouvelle du mois est la sortie quasi-simultanée de deux volumes, à des prix différents (donc pas d'excuses!), réunissant pour l'un l'intégralité des nouvelles policières du fameux curé augmentée de trois histoires inédites et, précieux, deux articles de G.K.C. sur le roman policier (Les enquêtes du Père Brown, chez Omnibus où Francis Lacassin nous offre une postface de haute volée), pour l'autre le seul recueil L'innocence du Père Brown, premier de la série proposé par la fameuse Petite Bibliothèque Ombres animée par Jean-Paul Archie. Vous trouverez difficilement dans le genre policier aussi divertissant et aussi poétique, aussi inventif et aussi malicieux. Et méfiez-vous, lorsqu'on se met à aimer Chesterton, on a vite tendance à faire dans le prosélytisme et à vouloir convertir autour de soi. Mais avouez qu'il y a des conversions plus pénibles...

Une autre fois, qui sait, peut-être évoquerons-nous un autre aspect du grand Gilbert qui ne s'épuise pas en un clin d'oeil...

Et pour les amateurs, on conseillera le site des amis de Chesterton, très au fait de toute l'actualité chestertonienne : http://chesterton.over-blog.com/

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