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Chevillard sur le sentier de la guerre

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Une actualité de David V.
Publié le 24/08/2013

En territoire cheyennePour ceux qui l'ignorent encore, Eric Chevillard n'est pas bourguignon, on prétend pourtant ici et là qu'il vit à Dijon. Même si sa région de naissance, plus à l'ouest, persiste, avec une constance rare, à en faire un auteur du cru, Eric Chevillard n'a d'autre patrie que la littérature (voilà une formule pompeuse que nous assumons sans excès avec l'excuse de la chaleur qui s'est abattue sur l'Aquitaine). Néanmoins un indice vient de se glisser dans le dernier livre à son nom qui vient de nous parvenir, un format à l'italienne raffiné des éditions Fata Morgana illustré de dessins de Philippe Favier (déja son complice dans Scalps et Commentaire autorisé sur l'état de squelette chez le même éditeur) et sobrement intitulé En territoire cheyenne. Ultime peau-rouge de la littérature française (et non dernier des Mohicans du roman hexagonal), Chevillard possède ce don étrange de savoir suivre une piste jusqu'à l'animal (ou l'homme) qui est à son extrémité. Son oreille (rouge, nous le savons depuis quelques temps) se déploie pour capter la vie des bêtes, leurs craintes et leurs paradoxes, leur beauté aussi que nous ne savons plus trop voir désormais car elle ne nous apparaît que réhaussée d'un motif grillagé. Le lion, il en parle mieux que quiconque parce que de la boue lui a en révélé les griffes ; le hérisson, qui le pourchasse depuis des années de sa présence irradiante, il le découvre dans le sillage d'une voiture ; l'escargot, il le devine plus véloce que ne veut la légende ; quant au dinosaure... Car Eric Chevillard qui supporte le poids du monde et nous en fait profiter quotidiennement sur son fabuleux blog (L'autofictif), sait aussi la légèreté des empreintes et la nécessité de s'interroger sur l'origine de chacune de celles qui nous tombent sous les yeux, conscients aussi de notre aveuglement. Parce qu'il possède cette étrange faculté de voyant - celui qui voit au-delà - il nous offre le luxe de ses épiphanies, frondeuses et ciselées. Quelques unes, à peine, pour nous rappeler que nous foulons une terre où s'impriment des histoires que nous n'entendrons jamais. Et si l'éléphant est irréfutable, Chevillard est indispensable.