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Chronique d'une catastrophe annoncée

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 24/11/2014
america-america.gifEtats-Unis, début des années 1970. Dans la petite ville de Saline, le jeune Corey Sifter se voit proposer un travail dans la propriété des Metarey, la puissante famille qui règne sur le comté depuis des décennies. C'est à la fois en tant qu'employé et en tant que protégé des Metarey que le jeune homme va assister - et bien malgré lui, participer - à la genèse d'un candidat à l'investiture démocrate aux élections présidentielles. Ce candidat, c'est le sénateur Henry Bonwiller, homme complexe et ambivalent s'il en est. Car la famille Metarey a décidé d'accorder son soutien inconditionnel - l'histoire révèlera à quel point c'est le cas - au sénateur, qui, alors que la guerre du Vietnam fait rage, s'élève contre ces carnages inutiles, et se fait également le défenseur des classes populaires.
Le roman d'Ethan Canin décrit avec une grande sensibilité et une constante justesse ce formidable élan démocrate, porté par l'espoir de toute une partie de la population américaine, et c'est d'ailleurs l'une des grandes réussites de ce roman que d'avoir su retranscrire cet incroyable sentiment. Et bien sûr, on songe à Ted Kennedy et à l'accident de Chappaquiddick, qui a brisé ses chances de briguer la présidence.
L'autre grande réussite tient sans doute à la figure du narrateur, Corey Sifter, personnage profondément marqué par les événements qui ont eu lieu alors qu'il n'était encore qu'un jeune adolescent. L'auteur l'utilise alors comme prétexte pour mener une réflexion sur la responsabilité engagée par nos actes, sur les conséquences de nos décisions, qui parfois influent sur nos vies bien des années plus tard.
Roman sur les clivages sociaux, mais aussi sur les déchirures engendrées par les relations familiales, America America est porté par une voix dense, et une narration qui embrasse le cours d'une vie mais qui, bien au-delà, donne à voir les espoirs anéantis de toute une génération. Servi par une écriture poétique, aux accents nostalgiques souvent, le roman se fait l'évocation et l'écho d'un rêve qui à la fin se brise dans un fracas épouvantable.
L'auteur, Ethan Canin, est méconnu en France. C'est bien dommage, car il nous offre là un très beau roman à la fois politique et intimiste, et il serait fort regrettable de passer à côté.
Maud.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?