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Contes de noël pour adultes

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Une actualité de Gwénaël Rocher
Publié le 25/03/2016
Il m'a souvent paru étrange, comme s'il y avait là quelque chose à cacher, comme si ces lectures dussent garder quelque chose de dissimulé, qu'il se trouve si peu d'information rassemblant ce que noël a à offrir de littérature s’y rapportant. Certes, les contes de noël relèvent d'une évidente saisonnalité, mais c'est précisément ce qui en fait un thème à part qui, s'il ne se lit qu'un petit mois de temps, à chaque année revient. On peut relever le côté business de ces publications, où certains auteurs rognent savamment sur la qualité de l'écrit (qu'importent, puisqu'ils se vendent...). A côté de ceux-là qui offrent chaque année leur récit pondu in extremis pour l'occasion, et qui trouvent leur public (dont je suis malgré moi, en drogué des fêtes, en zinzin du Santa Claus), il existe certaines perles qui légitiment amplement cette littérature, mais qui restent plus ou moins dans l'ombre de leurs collègues dont le papier sent fort le billet de banque. Parmi ces auteurs qui ont su faire l’effort de rendre à noël, par le biais de leurs mots, cette couleur d’authenticité, de sincérité, on citera Dickens en apôtre, resté maître incontesté du genre depuis deux siècles. Ses histoires sont à l’origine souvent teintées de solitude, de pauvreté, elles sont marquées aussi par une blessure passée ou une faute commise, et offrent au héros une chance inattendue de donner le pardon ou de le recevoir. Relativement courtes, elles n’en comportent pas moins chacune toute une galerie de portraits tels que l’auteur sait mettre en scène dans ses romans les plus connus, et se referment sur la paix retrouvée, le cœur apaisé, noël ayant aidé à révéler cet amour comme essence de chacun. Le nom de Scrooge dans Un chant de Noël n’est étranger à personne, mais Le grillon du foyer est un texte tout aussi enchanteur. Citons encore Le carillon et L’embranchement de Mugby parmi tant d’autres, et j’en aurai terminé de cette déclaration d’amour à Charles Dickens, sinon de dire que Folio en propose l’anthologie dans une version coffret disponible depuis peu, et ma foi fort jolie. Romain Sardou a relevé le défi, à quelques reprises, de donner des allures Dickensiennes à ses récits de noël. Une seconde avant Noël paru en 2005 est une réussite, selon moi. On y trouve une ville anglaise en pleine révolution industrielle, des ouvriers ternes, des notables tout puissants, et des enfants crasseux auxquels un orphelin donnera bonheur et espoir en devenant ce bonhomme à barbe blanche et vêture rouge. Une genèse du Père Noël, mignonne à souhait, pas mal écrite, mais que les suites ne valent pas. Pour continuer, il faut citer les grands classiques que sont Le noël d’Hercule Poirot et Christmas pudding, où Agatha Christie met son brio habituel à faire travailler, durant les fêtes, les cellules grises de son moustachu de détective. D’une époque toute autre et d’un tout autre genre, il reste plaisant de lire un peu de ces noëls anglais faits de feux de bois, de scones et de manteau de neige blanc (rougi, un peu...). Michel Bataille aura livré, quant à lui, un texte poignant avec L’arbre de Noël, qui raconte la maladie d’un jeune garçon que son père tente de rendre plus douce, éloignant l’idée de la mort qu’il sait imminente par le jeu, l’amour et la souveraineté de l’enfance. Plus récemment, Pocket nous a fait le cadeau d’éditer les Lettres du Père Noël écrites par J.R.R. Tolkien à ses enfants entre 1920 et 1943. Chaque année, l’auteur de Bilbo et cie s’amusait à conter les déboires du vieil homme à la hotte et de ses compagnons du Pôle Nord, accompagnant ces écrits de magnifiques illustrations, qui fait l’attrait principal de cet ouvrage. Vous le trouverez en bonne place sur nos tables, idéal à l’attente des fêtes pour les petits comme pour les grands. Selma Lagerlof, surtout connue pour son Merveilleux voyage de Nils Holgersson, a été l’objet en 1994 d’une édition chez Actes Sud de son Livre de Noël. Ces beaux contes ont été rendus disponibles en poche en 2007 chez Babel. Un Noël en famille de Jennifer Johnston, paru en 2009, prend comme sujet le délitement des relations familiales, et leur reconstruction à la faveur des fêtes. Nous sommes ici dans l’Amérique moderne, moins marquée par la tradition. Un texte qui a su susciter les éloges de nombreux collègues de la librairie. Pour, une fois de plus, sauter d’un style à l’autre, il est bon d’évoquer les noëls coquins, archidrôles et à l’originalité, la qualité évidente, que sont ceux de Françoise Rey. Contes érotiques de Noël, telle est l’édition la plus récente de ces histoires en poupées russes dont la lecture tient de la pure et simple jubilation (pour qui évidemment aime qu’on appelle un chat un chat, et ne se choque pas facilement). Au pied du sapin, pour clore le chapitre, est un rassemblement de textes d’auteurs tels que Pirandello, Maupassant, Daudet, Giono… paru en folio 2euros il y a quelques temps. Une expérience agréable que d’attendre le réveillon entouré des Plus Grands, révélant ici une part d’enfance qu’on leur connaît peu. Pour les autres, ceux qui veulent du neuf, le Cyanure de Camilla Lackberg les satisfera peut-être. Anne Perry donne cette année dans l’anthologie de ses récits de noël. On trouvera donc une pléiade de façon de raconter Noël, en polar, en classique victorien, en drame familial, en histoires coquines. Evoquons tout de même les légendes régionales autour de la nativité qui font souvent l’objet de livres très réussis (cf les magnifiques Veillées bretonnes de François-Marie Luzel malheureusement indisponibles en poche). Voilà donc, pas de quoi se cacher d’aimer lire Noël. Adultes, faisons nous fort d’avoir les yeux qui brillent à l’approche de la fête. Et ne nous préoccupons pas des agacés du cotillon, des grognons de la papillote. Qu’ils trouvent matière à alimenter leur peu de goût pour l’évènement dans Pourquoi je déteste noël de Robert Benchley, au rayon littérature, et nous laissent le loisir de nous réjouir, non mais ! Camille Persais

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