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Döblin Berlin

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Une actualité de David V.
Publié le 24/08/2013

Alfred DÔblin parE.L.KirchnerIl est vrai qu'on pourrait nous soupçonner comme Blanche-Neige qui voit des nains partout, de découvrir chaque semaine des chefs d'oeuvre au milieu de nos tables, animés en quelque sorte d'une frénésie hyperbolique qui nous ferait voir des merveilles en tous lieux et surestimer des ouvrages oubliables. On avancera d'une part que cet emballement est préférable au cynisme ambiant qui nivelle tout et relativise à qui mieux mieux, et d'autre part qu'en quelques siècles la littérature n'a pas été avare en oeuvres mémorables et qu'on ne peut que se réjouir de voir fleurir les rééditions, augmentant ainsi de façon dramatique la masse de ce qui nous reste à lire pour ne pas mourir idiot. Cet étrange et vain préambule pour vous prévenir qu'une fois encore nous allons entonner le péant de la victoire et claironner notre joie de voir renaître un immense livre qui aura droit à son inévitable bristol de louanges : Berlin Alexanderplatz ressort aujourd'hui chez Gallimard et c'est un événement qui ne devrait pas passer inaperçu tant ce roman s'impose dans la littérature du XX° siècle. Paru en 1929 en pleine tourmente, il est signé d'Alfred Döblin, écrivain juif qui vécut de multiples exils et fit de la France sa terre d'accueil (son fils cadet, devenu Français, mathématicien de génie, s'engagera dans l'armée durant la dernière guerre pendant laquelle il disparaitra, on lira à ce sujet le passionnant ouvrage de Marc Petit L'Equation de Kolmogoroff) et qui ne reviendra qu' à la toute fin de sa vie en Allemagne.  Berlin Alexanderplatz, c'est le grand roman de la déchéance, il se déroule dans cette capitale hébétée et tourmentée de l'après première guerre, lieu de tous les trafics et de toutes les plus noires tentations et met en scène un repris de justice, assassin repenti qui va retomber dans le crime comme on plonge en enfer. Monument expressionniste, c'est comme le souligne son nouveau traducteur qui offre à cet opus la chance de pouvoir enfin en entendre les incroyables nuances (ce que l'ancienne traduction avait gommé sans vergogne, allant jusqu'à supprimer des chapitres entiers...), Olivier Le Lay, "un texte violent et musical, un récit épique qui progresse d'un pas claudiquant et capte l'énergie de la rue" : il fallait donc tenter d'en retrouver les tressaillements, les cahots, d'en retranscrire les échos car Döblin possédait l'oreille absolue du romancier capable de faire revivre les sons de la rue sans trahir sa propre musique. Le pari du traducteur, autant que nous en jugeons pour l'instant, semble parfaitement gagné. Nous n'en aurons que plus d'audace à le conseiller en insistant sur son aspect novateur, son outrance verbale, sa folie, rappelant à l'occasion que Fassbinder en tira une série télévisuelle stupéfiante.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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