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"D'un mal sort toujours un bien"

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Une actualité de Gwénaël Rocher
Publié le 16/03/2016

Joey GoebelQui ne s'est jamais affligé devant la futilité de la dernière série télé à la mode, dont les ressorts de l'intrigue, rouillés et archi-convenus, menacent à tout moment de blesser l'intelligence du téléspectateur ? Qui n'a jamais été frappé par la stupidité des tubes de l'été, dont on ne sait si c'est l'écoute ou la chorégraphie artificielle qui heurte le plus les victimes que nous sommes ? C'est en partant de ce constat que, dans Torturez l'artiste !, un magnat des médias décide de fonder "Nouvelle Renaissance", une école qui vise à relever le niveau culturel des Etats-Unis. Si l'idée est séduisante par son intention, la méthode pour y parvenir est des plus contestables. En effet, la doctrine de l'école est de torturer mentalement les génies en herbe, pour pouvoir les plonger dans une souffrance profonde afin qu'ils produisent des oeuvres de qualité. Mais dans quelle mesure peut on considérer que l'addition "génie" plus "souffrance" égale "qualité" est exacte ? Songeons un instant à toutes ces âmes damnées qui, trainant leur douleur, sont devenues les plus grands artistes de tous les temps : Van Gogh, Poe, Toulouse-Lautrec, Dostoïevski, Zola, Kafka, et beaucoup, beaucoup d'autres ! peuvent également être pris en exemple.

Vincent est de la graine des jeunes génies. A 9 ans, il est d'une précocité et d'une intelligence rares. "Nouvelle Renaissance" fait alors appel à lui pour exploiter au mieux ses talents d'écriture et sa créativité. Harlan Eiffler, un ancien critique rock blasé par la médiocrité de la création musicale, sera son manager (ou bourreau, cela dépend de la façon dont on voit les choses...). Tous les moyens sont bons pour aiguiser la fibre artistique de son protégé : tuer son chien, brûler sa maison, corrompre ses petites amies, créer le surmenage,...

Joey Goebel, jeune auteur de 29 ans,  pose un regard cynique et réaliste sur la débauche culturelle endémique à notre société. Les bonnes idées foisonnent et rendent le message plus percutant encore. Torturez l'artiste ! est son premier roman et on sent déjà une plume sans complexe qui s'amuse et nous contamine par son dynamisme.

A noter pour finir que ce roman fait l'objet d'une opération chez 10/18 qui consiste à rembourser les lecteurs qui ne seront pas conquis par ce titre. Force est d'avouer que l'éditeur ne prend pas beaucoup de risques étant donné que Torturez l'artiste ! se lit avec beaucoup de plaisir et qu'il conviendra à tout lecteur cherchant à se divertir intelligemment.Torturez l’artiste !

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?