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Daimler s'en va, Berthet revient

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Une actualité de David V.
Publié le 19/03/2016

daimler-sen-va.jpgFrédéric Berthet jouissait d'un oubli relatif et tranquille dans quelque purgatoire bien arrosé. Mais ses orphelins, ses amis, certains de ses éditeurs en ont décidé autrement, coalisés pour lui faire une active vie posthume. Dernière étape en date de cette résurrection littéraire, l'édition de sa correspondance couvrant les années 1973 à 2003, trente ans de sa vie de lecteur puis d'écrivain jusqu'à sa mort un rien prématurée où l'on croise de hautes figures comme Roland Barthes, Philippe Sollers qui sera son éditeur, Michel Déon ou Francis Ponge. Nous en reparlerons sans doute mais pour l'heure notre plaisir se concentre sur la reparution dans la merveilleuse collection Petite Vermillon de La Table ronde de Daimler s'en va, son premier roman paru chez Gallimard en 1988. Que dire de ce météorite inclassable qui n'a pas pris une ride et garde intact son pouvoir de séduction bizarre ? Parler de sa drôlerie ? Certes, on a envie de s'amuser avec cette fausse histoire d'un personnage en train de préparer ses adieux à un monde qui lui a offert tous les plaisirs et dont il n'attend plus rien. C'est vrai que Daimler est irrésistiblement agaçant à venir ficher le bordel où on ne l'attend pas, à débarquer dans la vie des gens qui ne savent plus quoi penser de ce gus jouisseur qui porte avec élégance son désespoir noyé dans le Get 27. Evoquer sa vitesse ? Bref roman qu'on peut lire d'un souffle et relire aussitôt de crainte d'en avoir manqué un recoin, Daimler s'en va vous file entre les doigts, rebondit, ne parle de rien mais entend tout. Laisser entrevoir son désespoir ?  Le héros ne nous cache pas qu'il nous confie son testament mais il nous condamne à ne pas pouvoir en pleurer tant cette traversée se refuse au pathos et au convenu. Analyser sa construction ? Quoique fort court le roman est découpé en séquences inégales qui changent de narrateur et permettent de contraster notre vision originelle du bonhomme, vu par son meilleur ami notamment qui interroge la difficulté d'une telle amitié. Que dire donc sinon que fréquenter Raphaël Daimler qui inventait chaque jour une nouvelle façon de se moquer du monde, qui tombait amoureux au point de contaminer les autres avec ses histoires d'amour, n'est pas de tout repos, temporel et éternel. Le découvrir en plus de cent pages est une vraie joie. Ce Daimler a le brillant et l'élégance de ces petites voitures de sport qu'il faut ralentir si on ne veut pas finir contre un platane. La place du mort est libre, embarquez-y...

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