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Dans les angles morts - Elizabeth Brundage

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Une actualité de Marie-Aurélie
Publié le 23/02/2018
Grand coup de coeur ! Ne passez pas à côté de ce roman parfait pour les dimanches froids et pluvieux.
Un soir de février 1979, George Clare marche avec sa petite fille, Franny, dans les bras jusqu'à la maison de ses voisins. Les Pratt sont plutôt surpris de les voir arriver peu vêtus dans la neige de cette soirée d'hiver. Si George est venu jusqu'ici c'est qu'il vient de trouver sa femme Catherine assassinée et sa petite fille cloîtrée dans sa chambre, en rentrant du travail. Lorsque le shérif arrive sur les lieux, la scène de crime est particulièrement horrible : Catherine a été tuée à coups de hache dans le crâne. Rapidement les soupçons des voisins et de la police locale se tournent vers George, qui ne jouit pas d'une bonne réputation auprès des habitants. Dans la région George et Catherine sont des étrangers, arrivés depuis peu, ils ont racheté la ferme pour une bouchée de pain. Cette même ferme a d'ailleurs été le théâtre d'un autre drame quelques mois auparavant...

Si la ferme a été vendue à un prix si dérisoire aux Clare c'est que la précédente famille, authentiques fermiers, a été ruinée. Les Hale sont installés dans la région depuis des générations et tentent tant bien que mal de poursuivre leur activité de fermiers mais les dettes s'accumulent et les parents Hale ne trouvent qu'une issue fatale laissant derrière eux leurs trois fils adolescents Eddy, Wade et Cole. Les trois garçons voit la maison de leur enfance être reprise par des inconnus. Mais peut-être que la maison elle-même ne veut pas d'eux.

"La maison avait quelque chose d'étrange. Une sensation de froid se dégageait de certaines pièces et une odeur montait de la cave, celle des carcasses pourrissantes de souris prises au piège. Même dans la douceur de l'été, quand le monde extérieur chantait son éclatante chanson, il régnait une obscurité oppressante ; on aurait dit que la maison entière, telle une cage à oiseaux, avait été recouverte d'un tissu de velours.
Malgré tout, Catherine l'acceptait comme on s'accommode d'un enfant turbulent. Mais la maison, elle, ne l'avait pas acceptée."

Flirtant avec le surnaturel, Elizabeth Brundage construit un roman fascinant, entremêlant les deux histoires des familles Hale et Clare et plaçant la maison au centre du mystère. A travers George et Catherine Clare elle brosse le portrait d'un couple dysfonctionnel où Catherine incarne toute la tragédie d'une femme au foyer malheureuse.

"Les femmes de sa famille étaient des épouses et des mères dévouées. Le ménage, le jardinage et les enfants leur faisaient oublier leurs petits coups de cafard. Elles arrachaient des recettes dans les magazines et les recopiaient sur des fiches. Elles préparaient des charlottes, des gâteaux en gelée et des ragoûts, elles nettoyaient les placards, rangeaient les tiroirs, pliaient le linge, reprisaient les chaussettes. Le sexe leur permettait d'amadouer leur mari. En tant que catholiques, elles avaient leurs propres traditions volontaires, et le déni en faisait partie."

Dans les angles morts est un roman addictif, magistralement construit et d'une grande finesse psychologique. L'épaisseur des personnages, principaux et secondaires, rendent le récit profondément authentique que ce soit dans l'intimité des couples ou dans la réalité quotidienne des fermiers. Un grand roman noir dans la lignée de Stephen King et de John Steinbeck.

"En bas, le puzzle disait, Le calme et le silence. Il faillit en rire, parce qu'une ferme, c'était tout sauf ça. Il n'y avait aucune vérité dans cette scène pittoresque. Ce n'était qu'un chapitre parmi d'autres du grand conte de fées qu'était l'Amérique. Si on voulait voir une vraie ferme, il faudrait des fermiers ruinés et alcooliques, des animaux affamés craignant pour leur vie. Il faudrait des épouses amères, des enfants au nez morveux et des vieux brisés après avoir donné leur coeur et leur âme à la terre."

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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