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De cendres et de rêves

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Une actualité de Véronique M.
Publié le 29/03/2016

 Joe R. Lansdale Les enfants de l'eau noire Parmi les coups de cœur du rayon polar, Les marécages de Joe R. Lansdale figure toujours en bonne place. Paru depuis près de dix ans dans la collection Folio policiers, ce roman noir est devenu culte non seulement par la peinture du Texas profond des années 1930 où la Grande Dépression et le Ku Klux Klan font rage, mais aussi grâce à l'originalité du point de vue narratif puisque tout est raconté par un impressionnable adolescent de 13 ans, Harry. Sa découverte du cadavre d'une femme noire, nichée dans les marécages, est l'expérience inaugurale et initiatique qui va l'amener à franchir "la délicate frontière entre l'enfance et l'âge adulte". Entouré par l'amour de son père Jacob, le constable (équivalent du shérif) qui mène officiellement l'enquête et de sa grand-mère June qui va aider Harry (mué en apprenti détective), tous deux lui apprennent à regarder au-delà de la couleur de la peau, alors que la vindicte populaire se porte sur un homme noir, Mose, à moins que la rumeur désigne un tout autre suspect, une créature infernale surnommée l'Homme-Chèvre.

Si Joe R. Lansdale est aussi célèbre grâce à sa série hilarante des tontons flingueurs du Texas, alias Leonard Pine et Hap Collins dont l'excellent dernier opus, Diable rouge, vient de paraître chez Folio policiers, la collection "Sueurs froides" chez Denoël a choisi de publier en cette rentrée littéraire et parmi l'abondante bibliographie de l'auteur (on se réjouit que beaucoup de ses livres restent à traduire), Les enfants de l'eau noire qui nous rappelle son chef d'oeuvre susnommé, sans pour autant se contenter d'un plagiat. Certes, le lecteur replonge dans le contexte des années 30 et l'ambiance glauque des marécages inondant la région natale de l'auteur, il frissonne avec Skunk, mi-homme mi-animal qui terrifie les environs. Ce tueur fantomatique s'en serait pris à la jolie May Linn retrouvée étrangement lestée d'une machine à coudre au fond du fleuve la Sabine, "vieux serpent brunâtre". C'est la narratrice Sue Ellen et son père qui font cette macabre découverte lors d'une partie de pêche. Flanquée de Terry, son meilleur ami qui porte un lourd secret et de Jinx, jeune fille noire à la langue bien pendue (les reparties de celle-ci face aux préjugés racistes des Américains sont savoureuses!), Sue Ellen nous conte leur épopée à bord d'un radeau de fortune afin de répandre les cendres de May Linn à Hollywood, là où ses rêves de célébrité la transportait dans son imaginaire loin de la misère sociale et économique qui étreint les habitants de ce coin paumé de l'East Texas. A la fois poisseux comme ces marais peuplés de maléfiques habitants (notamment le père de Sue Ellen, contrairement à celui de Harry dans Les marécages, est un monstre tout comme l'ignoble shérif Higgins Sy) qui parsèment leur odyssée,  mais aussi lumineux comme le serment d'amitié qui lient ces adolescents déterminés à honorer la mémoire de leur amie disparue, Les enfants de l'eau noire est un un palpitant roman d'aventures doublé d'un récit ténébreux, poétique et cruel, signature  de ces grands écrivains qui savent nous captiver.

   

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