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Déluge remarquable

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Une actualité de Véronique M.
Publié le 25/03/2016

Avec Meurtre dans la pénombre du Danois Dan Turèll, le dernier coup de coeur de vos libraires polar, La dernière pluie d'Antti Tuomainen est la seconde et récente belle révélation nordique. L'ignorer avant la rentrée littéraire qui pointe déjà son nez, serait une erreur ! A l'instar de la romancière finlandaise Sofi Oksanen qui évoque à propos de la lecture de ce compatriote un "roman curieux, envoûtant et unique", nous sommes totalement tombés sous le charme de cette parution printanière des éditions Fleuve noir. Amateurs de thrillers percutants aux nombreux rebondissements dans le style de Karine Giebel (voir notre blog sur son dernier roman coup de poing, Purgatoire des innocents), Franck Thilliez (nous parlerons bientôt ici de son prochain polar Puzzle à paraître le 10 octobre) ou encore d'Anders de la Motte, le thriller de l'été chez le même éditeur (voir ici notre blog sur Le Jeu), vous passerez peut-être à côté de cette pépite qui lorgne plutôt du côté du roman d'atmosphère, à la fois puissamment poétique et apocalyptique.

Tapani, le personnage principal n'est pas flic mais un poète peu connu mais obstiné par la recherche de sa femme Johanna, journaliste de profession, disparue alors qu'elle menait ses investigations à propos du Guérisseur, un mystérieux serial killer qui s'en prend à des familles entières qu'il juge nuisibles pour la survie de l'espèce. Dernier rempart d'une société malade, en proie à un chaos économique et social terrible annonciateur d'une fin de monde, Tapani demande l'aide de la police pour retrouver celle qu'il aime et qui ne passe jamais une journée sans lui donner de ses nouvelles. Or, la police a plus urgent à régler, puisque cette quasi-Apocalypse s'accompagne de pluies torrentielles qui s'abattent sans fin sur Helsinki. En dépit de l'impuissance des autorités et du monde en déliquescence, Tapani va mener l'enquête et le lecteur s'identifie à  cette quête qui donne envie au lecteur de poursuivre dans le cheminement de ce roman noir à l'atmosphère décidément bien éloignée du prétendu modèle scandinave...

La quête obsédante de cet homme semble le dernier rempart vital, l'ultime lien indestructible entre des êtres voués à la perte et à la (l'auto)destruction. Face à cette inquiétante vision de l'humanité déréglée, sans foi ni loi, en proie aux pires fléaux qu'elle a engendrés (figure prophétique de notre Destin !?), seul Tapani va tenter de redonner sens et beauté à l'existence en tentant de faire la lumière sur le passé inconnu de Johanna , notamment grâce à l'aide providentielle de Hamid, chauffeur de taxi et ami providentiel. Sans jamais verser dans l'ambiance propre à des romans fantastiques d'anticipation ou de dystopie, La dernière pluie nous baigne en 230 pages (votre librairie conquise l'a dévorée d'un coup !) d'une étrange lueur qui nous aimante, à la lumière de Tapani et de son amour inconditionnel. Et il faudra attendre la toute dernière et ambiguë phrase pour mesurer l'incroyable portée et la qualité de ce roman crépusculaire, terriblement réaliste et   totalement onirique, tendu vers un seul enjeu : tel le poète Orphée, Tapani va-t-il finir par retrouver cet amour fou, son Eurydice, au bout de cette nuit finlandaise ?

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Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !