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Des premiers romans, IV

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Une actualité de Rayon Littérature
Publié le 14/10/2014
Peu importe l'âge pour commencer dans la carrière de romancier, comme le prouve cette salve de débutants qui ont parfois du bagage. Slimani Frederika Amalia Finkelstein   L’oubli   L’Arpenteur Gallimard C’est la benjamine de cette rentrée avec ses 23 ans et son culot discret d’étudiante en philosophie. Elle imagine volontiers que son roman va choquer en osant dire que tourner le dos au passé victimaire est dans l’ordre des choses. Elle écrit : « Adolf Hitler a décidé du moment de sa mort. Nous lui avons permis de se suicider ; nous l’avons donc laissé gagner la partie : c’est un échec et mat. Adolf Hitler n’est pas mort, il n’a même pas disparu. S’il avait été supprimé par les alliés, Adolf Hitler aurait pu disparaître. Mais son suicide bouleverse l’histoire. » Car la narratrice a vingt ans, se contrefout de la dernière guerre, joue aux jeux vidéo et quand elle apprend qu’elle descend d’un Juif polonais, elle est pris d’un agacement qu’il va lui falloir du temps pour vaincre. Mine de rien, bien entendu, il s’agit d’un livre sur la mémoire, celle des autres, c’est-à-dire la sienne. http://youtu.be/2fnSdptgd3k Philippe Bordas  Chant furieux   Gallimard Ce n’est pas un néophyte puisque son livre Forcenés, paru chez Fayard (et reparu en folio il y a peu) a été salué par des critiques et des libraires enthousiastes. Né en 1961, il s’est d’abord fait connaître pour son travail de photographe. C’est parce qu’il a suivi durant 100 jours l’icône du foot moderne Zinedine Zidane que le photographe qui raconte son aventure à un vieux qui l’a sommé de le faire se lance dans le récit de cette rencontre, occasion de croiser une bande de djeunes qui nous montrent la ville, l’autre, celle que l’on ne sait pas voir. Mémos, qui vient d’une langue ignorée, ce parler rugueux et rageur né dans les cités, part à la conquête de sa propre langue, héritée de l’Ancien Français, de Rabelais, du Grand Siècle et de Céline bien sûr. Faisant s’animer la maigre bande de débraillés qui descendent du train de banlieue comme une petite horde, il n’est pas seulement dans la distinction de ces oubliés-méprisés, il les met en lumière, les magnifie, les réinvente grâce à sa langue fusionnelle qui malaxe les contraires pour en faire ressortir les beautés. Sans aucun doute l’un des livres les plus puissants de cette rentrée. http://youtu.be/SIhB5c1tKwg Hedwige Jeanmart  Blanès   Gallimard Belge de Namur installée à Barcelone, Hedwige Jeanmart a beaucoup voyagé pour de belles causes avant de décider à 48 ans de choisir le roman. Eva et Samuel quitte soudainement Barcelone où ils résident pour gagner la petite station de Blanès qui leur permet de flâner dans le vieux quartier et de se souvenir qu’ici habita le grand écrivain chilien Roberto Bolaño dans les années 1980. De retour chez eux, Samuel disparaît soudainement. Après plusieurs semaines d’attente, Eva imagine de se rendre à Blanès où elle pense dénicher les raisons de la disparition de l’amateur de littérature. A l’hôtel, dans les bars ou les restaurants, elle arpente la petite cité, se lie avec des inconnus qui ont tous en commun d’attendre ou de chercher. Bel hommage à la fiction, dite fantastique, sud-américaine, Blanès signe une belle entrée en littérature. http://youtu.be/vasapSQ3GAw Leila Slimani  Dans le jardin de l’ogre  chez Gallimard Originaire de rabat et Parisienne, Leila Slimani est journaliste de profession. Passée la trentaine elle découvre le monde littéraire avec ce premier roman troublant. L’héroïne de ce roman souffre d’un mal méconnu auquel on donne de vilains noms pour taire le malaise qu’il suscite. Nymphomane pour les uns, désespérée pour les autres, elle passe sa vie à lutter contre ses penchants sexules puis à y céder avec frénésie en tentant d’épargner à son conjoint sa folie qui consiste parfois à « être une poupée dans le jardin de l’ogre » et à subir des outrages inracontables. Mais le secret ne résiste pas et le jour où le mari découvre la face cachée de sa compagne, c’est l’explosion en vol. Ce lent parcours entre sensualité et terreur de soi-même est finement raconté par cette débutante qui avec un goût prononcé pour les effets de contraste nous offre une histoire d’amour qui, rappelle-t-elle, est avant tout une affaire de patience. https://www.youtube.com/watch?v=ER3vXvs9YIA  Gautier Battistella  Un jeune homme prometteur   chez Grasset Toulousain né au milieu des 70’s, Gautier Battistella sera le premier roman de l’écurie Grasset. D’entrée ce roman impose un ton, une sensibilité malgré l’aspect convenu de son décor initial, un trou perdu des Pyrénées où ont atterri deux gamins de la DASS qu’une mémé généreuse à recueillis pour se faire de la compagnie et tenter de donner ces écorchés de la douceur. La France est en pleine mutation, et le jeune héros du livre, gagné par le démon de l’écriture va oser rêver d’une ascension dans un Un jeune homme prometteur milieu dont il ignore tout. Quête des origines par le moyen des lettres, porte bien son titre si on le rapporte à auteur. http://youtu.be/NBSt-0hSWfw  

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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