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Des squelettes sous le sapin

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Une actualité de Gwénaël Rocher
Publié le 18/03/2016

Un Noël en familleCommençons par un sujet qui fâche en ces fêtes de fin d'année : non, Noël n'est pas forcément un jour de liesse pour tout le monde. Il se peut que les tensions familiales, les problèmes de santé, d'argent aigrissent l'odeur sylvestre du sapin. Le sacro-saint devoir de bonheur parait alors bien difficile à respecter. L'excellent film d'Arnaud Desplechin, Un conte de Noël, en est une parfaite illustration. Parfois, et plus paradoxalement, la magie de Noël opère à partir d'un drame, comme ces fleurs qui ne peuvent s'épanouir qu'à partir du fumier. C'est ce que pourront constater les personnages orchestrés par la magistrale Jennifer Johnston. Dans Un Noël en famille, qui vient de paraître en 10/18, la plus sous-estimée des romancières irlandaises posent un regard sans concession sur les liens familiaux, ces sortes de filets invisibles dont il est malheureusement trop aisé d'expérimenter la fragilité.

Suite à un terrible accident de voiture, Henry, la cinquantaine,  se réveille sur son lit d'hôpital, amnésique. Très mal en point, il va voir défiler à son chevet des personnes qui ont traversé sa vie par le passé : Stéphanie, une femme autoritaire avec qui il est peut-être encore marié ; Ciara, sa fille avec qui il serait peut-être brouillé ; Donough, son fils qui lui cacherait peut-être quelque chose ; Sebastien, un bel homme qui le veille nuit et jour et qui serait peut-être... (mais chut !) Beaucoup de "peut-être"donc, qui seront peu à peu dissipés à mesure que les souvenirs reviennent, au rythme d'un calendrier de l'Avent où l'on sortirai les squelettes du placard à mesure que le jour de Noël approche. L'acmé sera dramatique, mais sous la plume pleine de tendresse de Jennifer Johnston, on en ressort rempli d'espoir. C'est la magie de Noël, mais c'est aussi et surtout le talent de notre romancière irlandaise préférée, qui sait mêler avec bonheur la tragédie, la poésie et  la légèreté. Quant aux lecteurs les plus attentifs, ils s'amuseront à repérer les nombreuses références shakespeariennes, un procédé que Jennifer Johnston emploie à bon escient dans ses différents romans. Un Noël en famille : le titre est simple, la lecture délicate, le propos profond. Trois bonnes raisons pour le placer sous tous les sapins !

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?