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Désirer partir

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Une actualité de David V.
Publié le 11/02/2015

dimitri verlhustComment un livre peut vous procurer un grand plaisir... sans être nécessairement un "feel good book" (cet intitulé que l'on donne à ces romans supposés "faire du bien" à leurs lecteurs) et malgré les apparences qu'on a bien voulu lui donner. Le titre du nouveau livre traduit en français de l'auteur belge néerlandophone Dimitri Verlhust pourrait effectivement nous inciter à croire que l'on va lire un petit roman léger et amusant : Comment ma femme m'a rendu fou sonne gentiment mais est assez éloigné de l'esprit du titre original De laatkomer qui signifie Le Retardataire. Car on pourrait d'emblée imaginer que le protagoniste, Désiré Cordier, est un dingue qui va nous raconter son parcours de malheureux mari. Or, le livre est plus subtil, bien plus roué. Le brave homme ou supposé tel qui nous raconte son expérience a sciemment entrepris de se faire admettre dans une maison de retraite médicalisée pour vieillards gâteux et de simuler la démence sénile afin de couper les ponts avec son monde d'avant où plus rien ne le retient et surtout pas, évidemment, son épouse qu'on pourrait qualifier pour faire court de chiante, en bloc. Ancien bibliothécaire en retraite, connu et un peu moqué pour ses étourderies, pas très volontaire pour aller au combat, il choisit les armes et les ruses du déserteur pour s'éclipser d'un monde qui ne lui apporte que des déceptions et d'inutiles inquiétudes. Mais se faire interner demande du discernement, des précautions, une certaine logique afin de n'éveiller les doutes de personne. Le roman est drôle en cela, cette habile manière de simuler tout en éveillant chez nous le soupçon : ne serait-il pas plus fou qu'il ne le dit ? Sa place n'est-elle pas dans une institution où on le dégagera de tout souci ? Vainqueur des épreuve préliminaires, il obtient un triomphe secret lorsque toute la famille se réunit pour l'accompagner au Home Fleur d'hiver d'où il est supposé ne jamais revenir. Commence pour lui un monde de calme et de lenteur, un univers où tout annonce l'extinction progressive de toutes les facultés, motrices et intellectuelles, chez des habitants qui en oublient peu à peu qui ils sont, qui les entourent, qui les aiment encore. Le livre se met ainsi à osciller entre comique de situation (un vieillard prête à rire, c'est vrai, surtout quand il est vu par un autre vieillard, d'autant plus impitoyable qu'il sait et voit ce qui l'attend) et tragédie poignante où le désespoir se teinte de bave, de petits pas chancelants et de dérisoires tricheries. Dimitri Verhulst manie l'humour au cordeau, toujours sur la ligne qui le sépare du mauvais goût, de l'effet grossier, du rire épais. Son héros ne règle pas des comptes ou alors l'air de rien, placide avec une volonté ferme de ne pas renoncer dans son désir de renoncer à tout. La tête ailleurs, il nous tend le miroir du futur dans lequel nous avons mauvaise mine. Mais au moins son Désiré assume-t-il sa pente, et sans mélancolie, nous offrant de rire quand il faudrait nous désespérer.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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